L’ESTAC à l’aube d’un changement de dimension

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Récemment auréolé d’un titre de champion de Ligue 2, Troyes aborde cette saison avec le maintien en Ligue 1 comme objectif principal. Mais le rachat par le City Football Group ouvre de nouvelles opportunités au club. L’ambitieux mercato annonce toute suite la couleur : l’ESTAC veut enfin se pérenniser dans l’élite du football français.

Le 8 mai dernier, Troyes exultait. Solide vainqueur de Dunkerque (2-0) lors de la 37ème journée de Ligue 2, les Troyens étaient officiellement sacrés champions et retrouvaient la Ligue 1 trois ans après l’avoir quitté. Il s’agit de la quatrième montée du club champenois en seulement… dix ans. Car Troyes a en effet l’habitude de faire l’ascenseur entre les deux premières divisions. Sur chacune des trois dernières montées, l’ESTAC – Espérance sportive Troyes Aube Champagne, pour les intimes – n’a jamais confirmé et a immédiatement connu une relégation.

Un manque de moyens financiers

Souvent raillé pour son incapacité à se maintenir en Ligue 1, Troyes n’en reste pas moins une équipe impitoyable avec les autres écuries de Ligue 2. Les chiffres ne mentent pas : sur les sept dernières saisons disputées dans cette division, l’ESTAC est montée quatre fois. Alors, pourquoi les Troyens ne parviennent-ils pas à franchir un palier et à se maintenir au plus haut niveau ?

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Suiveur attentif de l’ESTAC depuis plusieurs années, Le Troyen (@Troyen_Le sur Twitter) pose immédiatement le doigt sur l’aspect financier. « Ce qui nous a manqué à chaque fois c’est clairement le manque de moyen. L’ancien président (Daniel Masoni, NDLR) avait, certes, des oursins dans les poches mais il faut avouer que sa seule surface financière était trop faible. Les deux solutions étaient, soit de trouver un investisseur à ses côtés, soit de vendre. Il a vendu. ».

Président du club depuis 2009, Daniel Masoni cherchait un repreneur depuis quelques années. L’offre de 7,5M€ de la part du CFG l’aura finalement convaincu de passer la main (crédit photo : L’Est éclair).

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les finances ne seront désormais plus un problème, loin de là. Car le nouvel acquéreur n’est autre que le City Football Group, propriétaire de Manchester City. La société citizen s’attaque au marché français après avoir déjà investi dans des clubs comme Girona (Liga 2) ou Lommel SK (D2 belge). Alors que la piste nancéienne avait d’abord été privilégiée, c’est finalement Troyes qui rafle la mise. « On cherche des clubs avec des talents émergents, avec qui on peut tisser des liens commerciaux » se justifie Brian Marwood, directeur général du football mondial chez CFG.

Une saison 2020-2021 pleine de réussite

La saison 2020-2021 fait office de charnière. L’ESTAC reste sur deux échecs de remontée, le second en partie à cause de la pandémie, et veut enfin changer de cap. Mission réussie. Troyes survole le championnat et renoue avec la Ligue 1. « On est reparti sur le même groupe que la saison d’avant avec des renforts. Le groupe avait mal digéré l’arrêt des championnats alors qu’on était sur une bonne dynamique. Je pense qu’il y avait un sentiment de revanche. » analyse Le Troyen.

Le défenseur Yoann Salmier (à gauche) et le milieu Florian Tardieu (à droite), deux joueurs réguliers ayant largement contribué aux excellents résultats de l’ESTAC (crédit photo : Le Dauphiné Libéré).

« Après, on ne s’attendait pas à finir premier. Je voyais Toulouse devant nous et pourtant. Battles nous a sorti un 3-5-2 de nul part et les résultats se sont enchaînés. Je pense que ça a surpris pas mal d’équipes » enchaîne-t-il. En effet, les Toulousains, grands favoris sur la ligne de départ, se sont cassés les dents et n’ont fini que troisième derrière l’ESTAC et le surprenant Clermont.

