La Corée du Nord : un pays de football comme les autres… enfin presque

FBL-EAST-ASIA-CHN-PRK

Depuis la nuit des temps le mystère fascine les hommes. L’être humain est né curieux, c’est comme cela. Au 21e siècle, un État rempli de secrets et d’interdits passionne : la Corée du Nord. Un pays d’Asie mystérieux dont tout le monde connaît le nom mais peu de gens savent finalement ce qu’il s’y passe réellement.

Lorsqu’un média européen cite le nom de la Corée du Nord, vous pouvez être sûr à 99% que c’est pour parler de son système politique. Pourtant, ce pays ne se limite pas qu’à ça. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, là-bas, on y joue professionnellement au football. Mais même dans le milieu du ballon rond, la Corée du Nord est fidèle à sa réputation. En effet, le gouvernement a établi des règles très strictes et n’hésite pas à manipuler la population lorsque leur honneur est en jeu.

Un championnat qui a évolué au fil des années

April 25 SC make final of AFC Cup
L’April 25 SC, club le plus titré et reconnu de Corée du Nord (crédit image : From The Tofu Bowl)

Depuis sa création, le championnat nord-coréen a beaucoup changé. C’est d’abord sous le nom de Technical Innovation Contest que démarre la compétition en 1960. Le principe est simple. Comme dans la majorité des championnats, les équipes s’affrontent tout au long de la saison avant d’attribuer à l’équipe ayant additionné le plus de points le titre de champion national.

En 1972, s’est rajoutée une particularité à ce système de compétition on ne peut plus basique. Une nouvelle phase s’est jointe au championnat : le Republic Championship. Cette seconde étape a pour but de rassembler les meilleures équipes du Technical Innovation Contest dans une sorte de mini tournoi se déroulant en fin de saison. Même si l’on possède très peu d’informations à ce sujet, tout porte à croire que ce système était plus ou moins similaire à celui qui est encore aujourd’hui utilisé en Belgique.

En 2010, la D1 nord-coréenne subit une grande réforme. Retour aux bases et au championnat constitué d’une seule phase ! Celui-ci porte désormais le nom de Highest Class Football League et rassemble les clubs de Première classe ou autrement dit les équipes de première division. Aujourd’hui, si le nom a encore été changé pour devenir la DPR Korea League le principe reste le même que celui de 2010.

À LIRE : Entre amateurs et professionnels, quelle est la place du football à Gibraltar ?

Finalement, les différents clubs de Corée du Nord sont distinctement classés dans trois différentes divisions. La première est la meilleure, c’est celle ou se rejoignent les équipes professionnelles du pays. La deuxième division, plus communément appelée League 2 est formée par les équipes semi-professionnelles. Les clubs de League 2 peuvent tout de même espérer atteindre un jour la DPR Korea League grâce à un système de relégation mis en place par la fédération nord-coréenne. Enfin, les clubs les moins forts jouent la dernière division. Ces clubs sont amateurs et appartiennent pour la plupart à de grandes usines et entreprises publiques du pays.

Une nationalité briseuse de rêve

Han Kwang-Song, un joueur bourré de talent dont la carrière ne décollera malheureusement peut être jamais… (crédit image : Lucarne Opposée)

Il est extrêmement dur pour un jeune joueur nord-coréen d’exposer son talent à l’étranger. Actuellement, ils ne sont que treize à obtenir le droit de jouer hors de leur pays natal. Et encore, ce n’est pas aussi facile que ça. Le régime surveille de près ses joueurs expatriés. Pour pouvoir prendre le large, ils sont obligatoirement accompagnés d’un ou deux représentants de l’Agence nationale de sécurité qui auront pour but de les « encadrer » dans leur voyage.

La triste histoire de Han Kwang-Song, jeune joueur nord-coréen expatrié en Italie, prouve encore une fois que la Corée du Nord n’est pas un pays comme les autres. Après être passé par la Juventus et Cagliari, l’attaquant avait toutes les cartes en mains pour réaliser une brillante carrière. Malheureusement, lorsqu’on vient d’une certaine région d’Asie, le succès ne dépend pas que du talent.

En 2017, alors qu’il était seulement âgé de 22 ans, des raisons diplomatiques l’oblige à retourner dans son pays d’origine. Suite à un énième essai nucléaire du côté de Pyongyang, le conseil de sécurité de l’ONU avait imposé le rapatriement des travailleurs nord-coréens dans leur pays. Malheureusement pour lui, sa carrière internationale ne décollera probablement jamais. Sa nationalité a donc tué son rêve.

Un joueur à la fois élégant et technique qui aurait eu sa place dans de nombreuses équipes européennes (crédit vidéo : Youtube SamooZ)

La coupe du monde 1966 : l’exploit des Chollimas

Maillot Coree du Nord 1966
En 1966, l’hymne nationale nord-coréenne n’était pas autorisée à retentir pendant l’avant-match (crédit image : sportvintage)

La sélection nord-coréenne tire son surnom d’un cheval mythique appelé Chŏllima. Il est l’un des symboles forts du pays. Cette créature représente l’héroïsme ainsi que l’esprit combattif du peuple coréen. Deux valeurs très importantes pour ce pays si spécial.

Contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’équipe nationale nord-coréenne ne date pas d’hier. En effet, elle fut fondée en 1945 avant de s’affilier treize années plus tard à la FIFA. Si aujourd’hui les Chollimas ne semblent plus très menaçants et sont seulement classés 109e au classement FIFA, ils ont tout de même su réaliser de belles choses dans le passé.

Pour cela, un petit flashback en 1966 chez nos amis anglais s’impose. À cette époque on joue les phases éliminatoires de la coupe du monde. Pour la première fois de son histoire, la Corée du Nord est parvenue à se qualifier suite à leur victoire en aller-retour face à l’Australie.

À LIRE : Spécial Euro 2020 | La Macédoine du Nord, invitée de dernière minute

Les Chollimas se retrouvent dans un groupe D très relevé. Composé de l’URSS, de l’Italie et du Chili, la Corée du Nord possède alors le statut de petit poucet de ce groupe. D’entrée de jeu, les Nord-Coréens perdent leur premier match face à l’URSS sur le score de 3-0. Lors de la seconde journée, ils quitteront les Chiliens sur un encourageant score de parité.

Avec ce résultat, les cartes restent dans les mains de la jeune équipe coréenne. Une victoire lors de la dernière journée suffirait aux hommes de Myung Rye-hyun pour s’offrir une qualification historique. Le problème, c’est que cette ultime rencontre se joue face à l’Italie… Un habitué de la compétition qui a déjà soulevé le trophée à deux reprises.

Cette mission quasi-impossible se terminera contre toute attente en triomphe coréen (1-0). C’est sans aucun doute la plus grande réussite footballistique de l’histoire de la sélection coréenne. Du moins, c’est qu’affirme Morgan, véritable passionné du football nord-coréen. « L’Italie était l’équipe à battre. Elle était déjà deux fois championne du monde et était en très grande forme. Cette qualification fut un exploit qu’ils n’ont malheureusement jamais su renouveler… Ce match fait partie de l’histoire ! » Après avoir déjoué tous les pronostics, les Chollimas se dirigent donc tout droit vers les quarts de finale de coupe du monde pour affronter le Portugal !

Comme poussé par une force surnaturelle, les Nord-Coréens inscriront trois buts en l’espace de 25 minutes aux coéquipiers d’Eusébio. Malheureusement, la pression de la victoire était peut être trop dur à supporter pour ces joueurs inexpérimentés. On sentait au fil des minutes que le bateau était sur le point de chavirer. En effet, la réalité reprit vite le dessus et les Portugais finiront par s’imposer 5-3 au Goodison Park.

Malgré la désillusion de ce quart de finale, le parcours de cette jeune équipe coréenne fascinait le monde. De retour au pays, les joueurs ainsi que le staff eurent un accueil digne de ce nom sous les acclamations de la foule. Trente-cinq ans plus tard, le réalisateur anglais Daniel Gordon tourna un film intitulé « The Game Of Their Lives« . Celui-ci raconte le parcours fantastique des Chollimas, une petite équipe inconnue devenu les chouchous de l’Angleterre.

Un parcours incroyable qui a choqué la planète foot (crédit vidéo : FIFATV)

La face sombre de la Corée du Nord : entre mensonges et manipulations

Pourquoi les Nord-coréens croient que le Portugal est champion du monde -  Oh My Goal
Pour des raisons dépassant le cadre du sportif, les Nord-Coréens croient que le Portugal a remporté la Coupe du Monde 2010 ! (crédit image : oh my goal)

Tout le monde se souvient de la Coupe du monde 2010. Cette compétition où la sélection espagnole fut désignée vainqueur suite à sa victoire 1-0 face aux Pays-Bas. Aussi fou que cela puisse paraître, les Nord-Coréens, sont persuadés que ce jour-là, ce sont les Portugais qui ont gagnés.

Après s’être incliné sur le score honorable de 2-1 face au Brésil lors de la première journée de la compétition, le gouvernement nord-coréen a décidé de retransmettre en direct la prochaine rencontre de ce mondial opposant les Chollimas au Portugal. C’était un évènement incroyable pour le pays. D’ordinaire, la télévision d’État ne diffuse aucun programme étranger. 

Malheureusement, la diffusion ne dura pas longtemps en Corée du Nord. Suite au 4e but des Portugais à la 60e minute de jeu, le gouvernement décida de couper subitement le direct. Il était trop honteux pour eux de continuer à émettre ce carnage. Finalement, le match se conclu sur le lourd score de 7-0. Les trois derniers buts des hommes de Carlos Queiroz restant dans lignorance la plus totale du peuple coréen.

Malgré la défaite, il fallait redorer l’image de la patrie. Alors, pour déguiser un peu cette honte nationale, le gouvernement fit croire à une victoire de l’équipe de Cristiano Ronaldo dans une finale fictive l’opposant à l’Argentine.

Si cette anecdote peut aujourd’hui faire esquisser un sourire, les dessous de cette histoire sont, eux, bien plus durs à entendre. Suite à cet échec, le sélectionneur nord-coréen a été condamné aux travaux forcés. Pendant plus de dix heures par jour celui-ci a du travailler dans les mines de charbons. Le motif d’un tel châtiment ? Une soi-disant trahison de la confiance du leader Kim Jong-il (père de l’actuel leader Kim Jong-un). Si cette punition peut nous paraître incompréhensible, elle n’est pas choquante là-bas. Malheureusement, ainsi fonctionne ce pays.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Traduire »