Barçagate : De la diffamation à un possible délit corruption

Arrestation de Josep Maria Bartomeu dans les suites du Barçagate

La perquisition dans les bureaux du Barça et l’arrestation de Josep Maria Bartomeu ont ébranlé la presse espagnole lundi. La police a entendu l’ancien boss du club dans le cadre du Barçagate. Un énième scandale du président le plus controversé de l’histoire récente de l’entité catalane.

Révélé il y a un plus d’un an par la Cadena Ser, le Barçagate fait partie des nombreuses crises qui ont marqué la fin du mandat de Bartomeu. Une affaire de diffamation qui, par la suite, a fini dans les bureaux du parquet financier. Délit d’administration déloyale, corruption entre particuliers, l’ex-patron du Barça devra s’expliquer sur une histoire qu’il aura tenté de régler à sa manière.

Qu’est-ce que le Barçagate ?

Une histoire d’amélioration d’image qui s’est muée en crise. On peut résumer ainsi le Barçagate. L’affaire a débuté le 17 février 2020. La Cadena Ser avait révélé un long document incriminant Jaume Masferrer. Le « directeur de cabinet » de Bartomeu avait négocié un contrat avec I3 Venture. Une entreprise spécialiste dans la veille d’image sur les réseaux sociaux.

Jusque-là, rien d’anormal. Cependant, les détails du document font froid dans le dos. L’une des missions de la société était de discréditer certaines personnalités de l’environnement culé. À travers de faux comptes, Messi, Piqué ou encore Víctor Font, candidat à la présidence, ont fait l’objet de calomnies.

Mosaïque d’images des différentes publications calomnieuses révélées par la Cadena SER dans l'affaire du Barçagate
Quelques-unes des publications qui sont apparues dans le document de la SER. On peut distinguer la femme de Messi, Xavi, Piqué ou encore Guardiola. (Crédit image : Diario Sport)

L’affaire éclate un mois après le limogeage d’Ernesto Valverde. Un moment où les relations entre le vestiaire et le président n’étaient pas trop heureuses. Masferrer est mis à pied. Bartomeu réfute les allégations de la SER et espère régler le problème en interne. C’était sans compter sur la Covid-19 qui allait tout changer quelques semaines plus tard.

Jaume Masferrer accusé d'être le principal responsable du Barçagate
Le principal responsable de l’affaire, Jaume Masferrer (à gauche) est avant tout un homme de confiance pour Bartomeu. Directeur de sa campagne en 2015, il a rejoint le conseil en 2018 avec un poste spécialement créé pour lui. (Crédit photo : Culemania)

En effet, l’arrivée de la pandémie a placé l’économie du football dans une situation inconfortable. Le Barça, avec son long dossier de gestion chaotique, ne fait pas exception. L’urgence, sauver les comptes de la saison face à l’avenir incertain de la suite des compétitions. Pour cela, la contribution des joueurs est plus que nécessaire. Mais face à la défiance du vestiaire, les problèmes s’accumulent.

Par ailleurs, au sein du conseil, les méthodes de Bartomeu interrogent. Certains membres s’attendaient à lever le voile du Barçagate par le biais d’un audit interne. Mais le président diligente un auditeur externe. Et à partir de là, tout part en vrille. Alors que le monde est confiné, les langues se déconfinent au Barça.

Le schisme dans le conseil d’administration

Laver le linge sale en famille. Une chose que le Barça n’a jamais su faire. Très rapidement l’affaire prend une autre tournure. Cette fois-ci, beaucoup plus grave. Déjà, deux jours après les révélations, la directrice financière, Monserrat Font, avait déposé sa démission. La raison ? Des magouilles financières et une dette colossale.

En avril 2020, la Covid-19 s’est déjà installée, les négociations avec les joueurs pour réduire les salaires sont dures. Au conseil d’administration et à la direction, l’ambiance est délétère. Emili Rousaud et Enrique Tombas, deux des quatre vice-présidents, dénoncent des irrégularités comptables. Ce que deux membres de la direction, Silvio Elías et Josep Pont, avanceront à leur tour.

Rousaud lâche une bombe. La crise s’installe définitivement.

Rousaud, un autre bras droit, qui lorgne la présidence. De ce fait, Bartomeu voyait en lui un potentiel successeur. Mais il changera rapidement son jugement quand le conseiller a appelé aux élections anticipées. Rousaud, dans les colonnes de la SER, persiste et signe « quelqu’un a mis la main dans la caisse ». Le vice-président déclare que le contrat d’I3 Venture a été payé plus qu’il ne le valait. Plus d’un million d’euros. Par conséquent, pour contourner le contrôle interne, le club aurait établi plusieurs factures inférieures à deux cents mille euros.

