L’Afrique : ce continent qui embellit le football belge

Emmanuel Dennis, attaquant du Club Brugge

D’un point de vue politique comme historique, les relations entre certains pays d’Afrique et la Belgique n’ont pas toujours été évidentes. Colonisation, violence et génocide, ce passé commun est sanglant et reste encore aujourd’hui un sujet assez sensible. Malgré ces blessures d’antan, il y a en dehors de la politique, une chose qui semble réparer la plaie du passé. Ce fameux pansement n’a rien à voir avec la médecine et n’est autre qu’un sport opposant 22 hommes sur un rectangle vert : le football.

Depuis le début des années 2000, le nombre de joueurs d’origine africaine évoluant dans les différents championnats professionnels européens a véritablement explosé. Ce phénomène n’exclut pas celui de Belgique, la Jupiler Pro League. En effet, peu de gens le savent mais ce championnat est un de ceux qui accueillent le plus d’étrangers en Europe. Que ce soit dans les différents clubs de Wallonie et de Flandre ou en équipe nationale avec de nombreux joueurs belges d’origine africaine présents sur la liste de Roberto Martínez, le continent africain est bien représenté chez nos chers voisins.

Le recrutement des clubs belges en Afrique

Le réseau de recrutement envoyant les joueurs africains vers la Belgique a toujours été important et existe depuis de nombreuses années. Le mode opératoire est simple. Ces jeunes joueurs sont souvent repérés dans leurs clubs locaux par des recruteurs belges sillonnant le continent dans le but de découvrir « la pépite de demain ». C’est ce qu’a fait pendant de nombreuses années Fabio Baglio, agent de Dieumerci Mbokani ou encore Junior Kabananga Kalunji, tous deux repérés en RDC avant d’être envoyés vers le RSC Anderlecht.

Les partenariats entre les clubs belges et africains sont également un bon moyen de recruter de jeunes talents. En 2017, le Standard de Liège avait obtenu via une collaboration le prêt de trois joueurs du TP Mazembe (Bokadi, Bolingi et Luyindama). Aujourd’hui, seulement Merveille Bokadi joue encore avec les rouches. Christian Luyindama, qui s’est véritablement révélé lors de son passage à Liège, joue à présent pour Galatasaray et Jonathan Bolingi se trouve désormais en Suisse au FC Lausanne-Sport.

Luyindama signe pour trois ans à Galatasaray - Foot international -  Sportmagazine
Du TP Mazembe à Galatasaray en passant par Liège, le beau parcours de Christian Luyindama (Crédit photo : Sport/Foot Magazine)

Le Standard n’est pas la seule équipe proche des clubs africains. Effectivement, leur rival historique, le RSC Anderlecht se fait une place de plus en plus importante sur continent. Après avoir déjà collaboré avec de nombreux clubs, les Anderlechtois ne comptent pas s’arrêter là. En effet, le club bruxellois semble intéressé à l’idée d’implanter une Anderlecht Academy en Afrique dans un futur proche. Un projet qui permettrait aux mauves de prendre une longueur d’avance sur leurs homologues belges dans le développement à l’international.

Pourquoi la Belgique ?

Le championnat belge se nourrit de joueurs étrangers et compte une multitude de joueurs africains dans ses rangs. Pour la saison 2020/2021, le taux de joueurs d’origine étrangère évoluant en première division belge est de 57,7%, ce qui est bien plus que la Ligue 1 (46%), la Liga (40%) ou encore l’Eredivisie (45%).

Mais comment cela se fait-il que les clubs de Jupiler Pro League attirent tant de joueurs étrangers ? La réponse est simple. Pour commencer, au vu des différentes confrontations directes entre les clubs de D1 belge et ceux d’Eredivisie ou encore de Liga NOS, on peut en déduire que le niveau de ces différents championnats est plus ou moins similaire. Le niveau des clubs évoluant en première division belge est donc loin d’être faible et inintéressant pour ces protagonistes étrangers.

