Clermont Foot : plus grand, plus fort

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Après 14 saisons consécutives passées dans l’antichambre de l’élite français, le Clermont Foot 63 a (presque) officiellement obtenu son billet pour la prochaine édition de Ligue 1 en bénéficiant du match nul de Toulouse contre Pau. Une première dans l’histoire du club auvergnat, jusque-là habitué à jouer le milieu de tableau.

Un juste retour des choses. En validant son accession à l’étage supérieur, Clermont prend sa revanche sur la saison précédente. Le Covid-19 avait mit fin aux ambitions des hommes de Pascal Gastien, pourtant cinquièmes et candidats potentiels aux play-offs. En 2020-2021, le club clermontois n’a pas fait les choses à moitié en terminant à une très belle deuxième place, emmené par son buteur Mohamed Bayo. Cap désormais sur la Ligue 1.

Dans l’ombre du rugby

Le Clermont Football Club naît en 1984 quand les clubs omnisports du Stade clermontois et de l’Association sportive montferrandaise fusionnent leurs sections football. Après une saison en Division 2, le club va rapidement déposer le bilan et repartir en DH. L’ascension est longue mais en 2003, Clermont retrouve la Ligue 2 sous le nom de Clermont Foot Auvergne. Depuis, le club auvergnat a pris part à dix-sept des dix-huit dernières éditions de Ligue 2. L’exception ? En 2006-2007, quand l’équipe alors entraînée par Didier Ollé-Nicole surclasse le championnat National et remonte immédiatement.

Mais le football tarde à se faire une place dans le cœur d’une région centrée autour du rugby. La notoriété européenne de l’ASM Clermont attire tous les regards et ne laisse que des miettes aux Rouge et Bleu. Les chiffres parlent d’eux-même. Si le rugby attire en moyenne 17.000 spectateurs par rencontre, Gabriel-Montpied tourne autour des deux ou trois milliers de supporters seulement. Il faut dire que la modeste enceinte clermontoise est le septième plus petit stade de Ligue 2 avec moins de 11.000 places. La montée en Ligue 1 devrait cependant entraîner d’importants travaux afin de pouvoir accueillir près de 30.000 spectateurs.

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Le football pourrait donc prendre une nouvelle dimension à Clermont. Mais difficile de se détacher totalement du rugby. L’ASM Clermont et le Clermont Foot partagent leur centre d’entraînement et sont donc intimement liés. D’ailleurs, l’agrandissement du stade permettra aux rugbymen de disputer leurs rencontres européennes dans une arène plus imposante que Marcel-Michelin qui ne compte qu’une vingtaine de milliers de places. À Clermont, football et rugby grandissent main dans la main.

Centre de formation partagé entre l’ASM Clermont Rugby et le Clermont Foot 63 (crédit image : Site officiel du Clermont Foot).

De Claude Michy à Ahmet Schaefer

Clermont Foot semble avoir réellement franchit un pallier cette saison. Mais pour les plus fins observateurs du club, le véritable déclic remonte au 4 mars 2019. La fin d’une ère et le début d’un ambitieux projet. Le président historique, Claude Michy, présentait ce jour-là le prochain patron du club : le Suisse Ahmet Schaefer. Après quatorze ans de présidence, Michy souhaitait tourner la page, peu avant ses 70 ans. Surtout, il voulait permettre à Clermont de changer de dimension et de démarrer un nouveau cycle. L’homme d’affaire Ahmet Schaefer, amoureux du football, était le parfait candidat.

Le Suisse a rapidement posé les bases de sa philosophie. La continuité est de mise, comme le montre le maintien du staff et de l’entraîneur Pascal Gastien. Pas question de changer ce qui marche déjà très bien. En revanche, Schaefer comptait bien se donner les moyens de réussir sa mission, mener Clermont en Ligue 1. Pour cela, le néo-président a entamé une série de rachats et de partenariats. Un moyen d’assurer le renouvellement de jeunes talents, tout en prêtant quelques joueurs afin de les faire progresser loin de l’Auvergne. Schaeffer est aujourd’hui à la tête de l’Austria Lusternau (D2 autrichienne) et du Vendsyssel FF (D2 danoise). Sans compter les partenariats conclus avec le TP Mazembe (RD Congo), le JS Kabylie (Algérie) et surtout l’Académie Jean-Marc Guillou qui concerne l’Algérie, le Mali ou encore la Côte d’Ivoire.

Le journaliste Romain Molina explique parfaitement le rôle d’Ahmet Schaefer dans le développement du club.

L’objectif de montée en cinq ans est donc largement atteint. Reste à savoir si le manque d’expérience des Clermontois ne leur sera pas fatal dans une Ligue 1 au niveau de plus en plus relevé. Encore une fois, Schaefer avait tout anticipé. Après sa nomination, il a aussitôt placé à ses côtés deux hommes d’expérience. Le premier, Jérôme Champagne, est l’ancien conseiller du président de la FIFA, rien que ça. Il apporte son expérience et surtout un grand réseau international. Le second, l’Allemand Ingo Winter, est un spécialiste du recrutement. Un domaine qu’il a pris en charge à Hanovre, Kaiserslautern et surtout chez les Young Boys de Berne. De quoi étendre encore un peu plus les contacts avec des clubs étrangers.

