Nuke Mfulu : « Sans le public, on n’a plus ce soutien qui nous pousse à faire l’action de plus, l’accélération en plus »

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Dans un des pays d’Europe les plus touchés par la pandémie mondiale de la Covid-19, le football n’est pas épargné. Contraint de s’adapter, le monde du ballon rond est fortement perturbé en Espagne, aussi bien dans ses traditions que dans son atmosphère. Derrière la crise sanitaire, de lourdes conséquences concernent joueurs comme supporters. Le tout, dans un climat compliqué à supporter.

Masques, tests, gestes et mesures barrières… Tous ces mots ne sont plus étranges à notre quotidien, ni à celui des sportifs. Alors que le retour du public a déjà été acté dans certains championnats, l’Espagne n’est pas favorable à agir positivement sur ce dossier en l’absence d’un vaccin. Depuis la reprise particulière du sport en juin 2020 en terres ibériques, les répercussions de cette période difficile sont visibles, notamment avec le huis clos. Joueur au Elche CF, le milieu de terrain Nuke Mfulu aborde pour Baraque à Foot la façon dont la crise est perçue dans le football. Une saison atypique, d’autant plus pour le club valencien qui signait cet été son retour dans l’élite après l’avoir tragiquement quittée en 2015, d’une relégation administrative.

– D’une manière assez générale, comment la pandémie est-t-elle gérée et vécue en Espagne ? Dans le domaine footballistique, quel est ton ressenti ?

« En Espagne, l’épidémie est compliquée à vivre. J’ai l’impression que le confinement a été beaucoup plus strict qu’en France, bien plus difficile. On a eu une interdiction totale de sortir pendant environ deux mois. On pouvait seulement sortir pour des activités de première nécessité, comme faire les courses, aller à la pharmacie… et rien de plus. Les enfants avaient l’interdiction de sortir. C’est à dire que mon fils est sorti dehors au bout de deux mois. Pour nous, les footballeurs, on n’a pas eu d’entraînement, rien. On faisait des sessions Zoom avec l’équipe et le club chaque matin, et c’est de cette façon qu’on échangeait. Le staff nous donnait aussi des séances d’entraînement à faire chez nous. Et pendant deux mois, ça a fonctionné comme ça avant de reprendre la compétition. »

Nuke Mfulu on Twitter: "🤙🏾🤙🏾🤙🏾 WORK #MuchoElche 💚@elchecfoficial… "
Matchs et entraînements, c’est un nouveau quotidien auquel les joueurs ont du s’adapter en cette année 2020 (crédit image : Twitter @O_Mfulu)

« Malheureusement, on s’est habitué à jouer avec ce huis clos »

– Quelle est ton opinion sur le huis clos ? On sait qu’il est parfois comparé à une ambiance de match d’entrainement mais est ce que les footballeurs ont fini par s’y habituer au final ?

« Malheureusement, on s’est habitué à jouer avec ce huis clos mais c’est vrai qu’il change beaucoup de choses. On joue au football pour les fans, pour les supporters, pour le public et on appelle pas les supporters « le douzième homme » pour rien. Dans un match, ils sont là pour nous encourager. Sans eux, on n’a plus ce soutien qui nous pousse à faire l’action de plus, l’accélération en plus. Le public, c’est quelque chose d’important. Mais malheureusement, ce sont les règles sanitaires qui veulent ça et on est contraint de s’y adapter. »

« Un retour du public ? Si les règles sanitaires sont respectées, c’est possible »

– Récemment, Javier Tebas (président de LaLiga, NDLR) annonçait vouloir mettre 3000 spectateurs dans les stades de Liga, dès janvier 2021. Ça te semble jouable ? On sait qu’en Espagne, il y a eu des polémiques autour de ce sujet car beaucoup de personnes ne comprennent pas que les stades restent fermer mais que les corridas accueillent déjà du public.

« En France, il y a avait eu la même situation avec la polémique concernant le Puy du Fou. Autrement, oui, ça me parait jouable si toutes les règles sanitaires sont respectées et que les conditions sont bonnes. Je pense qu’il y a possibilité, avec les grands stades en Primera ou en Segunda, de gérer les affluences pour pas qu’il n’y ait de supporters qui soient trop proches. C’est franchement possible et ce serait bien, parce que c’est ce qu’on souhaite en tant que joueurs. »

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L’Estadio Martínez Valero, la sublime enceinte du Elche CF qui, comme tous les stades d’Espagne, sonne creux depuis un moment (crédit photo : TeleElx)

La fin de saison passée rime avec allégresse et folie pour Elche. Le club est sixième de Segunda à l’issue de la dernière journée et doit en théorie jouer les play-off pour une promotion en Primera, mais n’est pas encore officiellement assuré de pouvoir lutter pour sa montée.

