La maternité, un frein pour le développement du football féminin ?

Sydney Leroux à l'entraînement étant enceinte. La maternité dans le football féminin

Nombreux sont les débats qui entourent la question de la maternité et du football, notamment le football professionnel. Pourtant, l’un n’empêche pas l’autre, malgré les rares exemples présents en France.

Le football est un sport de contact. Il va sans dire qu’il est impensable de continuer la compétition en étant enceinte. Les risques de continuer sont trop élevés. Un des risques physiques réel est l’accouchement prématuré, lorsque l’entraînement est trop intensif ou lors d’un choc. C’est pour cela qu’il est important d’aller voir son médecin régulièrement et de lui en parler. De plus, les sponsors posent problème. On peut prendre l’exemple d’Allyson Felix, sextuple championne olympique de sprint. En 2019, après avoir annoncé qu’elle était enceinte, Nike a décidé de diminuer ses rémunérations de 70% en raison de sa grossesse. A ce jour il n’existe aucun exemple avéré dans le monde du football. On peut cependant se douter que beaucoup de joueuses ont peur que cela leur arrive.

Des solutions efficaces

Être enceinte ne signifie pas nécessairement devoir arrêter toute activité physique. Bien au contraire, il est important de garder la forme. Il faut seulement adapter les exercices en fonction de son corps et de son mois de grossesse. Quand l’activité footballistique n’est plus possible, c’est-à-dire après trois mois (encore une fois, c’est en fonction du corps unique chaque femme), certains exercices sont conseillés pour garder la forme. C’est le cas de la natation, du vélo, de la marche, ou encore du yoga pré-natal. Il n’y a pas de risque de fausse couche, quand l’entraînement et le volume horaire sont adaptés. Cependant il faut voir cela avec le médecin. De nos jours, les clubs des sportives de haut niveau qui attendent un enfant mettent en place des solutions pour les accompagner. Cela passe notamment par des préparateurs physiques qui viennent à domicile.

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Une rareté des cas

La réponse à cette question est la peur de perdre son niveau sportif. Les joueuses ont bien souvent peur de ne pas pouvoir faire les efforts nécessaires pour revenir au haut niveau.

« Je veux en avoir, même s’il est difficile de se dire qu’il faudra mettre sa carrière entre parenthèses durant au moins un an. Rien n’est fait pour nous accompagner. Et nous devons attendre la fin de notre carrière, vers trente-six ou trente-sept ans, pour envisager la maternité. »

Eugénie Le Sommer explique qu’elle aimerait avoir des enfants mais que les circonstances ne sont pas adéquates pour en avoir (Paris Match, 2019)

Avant d’avoir un enfant, les footballeuses doivent se poser les bonnes questions, les sacrifices qu’elles sont prêtes à faire. Beaucoup de joueuses préfèrent mettre un terme à leur carrière pour ne pas avoir à concilier vie de famille et sport professionnel. L’exemple de Fatmire Alushi est la preuve qu’une majorité de sportive est prête à attendre pour avoir une famille. La joueuse avait arrêté le football professionnel après la naissance de son enfant en 2015 car les conditions n’étaient pas réunies pour être épanouie dans tous les domaines en même temps.

Fatmire « Lira » Alushi a donné naissance à son petit garçon le 12 novembre 2015

Les États-Unis et la maternité

Il faut noter qu’il y a un impact psychologique sur les joueuses qui veulent avoir une grossesse. Si la grossesse est pendant sa carrière, la joueuse doit concilier vie de famille et sportive, car elle est souvent amenée à être loin du nouveau-né. C’est donc une question d’institutions et de mentalité. Aux États-Unis, les conjoints et enfants des joueuses peuvent venir à l’hôtel, que ce soit lors des rassemblements en groupe avec le club ou la sélection.

En France, cela n’est pas possible car les clubs et les sélections préfèrent rester en groupe. Ce n’est sans doute pas un hasard si les cas de « soccer moms » se succèdent outre-Atlantique. C’est le cas de la championne du monde Alex Morgan. Elle a accouché d’une petite fille en mai 2020 et est revenue quelques mois après à la compétition. Le fait de mettre sa carrière entre parenthèses pendant une année puis revenir après est un concept qui est très développé dans les autres pays. En France, les exemples sont très rares.

Maternité et football : la joueuse américaine Alex Morgan avec sa fille. Un exemple qui montre l'avance des États-Unis sur la question.
Alex Morgan posant avec sa fille, Charlie Carrasco, sur la pelouse d’entraînement le 4 juillet 2021 à Hartford (Crédit photo : Brad Smith/ISI Photos : Getty Images)

Revenir à la compétition après une grossesse

En décembre 2020, la FIFA a accordé aux joueuses professionnelles un congé maternité d’au moins 14 semaines, dont 8 après la naissance. De plus, l’association oblige les clubs de réintégrer les joueuses après l’accouchement et de fournir un soutien médical adéquat. Les joueuses devront être rémunérées au minimum les deux tiers du salaire contractuel. Ces nouvelles mesures mises en place par la FIFA ont un double objectif : protéger la footballeuse dans son métier, mais aussi ouvrir les esprits.

En France, on peut noter quelques exemples de grossesses pendant une carrière, notamment le cas de la joueuse lyonnaise Sara Björk Gunnarsdottir. L’internationale islandaise a annoncé en avril 2021 être enceinte, la date de l’accouchement étant prévue en novembre. Suite à cette nouvelle, l’Olympique Lyonnais a félicité la joueuse. L’OL a aussi déclaré qu’il mettrait tout en œuvre pour un retour dans les meilleures conditions possibles. Cet exemple est la preuve des mentalités changeantes, mais aussi et surtout le résultat des nouvelles mesures de la FIFA.

L’annonce de la grossesse de Sara Björk Gunnarsdotir avec son petit ami Árni Vilhjálmsson

Même si revenir à la compétition après une grossesse peut paraître compliqué, il faut en fait réussir à écouter son corps. La rapidité du retour à la compétition dépend de deux choses : le poids pris pendant la grossesse et l’endommagement du périnée. Il est nécessaire de commencer doucement, sinon il y a un risque de descente d’organe ou d’incontinence à vie. Il faut rééduquer notamment le périnée et les abdos, qui ont été étirés pendant la grossesse. Cela prend environ un mois. Puis petit à petit, la joueuse peut reprendre avec des activités sans impact tels le yoga ou la marche, puis en augmentant l’intensité et le volume horaire au fur et à mesure.

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La maternité est-elle donc une entrave pour l’essor du football féminin ? Bien au contraire, elle peut avoir des bienfaits. Elle permet à la joueuse d’avoir une période de repos, de revenir plus forte. Cette période de « pause » donne l’occasion à la joueuse de prendre du recul et de gérer les périodes stressantes. Elle permet aussi à la joueuse de se remettre en question sur ses choix de vie. Amandine Henry, ancienne capitaine de l’équipe de France, l’a d’ailleurs exprimé lors d’une interview dans Gala en 2019 : « On sera les premières et j’ai envie d’y croire. Je pense que la maternité peut rendre plus forte. » Grâce aux mesures de la FIFA et aux mentalités changeantes, nous verrons peut-être se développer dans les années à venir les cas de « Mamans footballeuses ».

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