La Macédoine du Nord, invitée de dernière minute

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En battant la Géorgie (1-0) en barrages des qualifications à l’Euro 2020, la Macédoine du Nord s’est donnée rendez-vous avec l’Histoire : elle va disputer sa première grande compétition. Et ne compte pas simplement faire de la figuration.

Digne héritière d’une partie de la Yougoslavie, la Macédoine (devenue Macédoine du Nord en 2018, suite à une ambiguïté avec la région grecque) dispute son premier match officiel en 1993, soit deux ans après son indépendance. N’ayant jamais bénéficié d’un autre statut que celui de Petit Poucet, c’est en 2021 que la sélection s’apprête à franchir un cap. Goran Pandev, Enis Bardhi ou encore Ezgjan Alioski se savent attendus mais abordent ce tournoi sans pression : l’équipe ne pourra que surprendre positivement, et mettre la lumière sur ce petit pays d’Europe encore trop peu connu.

De la Yougoslavie à la Macédoine du Nord

Créée en 1920, la sélection yougoslave n’a pas à rougir de son palmarès. Deux fois quatrième de la Coupe du Monde, double-finaliste de l’Euro et même championne olympique en 1960, l’une des équipes les plus redoutées d’Europe s’autodétruira au printemps 1992, lorsque le pays se disloque en cinq parties, dont la Macédoine. Le nouveau-né européen réalise de jolis débuts, une victoire (4-1) face à la Slovénie pour son premier match, puis un exceptionnel… 11-1 trois ans plus tard, devant le Liechtenstein.

Le gardien macédonien Blagoje Vidinić a participé à la finale de l’Euro 1960, perdue face à l’Union Soviétique.

Pour autant, les compétitions internationales ne sourient pas vraiment aux Lions Rouges. L’écart de niveau avec des sélections comme la Belgique ou l’Espagne se fait ressentir et ferme la porte à une possible qualification. Ainsi, quand le tirage au sort des qualifications à l’Euro 2020 place la Macédoine du Nord dans le groupe G, aux côtés de la Pologne, l’Autriche, la Slovénie, Israël et la Lettonie, on se dit que les chances macédoniennes sont faibles, très faibles.

La suite ne donnera pas forcément raison aux observateurs. Certes battue sur l’ensemble des matchs l’opposant au deux leaders du groupe, la Pologne (1er) et l’Autriche (2ème), la Macédoine demeure en revanche invaincue face aux trois autres adversaires, remportant même quatre rencontres sur six. Au final, une troisième place qui sonne comme un exploit pour cette petite nation. Mais qui ne qualifie pas les Macédoniens. Heureusement, la réforme de l’UEFA permet à certaines sélections de rejoindre l’Euro par une autre voie : la Ligue des Nations.

Les barrages de l’espoir

Cette Ligue des Nations, la Macédoine du Nord l’a disputée quelques mois plus tôt, au sein de la Ligue D. Une aubaine, puisque les nations présentes dans cette ligue sont les plus faibles d’Europe. Les Macédoniens ne se sont donc pas loupés, battant à deux reprises le Liechtenstein et Gibraltar. L’Arménie est plus coriace mais avec une victoire de chaque côté, c’est la défaite des Arméniens face à Gibraltar qui plombe les coéquipiers d’Henrikh Mkhitaryan. Et ouvre par la même occasion la route à la Macédoine du Nord, qui disputera bien les barrages pour l’Euro.

Quatre prétendants, une seule place qualificative. La voie de la Ligue D concerne donc la Macédoine du Nord, mais aussi la Géorgie, la Biélorussie et le Kosovo. C’est du dernier d’entre eux qu’hérite la Macédoine. Dans un Toše Proeski Arena qui sonne creux, la Macédoine du Nord n’a besoin que de quinze minutes pour ouvrir le score. La frappe de Stefan Ristovski est déviée dans son propre but par Kololli. Les Macédoniens sont placés sur de bons rails. Mais juste avant la demi-heure de jeu, une grossière erreur de la défense profite à Hadergjonaj qui lobe subtilement Stole Dimitrievski, auteur d’une sortie hasardeuse. Un partout, balle au centre. Trente-troisième minute, Darko Velkoski reprend victorieusement de la tête un coup franc d’Enis Bardhi. Le score ne bouge plus, et après sept minutes de temps additionnel, Skopje peut exulter : la Macédoine du Nord disputera la finale des barrages.