Un recrutement toujours aussi efficace

L’excellent niveau de recrutement clermontois ne date cependant pas d’hier. Depuis des années, le club auvergnat sait parfaitement flairer les bonnes affaires et les flops sont quasiment inexistants. Corinne Diacre puis Pascal Gastien auront eu sous leurs ordres Idriss Saadi, Famara Diédhiou, Ludovic Ajorque, Franck Honorat, Mathias Pereira Lage, Florian Ayé ou encore Adrian Grbic. Des joueurs qui ont tous fait leurs armes à Clermont avant de changer de dimension et découvrir l’élite. Avec l’un des plus petits budgets de Ligue 2, difficile de faire mieux.

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Cette saison encore, Clermont a pu bénéficier d’un trio offensif hors-norme. Sur l’aile gauche, le feu-follet gabonais Jim Allevinah a rejoint Clermont en début de saison en provenance du voisin du Puy Foot (N2) pour seulement 25.000€. Résultat : 12 buts et 6 passes décisives. Un bilan qui lui permet de faire partie des cinq nommés pour le titre de meilleur joueur de la saison. Son compère de droite, Jodel Dossou, est surnommé « TGV ». Le Béninois a mis son équipe sur de bons rails grâce à sa vitesse de pointe bien au-dessus de la moyenne et un total de 12 réalisations. Passé par l’Austria Lusternau d’Ahmet Schaefer entre 2015 et 2018, sa signature en début de saison n’est donc pas une surprise.

Très technique, puissant, mais surtout doté d’une vitesse supersonique, le « TGV » Jodel Dossou est parfois comparé à Sadio Mané (crédit photo : Le leader info Bénin).

Mais la véritable locomotive du train clermontois n’est autre que le jeune Mohamed Bayo (22 ans), meilleur buteur de Ligue 2 avec 21 buts en 37 matchs. Sans oublier ses 7 passes décisives. Formé au club puis prêté à Dunkerque en National, Bayo est ensuite revenu dans son club de cœur pour battre des records. Et marquer l’histoire du CF63. Il n’aura donc coûté quasiment rien à Clermont. Et pourrait partir cet été pour plusieurs millions au vu du nombre de prétendants toujours plus nombreux.

Une force collective au-dessus du lot

Si les individualités permettent de faire la différence, c’est aussi grâce à sa force collective hors du commun que Clermont Foot s’envole vers la Ligue 1. Tout d’abord, la solidarité défensive a permis à Arthur Desmas de n’encaisser que 21 buts tout au long de la saison. Sa jeune doublure Ouparine Djoco n’étant quant à lui battu qu’à deux reprises, Clermont n’a donc encaissé que 23 buts. Au final, Clermont est largement leader au classement des défenses. Avec 10 buts encaissés de moins que Troyes, pourtant premier de Ligue 2. En plus de bien défendre, les Clermontois le font proprement et sont l’équipe la plus fair-play du championnat avec seulement 49 cartons jaunes. À titre comparatif, la moyenne de Ligue 2 est d’environ 67 cartons jaunes par équipe.

La régularité du CF63 est également un facteur clé de leur saison. Deuxième de Ligue 2, deuxième équipe à domicile et deuxième à l’extérieur, troisième meilleure attaque : Clermont est tout en haut de chaque classement, montrant que les failles de l’équipe sont rares. Très rares. Cerise sur le gâteau, le jeu proposé par l’équipe de Pascal Gastien est agréable à regarder. Pourtant peu médiatisée, la formation auvergnate produit chaque semaine des prestations abouties autant sur le plan tactique que sur les résultats. « Ici, les joueurs viennent pour la qualité de jeu et le projet mis en place. » déclarait justement le milieu de terrain Lorenzo Rajot en début de saison.

Même si il n’y a pas de but à la conclusion, Clermont joue parfaitement le coup durant cette séquence.

Clermont Foot a été patient, a longuement vu la Ligue 1 se refuser à lui, mais s’apprête aujourd’hui à écrire les plus belles pages de son histoire. Malgré une Ligue 2 très compétitive, qui voit Caen ou Guingamp lutter pour leur maintien, le club du Puy-de-Dôme a su réunir tous les ingrédients pour atteindre son Graal. Une nouvelle ère s’annonce, mais elle ne devrait pas être aussi différente qu’on ne le croît. Ahmet Schaefer devra « faire le nécessaire » pour se donner les moyens de survivre en Ligue 1. Une mission qui n’est pas sans rappeler celle du SCO d’Angers, promu en 2015. Schafer ne s’en cache pas : « Ça nous inspire beaucoup » déclare-t-il. On lui souhaite la même réussite.

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