Le Shakhtar Donetsk, Seleção ukrainienne

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Le Brésil et l’Ukraine n’ont a priori rien en commun. Rien sauf, peut-être, Rinat Akhmetov. L’homme d’affaire ukrainien, milliardaire et président du FC Shakhtar Donetsk depuis 1996, fait régulièrement venir de jeunes talents brésiliens qui participent activement aux bons résultats du club. Alors, le Shakhtar, futur grand d’Europe ?

Il n’avait que 22 ans quand le Shakhtar l’a fait venir contre un chèque d’un million d’euros. Lui, c’est Brandão, attaquant alors peu connu, devenu le premier d’une longue liste de Brésiliens acquis par le club ukrainien. Aujourd’hui, cette liste comporte 31 noms. Certains d’entre eux sont bien connus de la plupart des observateurs du monde du ballon rond. Willian, Luiz Adriano, Fred ou Douglas Costa ont tous brillé sous les couleurs de tops clubs européens. Espoir hier, star demain, c’est le projet proposé par le clan Akhmetov aux talents supervisés de l’autre côté de l’Atlantique.

Bien connu des supporteurs marseillais, stéphanois et bastiais, Brandão est le précurseur des Brésiliens au Shakhtar (crédit photo : UEFA).

L’effet Lucescu

Tout commence donc durant l’été 2002 lorsque le Shakhtar s’offre les services d’Evaeverson Lemos da Silva, dit Brandão. Pour ses deux premières saisons, il ne dispute pas moins de 52 rencontres, toutes compétitions confondues, et inscrit au passage 15 buts. Des performances en nette progression qui donnent des idées aux dirigeants.

En 2004, le Shakhtar nomme Mircea Lucescu comme entraîneur principal. Le Roumain possède une solide expérience européenne puisqu’il a déjà entraîné le Rapid Bucarest, l’Inter Milan, Galatasaray ou encore Besiktas. Son palmarès est constitué de deux titres de champion de Roumanie et deux de Turquie (complétés par quelques trophées mineurs). Mais attardons-nous sur son passage en Turquie entre 2000 et 2004. À Galatasaray, Lucescu rencontre Franck Henouda, jeune agent algérien. Ce dernier a finalisé deux ans auparavant l’arrivée de Cláudio Taffarel, champion du monde 1994, en le convainquant de rejoindre la Turquie malgré sa réticence. Il a également attiré Capone, Bruno Quadros et Márcio Santos, tout trois brésiliens, durant l’été 1999.

Mircea Lucescu, l’un des grands artisans du projet brésilien (crédit photo : Les Transferts).

Entre Henouda et Lucescu, un lien fort va se tisser durant les deux années passées par l’entraîneur roumain à la tête du club stambouliote. Henouda permet à Lucescu d’exploiter la filière brésilienne : Mário Jardel puis João Batista (naturalisé turc) sont enrôlés. Une stratégie gagnante matérialisée par une seconde puis une première place au classement. Malgré le titre, Lucescu quitte Galatasaray pour Besiktas, où il remportera également le titre national. La séparation des deux hommes aurait pu être définitive. Il n’en est rien. Plus de deux ans après son départ de Galatasaray, Lucescu signe au Shakhtar et refait appel à Henouda.

Un projet ambitieux … et lucratif

Pour sa première saison en Ukraine, Lucescu ne fait pas dans la dentelle et devient champion avec 7 points d’avance sur son dauphin, le Dynamo Kiev, tenant du titre. Les Brésiliens, déjà représentés par Brandão, débarquent en masse avec Matuzalém, Elano et Jádson. João Batista, déjà coaché par Lucescu à Galatasaray, participe aussi à la belle saison du Shakhtar. C’est évidemment le travail de l’ombre de Henouda qui permet ces transferts. La saison suivante, Leonardo et surtout Fernandinho, actuel joueur de Manchester City, sont recrutés. La mode brésilienne ne fait alors que commencer.

Petit à petit, Lucescu construit une formation atypique qu’il utilise à la perfection : les attaquants brésiliens comptent sur leur technique et leur vitesse tout en s’appuyant sur une ossature ukrainienne solide défensivement. La cellule de recrutement se focalise sur cette configuration et cela se ressent. Auparavant, l’équipe comportait de nombreuses nationalités : Polonais, Nigérians, Roumains, Croates, Serbes ou Tchèques se mêlaient aux joueurs locaux. Aujourd’hui, seul deux joueurs ne sont ni ukrainiens, ni brésiliens (l’Israélien Manor Solomon, et le Géorgien Davit Kocholava).

