Le naufrage de la RDC

Marcel-Tisserand

Lorsque l’on parle des grandes nations de football sur le continent africain, la République Démocratique du Congo nous vient tout de suite en tête. Un pays qui possède une grande histoire footballistique et est respectée pour cela. Avec un total de quatre médailles dont deux en or, c’est le septième pays le plus décoré de l’histoire de la Coupe d’Afrique des nations. Pour une équipe comme celle-ci, il est devenu inimaginable de ne pas faire partie des 24 sélections qualifiées à cette compétition. Après plus de neuf années de participations consécutives, les Léopards ne seront pourtant malheureusement pas du voyage au Cameroun pour tenter de remporter la prochaine CAN.

La date du 25 mars 2021 restera gravée dans la mémoire de tous les amateurs de football africain. Elle représente la chute de la grande République démocratique du Congo aux éliminatoires de la CAN 2021. Opposée au Gabon dans un match de la survie, la RDC s’est faite humiliée à Franceville par une lourde défaite 3-0. Une honte nationale ! Le dernier échec de ce pays en phase éliminatoire de cette compétition remontait à octobre 2011. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, les joueurs sont loin d’être les seuls responsables de ce cataclysme. La fédération congolaise ainsi que le staff technique ont également une grande part de responsabilité dans cet échec. Cette élimination doit absolument servir de leçon aux Léopards afin qu’ils puissent repartir sur des bases solides. Aujourd’hui, nous sommes peut-être à l’aube de la reconstruction d’une équipe qui ne tourne malheureusement pas rond depuis trop longtemps.

Le match du chaos

Le Gabon a triomphé face à une triste équipe de RDC (crédit vidéo : CAF TV)

La loi de la jungle. Voici une expression qui résume parfaitement l’affiche de cette rencontre. Dans ce match, les Léopards de la RDC affrontaient les Panthères du Gabon dans une lutte pour la survie. Afin de conserver une chance de qualification, la victoire était obligatoire pour les hommes de Christian N’Sengi. Malgré cette épée de Damoclès présente au-dessus de leurs têtes, les Congolais n’ont fait preuve d’aucune hargne dans un match qui avait pourtant tout d’une finale avant l’heure. Les Gabonais, eux, ont su parfaitement maîtriser la rencontre et ont donc logiquement été chercher cette qualification qu’ils désiraient tant.

Si ce jour-là, la RDC n’a pas pu triompher, la préparation du match en amont y est pour beaucoup. Sur le terrain, on a immédiatement senti que les Gabonais avaient bien mieux préparé la rencontre que leurs adversaires. Alors que les Panthères sont brillamment parvenus à lire le jeu ainsi que la « tactique » mise en place par N’Sengi, les joueurs du coach congolais, eux, semblaient totalement dépassés par les évènements.

Il faut dire que le cauchemar a commencé bien avant le coup d’envoi pour la RDC. Les problèmes sont arrivés dès le moment de prendre leur envol pour le Gabon. En effet, ceux-ci ont dû patienter pendant plusieurs heures à l’aéroport avant d’enfin pouvoir décoller vers Franceville. Les conditions climatiques étaient désastreuses ce soir-là. Comme si le destin voulait empêcher ces joueurs de courir vers leur perte… Finalement, ils sont arrivés à destination aux alentours d’une heure du matin. Le problème, c’est que le match se tenait le jour même… à 17h. Une véritable honte selon l’ex-Monégasque Marcel Tisserand, défenseur central de la RDC : « C’est inadmissible ! On ne peut pas préparer un match de haut niveau tout en arrivant sur le lieu le même jour ».

En conséquence de ce long retard, les Léopards n’ont pas eu le temps nécessaire pour s’acclimater à la ville. Les Congolais n’ont également pas pu effectuer de séances d’entraînement avant le match. Évidemment, ces désagréments n’excusent en rien la performance catastrophique des joueurs. Toutefois, ils sont tout de même à prendre en considération.