Emili Rousaud et Enrique Tombas, les deux premiers dissidents du Barçagate
Emili Rousaud (à gauche) et Enrique Tombas, les deux premiers dissidents du Barçagate. Rousaud annoncera sa précandidature pour les élections du 7 mars 2021, mais abandonnera à quelques jours de- la validation des signatures. (Crédit photo : Culemania)

Dans ces déclarations, Rousaud sous-entend un possible détournement de fonds. Un nouveau coup dur pour Bartomeu, pris en tenaille entre la crise de la Covid-19 et des alliés qui le lâchent. Le président tranche donc dans le vif. Tout dirigeant « déloyal » est prié de quitter le navire. Salve de démissions. Rousaud, Tombas, Elías et Pont en une journée. S’ajoutent aussi, Maria Teixidor, secrétaire et chargée du football féminin, ainsi que Jordi Calsamiglia du service juridique. En attendant le rapport d’audit externe de Pwc, Bartomeu veut s’entourer d’hommes de confiance. Surmonter la pandémie est la priorité.

Pwc : aucune corruption, mais protocole violé

Début juin, le rapport de l’auditeur Pwc conclut que le club n’a commandité aucune campagne diffamatoire. Le rapport souligne aussi qu’aucune preuve de corruption n’a été décelée. En outre, le prix de marché du contrat d’I3 Venture se situe entre 850 mille et 1,3 million d’euros. Toutefois, la seule reproche reste le non-respect du protocole d’appel d’offres pour embaucher l’entreprise.

Dans un communiqué, le club donne les grandes lignes du rapport d’audit de Pwc

À cet égard, le Barça confie à son directeur général, Óscar Grau, l’élaboration une nouvelle procédure pour « les projets stratégiques et confidentiels ». « La gestion des contrats n’a pas été suffisamment précise. De ce fait, nous prendrons toutes les mesures correctives correspondantes », avait communiqué le club. Pwc disculpe donc le conseil d’administration de corruption et de diffamation tout en affirmant que le club a bel et bien payé un million d’euros à I3 Venture.

Conforté par ce rapport qui écarte la plus grande menace, Bartomeu contrattaque. « Des poursuites judiciaires seront engagées contre quiconque ayant porté des accusations fausses et infondées ». En plus, il exige des excuses de la Cadena SER qui a accusé le club à tort. À la suite du rapport, Masferrer reprend son poste et Noelia Romero, la responsable conformité est remerciée. Un limogeage très peu commenté, mais qui cachait déjà un loup.

La justice s’accapare du Barçagate

Début septembre, l’affaire Lionel Messi occupe le paysage médiatique. L’Argentin avait annoncé le 26 août son intention de quitter le Barça. Ce qui a provoqué une onde de choc dans le monde du football. Pendant que toute l’attention était portée sur cette affaire, le Barçagate connaît un nouveau rebondissement.

Le 14 avril, pendant que le conseil d’administration se disloquait, la police avait déjà débuté son enquête. Le groupe de socios Dignitat Blaugrana avait déposé une plainte contre le conseil et la direction pour « administration déloyale et / ou corruption entre particuliers ». Ainsi, le 04 septembre, l’enquête connaît une avancée. Le journal El Mundo annonce que la police autonome de la Catalogne (Mossos d’Esquadra) aurait décelé des signes de corruption. L’affaire est remis entre les mains du parquet financier.

L’affaire est désormais judiciarisée. L’enquête des Mossos révèle une possibilité de corruption.

Selon le rapport de police, le coût des services d’I3 Venture (un million d’euros) « serait six fois plus élevé ». Les Mossos ajoutent aussi que « les actifs du club auraient été affectés au profit de différentes personnes. Les contrats et les factures seraient fractionnés de manière frauduleuse dans le but de contourner l’organe de contrôle du club ». Des allégations suffisantes pour instruire le dossier.

La démission de Bartomeu le 28 octobre à la suite d’une motion de censure ne ressurgira pas l’affaire. Le Barça avait d’autres problèmes plus urgents à régler. Malgré le limogeage de Masferrer deux jours plus tard par le nouveau gestionnaire, Carles Tusquets, le Barçagate est resté sous silence jusqu’à ce lundi. Arrestation de Bartomeu, de Masferrer, de Grau et de Román Gómez Pontí des services juridiques, pour peut-être faire la lumière sur cette affaire dégradante pour l’institution Barça.

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