En 2009, les ambitions des Donetskiens sont récompensées par le gain de la Coupe UEFA après un succès devant les Allemands du Werder Brême. Tout cela fait les affaires d’Akhmetov. Les talents de négociateur de Franck Henouda permettent d’énormes plus-values. Fernandinho, parti contre 40 millions à City, en est l’exemple. Douglas Costa et Willian en auront rapporté 35. Vendu 50 millions au club chinois de Jiangsu Suning, Alex Teixeira n’avait coûté quant à lui que 6 millions. Le record ? Fred, qui a rejoint les Red Devils en 2018 pour 60 millions !

Rinat Akhmetov et ses joueurs peuvent savourer leur premier sacre européen (Crédit photo : LaDepeche).

Des joueurs qui s’inscrivent dans la durée

La recette du Shakhtar paraît simple, mais elle demande une organisation extrêmement rigoureuse. À la fin de l’ère Lucescu, deux entraîneurs lui ont succédé, Paulo Foncesca et Luís Castro. Les deux hommes sont portugais, tout comme une grande partie de leur staff. Cela vise à mettre les recrues brésiliennes dans les meilleures dispositions et leur permettre une progression plus rapide au sein d’une communauté en grande partie lusitanophone.

Les joueurs auriverdes ne parvenant pas à franchir un cap sont d’ailleurs volontairement conservés afin d’accueillir les nouveaux venus. Le discret latéral Ismaily en est l’exemple. Titulaire sur le flanc gauche de la défense des Mineurs, il n’a jamais atteint un niveau lui permettant de partir pour une grosse somme. Akhmetov a donc trouvé plus rentable de le conserver comme pilier de l’équipe et de lui confier un rôle d’encadrement des jeunes.

Ismaily, ici face à Bertand Traoré, est l’un des hommes de base du Shakhtar (Crédit photo : RTL).

Cet environnement optimisé est d’autant plus important que Donetsk n’est pas réputée comme une ville accueillante. Contrairement à Paris, Londres ou Munich qui sont des métropoles attractives, la région du Donbass et ses températures fréquemment négatives refroidissent les joueurs d’Amérique du Sud. Il faut alors savoir les convaincre, grâce à une communauté lusitanienne mais aussi aux infrastructures de qualité. Une mission loin d’être impossible, la preuve : Marlos et Júnior Moraes se sont fait naturalisés ukrainiens, symbole de leur attachement au pays !

Un contexte extra-sportif particulier

Mais le plus grand problème rencontré par le Shakhtar est extra-sportif. Et ne concerne pas les joueurs brésiliens en particulier. Depuis 2014, la guerre civile qui frappe l’est de l’Ukraine a contraint le club à s’exiler. La Donbass Arena n’a plus accueilli de match depuis plus de six ans. Une situation sous tension qui avait poussé Douglas Costa et Alex Teixeira à refuser de rentrer en Ukraine.

La guerre du Donbass fait des ravages en Ukraine (Crédit photo : Les Crises).

Après avoir joué à Lviv durant deux saisons, puis à Kharkiv trois ans, c’est désormais à Kiev que les joueurs s’entraînent et disputent leurs rencontres. Leur nouveau « domicile » est le gigantesque Olimpiski, le plus grand stade d’Ukraine. Une arène partagée avec le rival, le Dynamo Kiev, actuellement entraîné par un certain Mircea Lucescu. L’instabilité politique pourrait avoir raison de la « colonie » brésilienne, frustrée de connaître des changements de stades incessants.

Le Shakhtar Donetsk est donc dans l’attente de la fin des conflits pour pouvoir retrouver ses infrastructures originales. Dans le cas inverse, la stratégie brésilienne pourrait être menacée. Pourtant, l’équipe actuelle a encore de beaux jours devant elle au vu des performances encourageantes de Tetê (20 ans, ailier droit), Fernando (21 ans, ailier gauche), Marcos Antônio (20 ans, milieu axial), Vitão (20 ans, défenseur central) ou encore Marquinhos Cipriano (21 ans, arrière gauche). Des talents qui continuent de porter le flambeau brésilien en Ukraine. Flambeau, qui, on l’espère, brillera encore de nombreuses années …

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