Un changement devenu nécessaire

CONTREPERFORMANCE EN CASCADE DES LEOPARDS : La tête de N'Sengi Biembe mise  à prix – Le Maximum
Christian N’Sengi ne sera pas parvenu à faire briller une sélection qui en avait besoin (crédit image : Le Maximum)

Si la RDC veut retrouver sa splendeur d’antan, il est devenu obligatoire pour cette sélection de changer d’entraîneur. En effet, depuis l’arrivée de Christian N’Sengi à la tête de l’équipe nationale, c’est une véritable calamité. À tel point que les victoires des Léopards sont aujourd’hui devenues des surprises tant elles se font rares.

Certes, l’équipe que lui a laissé son prédécesseur, Florent Ibenge, était en difficulté mais Christian N’Sengi n’a jamais su faire preuve de la détermination nécessaire pour faire bouger les choses. La grande différence entre lui et Florent Ibenge est que ce dernier s’est battu pour la réussite de son équipe. Malgré les nombreuses critiques faites à son égard, lui, arrivait à qualifier la RDC. À la surprise générale, Il était même parvenu à accrocher une très belle troisième place lors de la CAN 2015.

Aujourd’hui, la majorité des gens juge qu’il est préférable de laisser sa chance à une nouvelle tête. Ce changement de sélectionneur permettrait au groupe de tourner la page d’une triste période afin de repartir de l’avant. À ce jour, nous ne savons toujours pas qui sera le successeur de Christian N’Sengi même si certains noms ressortent régulièrement dans les médias locaux.

Si la fédération congolaise a vite fait de Michel Preud’homme sa priorité, le vice-entraîneur du Standard de Liège aurait pour sa part décidé de refuser son offre. Les entraîneurs belges sont à la mode en ce moment et Constant Omari, président de la fédération de la République démocratique du Congo, semble les porter dans son cœur.

Sur sa longue liste de prétendants au poste de sélectionneur national se trouve un certain Marc Wilmots. Connu pour avoir été à la tête de la Belgique durant de nombreuses années, celui-ci possède même une légère expérience sur le continent africain. En effet, Marc Wilmots a entraîné la Côte d’Ivoire durant plus de six mois. Malheureusement pour lui, ce fut un échec. Il n’était pas parvenu à qualifier les Eléphants à la Coupe du monde 2018. Suite à ce mauvais départ en Afrique, il se pourrait que l’ancien coach des Diables Rouges soit intéressé par la RDC. Que ce soit pour Marc Wilmots ou la sélection congolaise, ils se doivent de rebondir au plus haut niveau. Avec cet objectif en commun, une collaboration pourrait se montrer très intéressante.

Marc Wilmots se confie sur les Diables: «Lukaku, le salaud!»
Marc Wilmots est notamment celui qui a fait éclore la génération dorée des Diables Rouges (crédit image : Sudinfo)

Récemment limogé par le SM Caen, Pascal Dupraz semble lui aussi fortement intéressé par la République démocratique du Congo. Il a même été jusqu’à rédiger une lettre adressée au président de la FECOFA (Fédération congolaise de football association) pour lui faire preuve de sa motivation. « Monsieur le Président, cher Monsieur Constant Omari. Si je me permets de faire acte de candidature au poste de sélectionneur de l’équipe nationale masculine A de football de votre pays, c’est avant tout parce que je suis extrêmement motivé à l’idée de contribuer à vos côtés à la restructuration de votre sélection nationale. En effet, mon parcours démontre mon savoir-faire pour bâtir un projet durable et ambitieux ainsi que ma capacité à fédérer », a écrit il y a une semaine le tacticien français.

La décision finale revient à la fédération congolaise et devrait tomber d’ici quelques jours à Kinshasa. Le nouveau sélectionneur pourra donc prendre place à ses nouvelles fonctions lors du prochain rassemblement national. Le futur match des Léopards marquera donc le début d’une nouvelle ère. Il sera attendu et observé de près par tout un peuple.

Un problème qui remonte aux entrailles même de la sélection

CAN 2021 : les assurances de Constant Omari | Lion Indomptable
Constant Omari, président de la FECOFA, ne se représentera pas aux prochaines élections (crédit image : Zoom Eco)

Si la RDC ne parvient pas à se montrer performante sur le terrain, les acteurs de la rencontre sont loin d’être les seuls responsables. Constant Omari le reconnait et juge que le staff technique, la FECOFA, ainsi que le Gouvernement congolais sont tout autant répréhensibles que les joueurs.

