La Gambie à la CAN 2021 : Une première historique

Entraînement équipe nationale gambienne

Un but d’Assan Ceesay aura suffi pour placer la Gambie sur la carte de la CAN 2021. Un exploit historique des Scorpions qui seront du voyage au Cameroun pour une toute première participation à la grande fête du football africain.

Petit pays d’Afrique de l’Ouest, la Gambie a vécu une soirée inoubliable le 25 mars 2021. Après plus d’une trentaine de tentatives infructueuses, les Scorpions ont enfin obtenu une première qualification historique. Une petite victoire contre l’Angola à l’Independence Stadium de Bakau et l’histoire est écrite pour l’équipe dirigée par Tom Saintfiet. La Gambie sera à la CAN 2021 pour le plus grand bonheur de son peuple.

Une qualification pour l’histoire

Pour le football, jamais Banjul n’a exulté comme ce fut le cas le 25 mars dernier. Des larmes de joie dans la capitale gambienne au milieu des klaxons des véhicules. En raison de la crise sanitaire, les supporters n’ont pas pu remplir les gradins du stade de Bakau. Toutefois au coup de sifflet final, c’est comme si la Covid-19 n’avait jamais existé. Quelques centaines de supporters s’étaient déjà entassés devant le seul stade national du pays pour célébrer leurs héros. L’équipe nationale venait de battre l’Angola 1-0. Au même moment, le Gabon écartait définitivement la RDC de la course. Les dieux du foot ont décidé et la Gambie jouera donc la première CAN de son histoire.

À l’heure de jeu, Ceesay marque sans doute le but le plus important de l’histoire de la Gambie. Commentaires en VO. (Crédit vidéo : Jollof Entertainment – Youtube)

« C’est mon rêve depuis que je suis jeune de voir la Gambie participer à un tournoi international. J’ai fait de mon mieux en tant que joueur, mais nous n’avons jamais été chanceux. Je sens que les lacunes que nous avons eues dans le passé ont posé les bases et la structure pour cette équipe qui a achevé notre rêve », raconte Abdoulie Bojang, ancien international.

Après le Madagascar en 2019, c’est au tour maintenant de cette toute petite nation du football de goûter pour la première fois aux délices d’une Coupe d’Afrique des Nations. Situé au milieu du Sénégal, la Gambie est le plus petit territoire de l’Afrique continentale avec seulement une superficie de 11 700 km². Plus de deux millions d’habitants dans ce petit bout de terre qui n’attendaient que ce jour. Car le football, ce peuple le connaît. Son seul voisin frontalier, le Sénégal, est l’une des grandes nations du continent. Et il ne faut pas chercher loin pour savoir que Gambiens et Sénégalais sont simplement séparés par la colonisation.

Carte de la Gambie au milieu du Sénégal
En vert le Sénégal, et la Gambie qui rentre depuis l’océan Atlantique dans les terres sénégalaises. (Crédit image : Open Édition)

« Ne rien lâcher et se battre jusqu’à la dernière énergie. C’est ce que la Gambie a réalisé pour se qualifier historiquement à une phase finale de la CAN. Félicitation aux joueurs, aux Scorpions et à tout le peuple gambien », a posté sur Instagram la star sénégalaise de Liverpool, Sadio Mané.

Pendant ce temps, les supporters cherchent déjà comment chanter l’hymne national lors des matchs au Cameroun.

Accomplir cet exploit monumental n’a pas été facile. La raison est qu’il a fallu plusieurs années de travail et d’abnégation. Les bases d’une génération prometteuse étaient déjà posées quand le globe-trotter belge Tom Saintfiet a été nommé sélectionneur national. Pour la Gambia Football Federation (GFF), il fallait d’abord un entraîneur, vétéran du football continental et capable d’apporter une tactique efficace et fiable. Arrivait ensuite, la cohésion d’un vestiaire où la quasi-totalité des joueurs évoluent en Europe. Certains dans des championnats mineurs, certes, mais à un niveau suffisant pour créer un groupe solide assimilant les exigences du football de haut niveau.

Premier succès majeur pour Saintfiet

Les supporters et la presse étaient réticents. Toutefois, la meilleure décision que la GFF ait prise ces dernières années est la nomination de Saintfiet. Exclue des éliminatoires de la CAN 2015 pour fraude sur l’âge de certains joueurs, la Gambie a connu une période de restructuration sous la houlette du président de la Fédération, Lamin Kaba Bajo. Les mots lui manquaient pour exprimer sa joie. Mais comment lui en tenir rigueur ? Il a repris le flambeau du football gambien à un moment où la famille était divisée.