Standard Liège-Benfica | UEFA Europa League | UEFA.com
C’est sur un score de parité que le Standard et le Benfica Lisbonne se sont quittés en décembre dernier (Crédit photo : UEFA)

De plus, le championnat de Belgique est reconnu pour être un championnat tremplin propice à la progression de jeunes talents en quête du top niveau européen. C’est majoritairement pour cette raison que la Jupiler Pro League intéresse tellement les joueurs africains. Voici ce que nous répond Frederic Nkeuna, journaliste sportif spécialisé dans le football africain, suite à la question de l’intérêt porté par les jeunes joueurs étrangers sur la D1 belge.« C’est une étape de leur carrière où ils découvrent pour certains les exigences du professionnalisme, et peuvent continuer à s’aguerrir en attendant qu’une grosse écurie européenne se manifeste ». Quel est l’avis des belges sur le sujet ? « La diversité apporte vraiment un certain charme au championnat et le rend plus compétitif et attrayant ». Telle est l’opinion générale qui ressort lorsque l’on évoque le sujet avec différents supporters. Les joueurs étrangers sont donc appréciés par les fans de ce championnat.

Les pelouses anglaises semblent plutôt bien réussir à l’ex Standardman (Crédit vidéo : Youtube – Mega Football)

Financièrement, cette affluence étrangère est également très intéressante pour les clubs. De temps en temps, ceux-ci parviennent à obtenir un énorme bénéfice à la revente d’un de ces jeunes talents. C’est le joli coup qu’a réussi le Standard de Liège avec Moussa Djenepo. Recruté au Mali en 2017 pour la somme de 50 000 euros, il a été revendu trois ans plus tard à Southampton pour 15,7 millions. Le gros coup de cet été en Belgique a été le transfert de Jonathan David. Ce joueur, arrivé libre à Gant en 2018, a rejoint les dogues de Lille pour la somme colossale de 27 millions. C’est à ce jour le plus gros transfert de l’histoire de la Jupiler Pro League.

Et l’équipe nationale ?

Il faut remonter jusqu’en Février 1958 pour voir le premier joueur noir originaire d’Afrique, un certain Léon Mokuna, porter le maillot des diables rouges. Aujourd’hui, l’équipe nationale belge est remplie de joueurs d’origine africaine. Dans la dernière sélection en date, on en retrouve 10 sur un total de 32 joueurs. Ce qui représente un pourcentage supérieur à 30%. Sur ces dix joueurs, il n’y a que Jeremy Doku (Ghana) et Nacer Chadli (Maroc) qui ne sont pas d’origine congolaise. Cette diversité est une des forces de l’équipe de Roberto Martínez. L’entraineur espagnol peut compter sur des joueurs exceptionnels tels que Romelu Lukaku, Youri Tielemans ou encore le jeune Jeremy Doku, vu comme le futur grand attaquant de cette sélection belge.

Le Stade Rennais a misé sur lui l’été dernier pour une coquette somme de 26 millions d’euros, l’éclosion se fait toujours attendre (crédit vidéo : YouTube – SilvaSkills)

Il y a différentes raisons qui poussent ces joueurs à illustrer leur talent sous le maillot des diables rouges plutôt que celui d’une sélection africaine. En premier lieu, la Belgique fait aujourd’hui partie des meilleures sélections au monde. En effet, depuis plusieurs années, cette équipe surperforme dans les différentes compétitions auxquelles elle participe. C’est essentiellement pour cela que la balance penche plus du côté belge, le moment du choix venu. La seconde raison principale est que ces joueurs sont pour la plupart nés en Belgique. Bien qu’ils aient une origine africaine, ils ont été élevés et ont grandi sur le territoire belge. Ils sont donc naturellement plus accrochés au plat pays plutôt que celui de leurs parents.

Romelu Lukaku compte BIENTÔT arrêter avec les Diables Rouges! - RTL sport
Romelu Lukaku, né de parents Belgo-Congolais, l’un des leaders de cette sélection belge (Crédit photo : RTL info)

Il n’y a jamais vraiment eu de problème de racisme au sein de l’équipe nationale belge. Romelu Lukaku a bien été victime du racisme lors de son passage en Angleterre ou encore en Italie mais jamais avec les diables rouges. Dans une interview datant de 2020, Big Rom salue d’ailleurs la diversité de son pays. « La Belgique est un pays avec beaucoup de diversité, et c’est quelque chose qu’on doit préserver. Il y a six ou sept joueurs d’origine congolaise, Nacer est d’origine marocaine,… C’est mixte. Quand on est ensemble, on est fier d’être Belges. Dans la rue à Bruxelles, on voit ça : il y a une diversité. Je le raconte souvent quand je suis en Italie: quand tu es en Belgique, il y a tout ce que tu veux et c’est ce qui est beau dans notre pays ».

