Russie – Ukraine : Un match impossible, ou presque

Russie - Ukraine

Habituellement, le football passe au-dessus de tout. Habituellement, le football réunit et offre une parenthèse de bonheur. C’est juste habituellement. La Russie et l’Ukraine sont sûrement l’exception à la règle. Deux pays, deux sélections et une potentielle rencontre inimaginable. Une guerre, des tensions, des conflits et même des provocations.

9 octobre 1999. Cette date est historique pour l’Ukraine et la Russie. C’est la dernière rencontre officielle entre les deux sélections. Les deux pays disputaient une qualification pour l’Euro 2000. Au match aller, l’Ukraine s’était imposée à Kiev sur le score de 3 buts à 2. Le match retour était bien plus serré et s’était terminé sur le score de 1-1 à Moscou. La Russie et l’Ukraine, deux pays rivaux en plein conflit. L’un est l’État le plus grand du monde, l’autre le deuxième plus grand d’Europe. Depuis plusieurs années maintenant, les deux puissances se font face.

Une mésentente ancienne

Il y a 7 ans, les tensions se sont accentuées notamment à cause de la Crimée. Petite péninsule au sud de l’Ukraine et à l’ouest de la Russie. Entre les deux pays, ce petit bout de territoire est au centre de nombreuses discussions. Sous contrôle russe puis ukrainien, la Crimée est un point stratégique. Au bord de la mer Noire, cette région permet, au pays qui la possède, de mieux contrôler le commerce. Mais alors pourquoi ce match Russie – Ukraine semble-t-il impossible ?

Il faut revenir un peu plus en arrière pour comprendre ces tensions. En effet, durant la Guerre Froide (1947 – 1991), les États-Unis sont opposés à l’URSS. Durant les glorieuses années soviétiques, l’Ukraine faisait partie des 15 pays à être sous l’influence de cette puissance mondiale. Dans les dernières années de la guerre, l’URSS est affaiblie. Si bien que les démocraties populaires se soulèvent et l’ère soviétique prend fin en 1991. Cette même année, l’URSS, devenue alors la Russie, ainsi que la Biélorussie et l’Ukraine créent la Communauté des États Indépendants grâce à l’accord de Minsk et planifient des échanges commerciaux et économiques.

Regain de tension en 2014

Dès lors, l’Ukraine est indépendante. C’est quelques années plus tard que les choses se compliquent. En effet, Viktor Ianoukovytch, alors au pouvoir, se voit renverser. L’ancien président ukrainien pro-russe avait provoqué la colère des habitants de son pays par un refus de se rapprocher de l’Union européenne. Les Ukrainiens étaient descendus dans les rues pour clamer leur désaccord.

Carte montrant la guerre de Crimée en 2014 avec les forces ukrainiennes d’un côté et les forces russes de l’autre (crédit photo : Le Républicain Lorrain)

Suite à cela, la Crimée proclame son indépendance et est rattachée à la Russie le 18 mars 2014. Dix jours après, le 27 mars, l’ONU se penche sur ce cas. Le référendum qui avait permis ce rattachement était vivement critiqué. L’ONU vote et condamne à son tour cette annexion. Sur 193 États membres de l’Organisation des Nations unies, seuls 11 États reconnaissent la République de Crimée comme étant russe. En parallèle, le néo-gouvernement ukrainien supprime le russe comme langue officielle. Pour autant, plus de la moitié de la population parle cette langue. De nouvelles émeutes voient le jour : c’est la guerre du Donbass. Deux communautés se font face. Mais surtout plus de dix mille morts sont à déplorer.

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L’Ukraine a aussi été la cible de cyber-attaques, avec pour objectif de réduire la crédibilité du gouvernement en place. Si les choses se sont pacifié, en 2021 la Russie a tenté d’intimider l’Ukraine en positionnant de nombreux soldats à la frontière. Cette provocation a forcé l’intervention de la communauté internationale.

Le maillot ukrainien au centre des polémiques

Comme une réponse, l’Ukraine vient de dévoiler son maillot pour l’Euro 2020. Un maillot plutôt original qui semble avoir un message politique. Un dessin, la Crimée. Des mots, les paroles des chants patriotiques. Voilà de quoi est composé la tenue. Toujours en jaune et bleu pour représenter les deux couleurs principales du pays. Au centre de cette tunique, la Crimée est tracée. Un territoire annexé par la Russie avec un véritable enjeu géopolitique. De plus, les régions de Donetsk et Lougansk sont, elles aussi, présentes. Rien d’un hasard. Loin de là. Ces deux régions sont tout simplement contrôlées par les séparatistes pro-russes. Pour autant, elles sont officiellement sous l’emprise de l’Ukraine.

La Crimée sur le ventre, le slogan dans le col et une provocation à la Russie (crédit photo RMC Sport – BFM TV)

Enfin, le slogan « Gloire à l’Ukraine ! Gloire aux héros ! » est présent sur ce maillot. Rien d’anormal à première vue mais une nouvelle fois, c’est loin d’être un hasard. Ce slogan est le symbole des manifestants ayant évincé Viktor Ianoukovitch en 2014. Associées à l’indépendance ukrainienne, ces phrases ont aussi une forte résonance nationaliste et puisent leur origine dans la Seconde Guerre mondiale. Durant cette période, ces groupes indépendants soutenaient le Parti nazi. En somme, pas sûr que les Russes n’adhèrent au nouveau maillot de l’Ukraine.

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Le casse-tête de l’UEFA

Avant même le tirage au sort de l’Euro 2020, l’Ukraine et la Russie pouvaient déjà connaître leurs poules respectives. En effet, si les deux nations ne peuvent pas s’affronter, l’une ne peut pas aller sur le territoire de l’autre. Ainsi, en tête de série, l’Ukraine n’avait pas d’autres choix que d’être dans le groupe C. La raison est simple, pour les groupes A, D, E et F, chaque tête de série accueille les matchs. Seuls les groupes B et C restaient possibles mais les matchs du groupe B se déroulent en Russie. Impossible d’y emmener l’Ukraine. De son côté, en tant que pays hôte, la Russie se devait d’être dans le groupe B pour jouer devant son public.

Les 24 équipes qualifiées, dont l’Ukraine et la Russie (crédit photo : UEFA)

Si qualification en huitièmes de finale il y a, les Russes et les Ukrainiens ne pourront toujours pas s’affronter. Malheureusement pour l’UEFA, si les deux sélections parviennent à se hisser jusqu’en quarts de finale la tâche sera bien plus complexe. Voire même impossible. Trop de facteurs rentrent en compte pour empêcher cette rencontre. Et surtout, il y a beaucoup moins d’équipes qu’au départ donc beaucoup moins de solutions. À ce stade, la seule véritable solution est d’espérer, le plus fort possible, qu’une des deux nations se fassent éliminer. Un conflit loin des terrains provoquerait un chaos sans précédent dans une compétition de football. Une tension à son paroxysme et un enjeu politique pourraient avoir raison des valeurs prônées par l’UEFA. Si ce scénario paraît pour l’instant aussi lointain qu’hypothétique, nous n’en avons jamais été aussi proches.

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