« Nous étions obligés de partir de zéro. C’est incroyable de voir comment il a pu gérer un milliard de choses en si peu de temps. Le football gambien est passé du statut d’éternel perdant à un football qui ne craint personne », témoigne avec émotion Baboucarr Camara. Des débuts difficiles certes, mais la suite du travail n’a été que du bonheur. Saintfiet, l’homme providentiel. Un routard du football comme beaucoup d’Européens qu’on appelle souvent en Afrique les « sorciers blancs ».

Tom Saintfiet, sélectionneur de la Gambie
Après avoir fait le tour du monde, Saintfiet a posé ses valises en Gambie en 2018 avec l’objectif de qualifier le pays à une CAN. (Crédit photo : BBC)

Son expérience internationale sur le continent, c’est d’abord en Namibie en 2008. Une sélection qui, après avoir savouré les CAN 1998 et 2008, voulait y retourner. La mission n’est pas accomplie, mais il y aura laissé un joli souvenir. Toujours, en Afrique australe, le Belge a ensuite dirigé le Malawi en 2013, qui cherchait à l’époque une première participation. Toujours sans succès. Des passages écourtés au Zimbabwe, au Togo et en Éthiopie, puis quelques piges au Yémen, au Bangladesh et en Trinité & Tobago. Le technicien rebondit à Malte où il n’a pas fait long feu. Un CV suffisamment convaincant pour que la GFF lui fasse confiance.

La route vers la gloire

La première campagne de qualification de Saintfiet n’a pas été convaincante pour la presse et les supporters exigeants. C’était en effet lors des éliminatoires de la CAN 2019. Logés dans le groupe D en compagnie de l’Algérie, du Bénin et du Togo, les Scorpions termineront troisième. Les deux tickets du groupe seront finalement pour les Fennecs et les Écureuils du Bénin. Deux équipes que les Gambiens ont bousculées durant ces éliminatoires. En premier lieu, une victoire contre le Bénin 3-1. Puis, deux matchs nuls (1-1) contre l’Algérie, future championne d’Afrique en Égypte. Des performances qui satisferont la GFF pour prolonger le bail du Belge.

Meilleur buteur de la sélection lors des éliminatoires, Assan Ceesay (trois buts) a renversé l’Angola dès la première journée avec un doublé. (Crédit vidéo : CAF TV – Youtube)

Un groupe s’est formé. « La star c’est le groupe », souligne Camara, malgré quelques individualités qui se distinguent. L’attaquant de Zürich, Assan Ceesay, le défenseur et capitaine Pa Modou Jagne ou encore Musa Barrow, jeune espoir de 22 ans, attaquant de l’Atalanta prêté à Bologne. Barrow, l’un des rares joueurs de cette sélection qui évolue au très haut niveau européen. On comptera également Omar Colley de la Sampdoria ou encore Sulayman Marreh de La Gantoise en Jupiler Pro League. Le reste est dispatché entre la Suède, la Pologne ou la Norvège, entre autres.

Espoir du football gambien, Musa Barrow marquera son unique but des éliminatoires contre le Gabon d’Aubameyang. Une victoire décisive lors de la quatrième journée. (Crédit vidéo : CAF TV – Youtube)

Avec ses tauliers, et un excellent Modou Jobe comme dernier rempart, la Gambie, 161ème nation FIFA au moment du tirage, se trouve dans le chapeau 5. Celui des mal classés qui devront disputer avant tout un tour préliminaire . Une étape passée avec difficulté face au Djibouti après deux matchs nuls (1-1) et une séance de tirs au but réussie à domicile. La suite s’est déroulée dans le Groupe D, en compagnie du Gabon et de la RDC, les favoris, et de l’Angola, l’outsider.

La campagne a débuté sur une victoire convaincante face à l’Angola à Luanda (1-3) puis sur un nul sauvé à la dernière minute contre les Léopards de la RDC à Bakau (2-2). La nation est galvanisée, le rêve peut commencer. Le Gabon douchera un peu les espoirs lors de la troisième journée. Toutefois c’est sans compter sur la détermination gambienne lors du retour à Bakau. Une victoire 2-1, même score que la défaite à Franceville. Le Graal sera finalement atteint le 25 mars dernier contre les Palancas Negras sur l’unique but de Ceesay. À une journée de la fin, la petite Gambie, avec dix points, s’assure la première place d’un groupe dans lequel sa peau n’était pas chère payée.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Traduire »