Dans le même temps, le sort des Franjiverdes dépend de celui de Fuenlabrada, alors huitième, qui peut entrer en position de barrages, mais doit encore disputer un match. En effet, le club madrilène est ravagé par les cas positifs de Covid-19 et doit affronter le RC Deportivo de La Coruña afin d’être fixé sur son sort. La rencontre, initialement fixée à la mi-juillet, est reportée à maintes reprises pour finalement se disputer pratiquement un mois après, en août. La formation basée à Madrid se présente alors avec seulement treize joueurs sur sa feuille de match en terres galiciennes.

– Durant tout ce temps, vous vous entraînez pendant plusieurs semaines sans savoir si Elche disputera ces play-off. Finalement, Fuenlabrada finit par s’incliner 2-1 et ton club va disputer les play-off. Enfin, vous faites un parcours magnifique avec ce but libérateur à Girona, synonyme d’une victoire 0-1 qui vous envoie en première division. Comment cette période a été vécue et gérée, dans cette atmosphère si particulière ?

« C’est totalement ça, on a vécu une fin de saison complètement folle avec Elche. C’est à dire qu’on a passé trois semaines sans savoir réellement si on allait jouer ces play-off ou pas. Donc, dans un premier temps, on a été privé de vacances. On vivait dans l’incertitude complète quant à notre futur. Mais on s’entraînait parce qu’on n’avait pas le choix, au cas où on jouerait les play-off. Et au final, c’est ce qui est arrivé. Le groupe a été d’un professionnalisme que j’ai rarement vu, personne ne s’est plaint de quoi que ce soit même si la situation n’était pas facile. On a continué de bosser chaque jour en se disant qu’on allait jouer les play-off. Au final c’est ce qu’il s’est passé et on a obtenu cette promotion. »

AUDIO: Gol de Pere Milla (Girona, 0 - Elche, 1) - Tiempo de Juego - COPE
Le 23 août 2020, Elche s’impose à Girona dans les dernières minutes et retrouve la Liga. Une fête historique partagée sans le public (crédit image : Cope)

« Avec le virus qui fait amplement partie du jeu, on doit continuellement s’adapter »

– Chez les footballeurs, le fait qu’une équipe puisse perdre ses meilleurs éléments du jour au lendemain en raison du virus, comment les joueurs le perçoivent ? Une injustice ? Quelque chose qui fait partie des risques de la saison ?

« C’est compliqué lorsqu’une équipe perd ses meilleurs joueurs à cause du Covid. A l’heure actuelle, le Covid c’est similaire à une blessure. Tu peux aussi perdre tes meilleurs éléments sur blessure. Donc il faut continuellement s’adapter avec le virus qui fait amplement partie du jeu. Avoir le Covid ou être blessé, ce sont des motifs pour ne pas être apte à jouer. Forcément, on se doit de faire attention, même si en étant vigilant, ça ne t’empêche pas d’être contaminé. C’est clair que ça fait complètement partie du jeu, on le vit de cette façon. »

– Enfin, est ce que tu notes un impact sur la santé et l’état moral des joueurs en raison du calendrier aménagé et surchargé, voire même sur le niveau de jeu des matchs ? A Elche, le club semble plutôt épargné par cette question de calendrier pour le moment.

« Oui. Je pense que l’enchaînement des matchs et le peu de repos accordé aux joueurs ont un impact sur leur santé, surtout dans les équipes qui jouent l’Europe et pour les joueurs internationaux. Malheureusement, ils n’ont pas de répit et doivent enchaîner. Les trêves internationales avec les sélections sont généralement composées de trois matchs. Souvent, ce sont aussi ces joueurs qui jouent la Champions League. Donc il y a également des matchs en semaine avec le club. Il y a également des matchs en retard à rattraper dans ce début de saison. Globalement, ça fait donc énormément de matchs et peu de récupération, de temps pour souffler. Et à mon avis, c’est l’une des causes principales de ce nombre important de blessures, même si c’est vrai qu’on est assez épargnés à Elche.

Le nombre de matchs a aussi une incidence sur l’état de forme des équipes dont certaines personnes se plaignent. Le jeu un peu moins beau, évoqué depuis la reprise des championnats, s’explique aussi par ça. D’autant plus que l’état physique des joueurs n’est pas optimal. Je pense que ça peut se ressentir. »

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