Des joueurs phénoménaux

Peu de gens sont au courant mais plusieurs légendes du football africain sont déjà passées par le championnat belge. La plupart du temps, c’est en début de carrière que ces joueurs au talent démesuré empruntent le chemin de la Belgique avant de décoller vers une carrière exceptionnelle.

Yaya Touré

Avant de devenir l’un des meilleurs milieu de terrain au monde, Yaya Touré a fait ses débuts professionnels au KSK Beveren. Un modeste club de Flandre Orientale se battant contre la relégation dans le début des années 2000. Avant son arrivée en Belgique à l’âge de 18 ans, Yaya Touré jouait à Abidjan dans l’académie de l’ASEC Mimosas.

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Yaya Touré arborant le maillot du KSK Beveren (Crédit photo : Sport/Foot Magazine)

Mais comment un jeune joueur ivoirien méconnu de tous a-t-il pu être transféré dans un club belge situé à plus de 7500 km ? La réponse est simple et porte le nom de Jean-Marc Guillou. Cet ancien international français était à l’époque un membre important de l’académie de l’ASEC Mimosas. En 2001, celui-ci investit dans le club du KSK Beveren. Son objectif est de transformer cette petite équipe en tremplin de lancement européen pour de jeunes joueurs ivoiriens. Grâce à cet homme, le championnat belge aura la chance de voir évoluer pendant 3 belles années celui qui deviendra plus tard l’un des meilleurs milieu de terrain de sa génération.

Kalidou Koulibaly

Après avoir acquis une certaine expérience durant ses deux années passées auprès de son club formateur, le FC Metz, Kalidou Koulibaly décida de continuer sa progression en Belgique avec le KRC Genk. Le jeune sénégalais parvient très rapidement à se montrer performant et devient l’un des meilleurs défenseurs central de Belgique. Après deux années passées sur le territoire belge, il est temps pour lui de prendre son envol vers le grand club du SSC Napoli. Sur la côte italienne, il ne cessera de s’améliorer et deviendra peu à peu une véritable référence à son poste. Chaque été, le solide défenseur sénégalais continue d’agiter la presse internationale l’envoyant dans les plus prestigieux clubs européens.

Kalidou Koulibaly over KRC Genk-Napoli | KRC Genk
Kalidou Koulibaly, véritable terreur des attaquants de Jupiler Pro League (Crédit photo : KRC Genk)

Ahmed Hassan

Joueur élégant doté d’une qualité technique supérieure à la moyenne, le milieu de terrain Ahmed Hassan a brillé sous le maillot du RSC Anderlecht. Malheureusement, Le Pharaon du Parc Astrid ne restera que deux saisons en Belgique avant de retourner en Égypte. Là-bas, Ahmed Hassan est considéré comme une légende vivante. Il détient le record absolu du nombre de participation en sélection avec 184 rencontres disputés sous le maillot égyptien. C’est d’ailleurs avec les Pharaons qu’il rédigera les plus belles lignes de son palmarès en remportant pas moins de 4 Coupes d’Afrique des Nations dont 2 en étant élu meilleur joueur de la compétition. Aujourd’hui homme d’affaire, Ahmed Hassan n’a pas oublié les mauves. « Pour coacher Anderlecht, je quitterai mes limousines » a-t-il déclaré il y a quelques années lors d’un entretien avec Yves Taildeman, envoyé spécial en Égypte pour le journal belge la dernière heure.

Ahmed Hassan, le Pharaon qui a enflammé le Sporting Anderlecht
Ahmed Hassan et le RSC Anderlecht, deux années folles (Crédit photo : RTBF)

En dehors du terrain

Les relations internationales qu’entretiennent la Belgique et les différents pays d’Afrique sont un bien vaste sujet. Commençons par le cas épineux du Congo. En 1885, ce large territoire d’Afrique centrale est colonisé par le roi Léopold II de Belgique avant de devenir une possession de l’État belge en 1908. En 1960, le Congo déclare son indépendance et Patrice Lumumba en devient le premier ministre. Depuis lors, les relations entre les deux pays restent tendues notamment sur la question de la réparation des torts causés. Les relations avec le Maroc sont également particulières puisque le plat pays compte, depuis les années 60, une forte population belgo-marocaine. Enfin, La Belgique est unie avec de nombreux pays d’Afrique par l’intermédiaire de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

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