Le 12 novembre, bientôt jour férié en Macédoine du Nord ? (crédit photo : Foot Euro 2020)

Ce sera contre la Géorgie, tombeuse de la Biélorussie grâce à un penalty obtenu en tout début de rencontre. Les deux équipes se croisent un mois avant le match crucial, en Ligue des Nations, pour un score de parité (1-1). Vingt-neuf jours plus tard, Géorgiens et Macédoniens se font face à Tbilissi, et comptent bien l’emporter. Car comme la Macédoine, la Géorgie n’a jamais disputé de phase finale de l’Euro. Si les Géorgiens dominent la rencontre, c’est l’inusable Goran Pandev qui délivre la Macédoine du Nord. Du haut de ses 37 ans, l’attaquant du Genoa est à la conclusion d’une contre-attaque parfaitement menée par Eljif Elmas. Plus aucun but n’est inscrit durant la rencontre, la Macédoine du Nord obtient son premier billet pour l’Euro.

Une équipe plus ambitieuse qu’on ne le croît

Arrivé en 2015 à la tête de la sélection, Igor Angelovski est la clé du nouveau projet macédonien. 166ème du classement FIFA à son arrivée, la Macédoine du Nord y occupe désormais la 62ème position. Une progression qui s’explique par plusieurs facteurs. Tout d’abord, une équipe très expérimentée et homogène capable d’apporter le surnombre grâce à des latéraux très offensifs. Alors que certaines équipes du même calibre se contentent de verrouiller en défense, Angelovski prône de plus en plus un jeu de possession porté vers l’attaque. Le fer de lance Goran Pandev, vainqueur de la Ligue des Champions en 2010, est l’homme de base de son sélectionneur, de sept ans son aîné.

C’est d’ailleurs ce fameux jeu offensif emmené par Pandev qui a permis à la Macédoine du Nord de s’imposer en Allemagne (2-1) durant les éliminatoires de la Coupe du Monde. Un succès inattendu mais loin d’être immérité. Angelovski savoure : « Quand vous faites face à un gros, vous ne pouvez pas rester coincé derrière et perdre 1-0, quel serait l’intérêt ? Ce soir-là, contre l’Allemagne, nous avons marqué deux fois, avec cinq d’entre nous dans leur surface de réparation. ».

https://www.youtube.com/watch?v=DySkyIHDjkk
À quatre minutes du terme, le nul ne suffisait pas aux Macédoniens. Ils vont chercher la victoire avec la manière (2-1) !

Le bilan des derniers matchs est largement positif. Avec seulement deux défaites sur les douze dernières rencontres, l’équipe respire la confiance. Et espère surfer sur cette dynamique pour renverser l’Euro. Son premier rendez-vous en Roumanie pour défier l’Autriche sera primordial. Un cran en-dessous lors des derniers affrontements, la Macédoine du Nord devra absolument l’emporter face à un adversaire qu’elle connaît parfaitement. Car ensuite, l’Ukraine puis les Pays-Bas ne feront aucun cadeau.

Les failles macédoniennes

Attention tout de même à ne pas être trop enthousiastes vis-à-vis de cette formation. N’oublions pas qu’elle est considérée comme la plus faible du tournoi. Si ce statut pousse parfois les équipes à se surpasser, il n’offre quasiment aucune marge d’erreur. Pour une première participation à ce tournoi, le manque global d’expérience pourrait mener la Macédoine du Nord à sa perte. D’autant plus que sa charnière composée de trois centraux n’est pas vantée pour sa vitesse. Ses lacunes défensives peuvent aussi parfois coûter des buts casquettes.

Autre motif d’inquiétude : l’exclusion provisoire du groupe d’Ilija Nestorovski. L’attaquant est l’auteur de nombreuses insultes alors qu’il célébrait son but inscrit face au Liechtenstein (5-0). « Je m’excuse pour mes propos vulgaires. Cependant, je répondais seulement à des gens qui m’insultent et menacent ma famille depuis plusieurs jours. Ils savent qui ils sont, j’espère qu’ils ont compris. » s’est-il justifié. Absent face à l’Allemagne, sera-t-il réintégré au groupe ?

Passation de pouvoir entre le vétéran Pandev (à droite) et le jeune talent Elmas (à gauche) (crédit photo : Pianeta Genoa 1893).

Enfin, une dernière source d’inquiétude persiste. Pourtant robustes physiquement, les Macédoniens ne pourront peut-être pas maintenir la même intensité tout au long du tournoi. Avec un âge moyen supérieur à vingt-huit ans, il manque une certaine jeunesse à cette sélection. Pandev, goleador national, et Bardhi, grand tireur de coup-franc, laisseront un grand vide à leur poste en cas de blessure. La relève pointe timidement le bout de son nez. Eljif Elmas, jeune pépite du Napoli, doit prendre une nouvelle dimension au sein de sa sélection. L’attaquant camblysien de 23 ans Vlatko Stojanovski est amené lui aussi à progresser et à apporter sa fraîcheur. Suffisant pour briller à l’Euro ? Réponse dans moins de deux mois.

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