L’actuel président de la fédération congolaise de football a annoncé il y a deux semaines qu’il ne serait pas candidat à sa propre succession lors des prochaines élections qui se tiendront en décembre 2021. C’est un énorme changement pour le football africain. Omari était en tête de la fédération congolaise depuis plus de 18 ans.

S’il résume son départ par un simple passage de flambeau au micro de Canal+ : « Je veux être très clair. Je ne serai pas candidat pour la simple raison que j’ai beaucoup fourni au niveau de la FIFA, au niveau de la CAF et au niveau de la Fédération. Il faut laisser aux autres, qui en ont les ambitions de pouvoir continuer », on ressent tout de même une vraie détresse dans son message. « Mon seul regret, c’est que si on change pas aujourd’hui ce que je suis en train de décrier, ceux qui viendront, quelles que soient les qualités qu’ils peuvent avoir, ils ne vont pas progresser et peut être qu’ils vont plus sombrer encore » expliquait-il en fin d’interview.

En effet, la fédération nationale est aujourd’hui devenue un vrai problème pour les Léopards. Si certains joueurs possédant la double nationalité choisissent aujourd’hui de ne pas porter les couleurs congolaises, c’est car cette sélection ne possède pas vraiment de projets sur le long terme. Cette équipe n’est malheureusement actuellement ni séduisante, ni rassurante pour un jeune joueur.

La FECOFA avait même tenu pendant très longtemps un véritable bras de fer avec un de ses joueurs cadres. Pendant quatre années, la RDC s’est privée de Dieumerci Mbokani, l’un des meilleurs buteurs de l’histoire du championnat belge. Le clash avait démarré en début 2016. Présent le 22 mars à l’aéroport de Zaventem, Mbokani est un miraculé du terrible attentat djihadiste qui frappa Bruxelles ce jour-là. Traumatisé par cet épisode, il prit la décision de ne pas rejoindre la sélection congolaise qui devait jouer quelques jours plus tard. Une décision compréhensible que la fédération congolaise n’avait pourtant pas manquée de critiquer. Énervé par les remarques du président Omari, Mbokani avait même décidé de ne plus jamais porter le maillot congolais. Une décision sur laquelle il reviendra des années plus tard, dans un post Instagram ou il explique qu’« un Léopard ne meurt jamais ».

Du haut de ses 35 ans, Dieumerci Mbokani reste un excellent joueur mais surtout un buteur hors-pair (crédit vidéo : Sporza)

L’arrivée des joueurs évoluant dans des championnats étrangers pour cette qualification de la CAN 2021 a également été très mal gérée par la fédération ainsi que le ministère des sports congolais. En effet, seulement huit joueurs de clubs européens ont pu rejoindre la sélection pour cet évènement majeur. Si la fédération avait été plus organisée et qu’elle avait contacté les clubs au préalable, d’excellents joueurs auraient pu venir en renfort de la RDC. Les Léopards se sont tirés une balle dans le pied en se privant d’éléments indispensables tels que Gaël Kakuta, Yannick Bolasie ou encore Jackson Muleka. Le plus frustrant, c’est que ces joueurs voulaient venir en aide à leur pays. Malheureusement, ils en ont été empêchés par l’organisation du ministère des sports et de la FECOFA.

Ce problème n’existe pas chez les autres pays. C’est ce qui différencie aussi la RDC de certaines nations africaines plus investies et concernées qu’elle. Le Gabon a tout fait pour que sa superstar, Pierre-Emerick Aubameyang, soit présente pour affronter les hommes de Christian N’Sengi. Les efforts de la fédération gabonaise ont d’ailleurs été récompensés car c’est bel et bien l’attaquant d’Arsenal qui inscrivit le troisième et dernier but de la rencontre.

Ces petites erreurs et cette nonchalance venant d’en haut plombe l’équipe nationale congolaise. Si la RDC veut redevenir la grande nation de football qu’elle était auparavant, il va falloir que des efforts soient fournis par les joueurs, les dirigeants, ainsi que toutes les personnes de l’ombre liées à cette sélection. Des changements doivent aujourd’hui avoir lieu pour que l’orage s’abattant sur la RDC depuis plusieurs années se transforme enfin en arc-en-ciel.

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