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Les raisons de ce succès ? Ce n’est en tout cas pas l’œuvre du CFG, qui n’a pas encore totalement posé sa patte sur le club. En revanche, le coach Laurent Battles y est pour beaucoup. Son style de jeu offensif s’appuie sur un collectif soudé et sur quelques individualités performantes, à l’image d’un Yoann Touzghar toujours aussi efficace (34 ans, 15 buts). Quatre troyens figurent d’ailleurs dans l’équipe type de la saison : Gauthier Gallon (gardien), Jimmy Giraudon (défenseur), Rominigue Kouamé (milieu) et Florian Tardieu (milieu).

Un mercato XXL labellisé City Football Group

Alors que Troyes s’apprête à retrouver la Ligue 1, les yeux se braquent logiquement sur le mercato. Car avec le City Football Group, le club doit se montrer à la hauteur de ses ambitions. « Franchement, au début j’étais sceptique. Je me disais que le CFG ne feraient que de nous prêter ou refourguer des joueurs de leur réseau. Et au final, ils ont investi près de 20M€ dans des joueurs de divers profils, autant des jeunes à potentiels que de joueurs confirmés comme Ripart ou Chavalerin. » constate Le Troyen.

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Parmi les têtes d’affiches, on retrouve effectivement Renaud Ripart (28 ans, ex-Nîmes), Xavier Chavalerin (30 ans, ex-Reims) mais surtout le champion du monde français Adil Rami (35 ans, ex-Boavista). Ajoutez à cette liste Mama Baldé (25 ans, ex-Dijon), Giulian Biancone (21 ans, ex-Monaco) ou encore Youssouf Koné (26 ans, prêté par l’OL), et vous obtiendrez une équipe taillé pour la Ligue 1. Pour couronner le tout, 4 jeunes joueurs de Manchester City seront prêtés jusqu’à la fin de saison.

Présentation officielle d’Adil Rami sur la chaîne YouTube de l’ESTAC Troyes.

L’entame de championnat reste tout de même assez poussive. L’ESTAC ne compte qu’un point après quatre rencontres. Mais pas de quoi s’inquiéter pour autant, estime Le Troyen. « Malgré le début de saison, je reste confiant pour la suite. Il y a eu beaucoup de recrues, assez tardivement. Ça va finir par prendre. ».

Un avenir tout tracé ?

Alors, comment l’ESTAC va-t-elle gérer son nouveau statut ? Une chose est sûre, il faudra d’abord assurer la pérennité du club au plus haut échelon français. Les supporters veulent à tout prix éviter une nouvelle désillusion. « Juste se maintenir, c’est tout ce qu’on demande. Ensuite, on verra. » confirme Le Troyen. « Le milieu de tableau ça serait bien dans les années à venir. Mais tout passe par un maintien cette année. »

L’ESTAC a parfaitement réussi son coup à Metz. L’efficacité a fait la différence, comme le montre ces statistiques mettant en avant la domination messine… sauf au niveau des tirs cadrés, où l’ESTAC remporte son bras de fer.

Le premier succès de la saison, acquis ce dimanche à Metz (0-2), est porteur d’espoirs. D’autant plus qu’il s’agit d’un adversaire direct dans la course au maintien. Troyes en a également profité pour relancer Xavier Chavalerin et surtout Tristan Dingomé, tous deux absents depuis le début de saison à cause de problèmes physiques. Adil Rami, Hyun-Jun Suk, Yasser Larouci, Erik Palmer-Brown et Youssouf Koné devraient suivre, et instaurer une concurrence positive avec les joueurs ayant disputés les premières rencontres de championnat.

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La saison troyenne ne sera donc a priori pas aussi difficile que l’on aurait pu l’imaginer. Sous l’œil attentif du CFG, l’ESTAC semble avoir toutes les cartes en main pour aller chercher son maintien, ce qui serait une première depuis la saison 2005-2006. La suite pourrait être une belle histoire. Imaginez seulement Troyes faire son retour en Europe dans quelques années. Le club, vainqueur de la coupe Intertoto en 2002, pourrait ainsi renouer avec son glorieux passé et tirer un trait définitif sur la dernière décennie…

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