La dépression dans le football, un tabou qui doit être brisé

dépression chez les footballeurs

Dans l’imaginaire collectif, le métier de footballeur est un Graal réservé à une flopée de jeunes chanceux. Sur les réseaux sociaux, certains d’entre eux exposent leurs voitures de luxe, leurs moments de joie entre coéquipiers… Bref, la belle vie quoi. Mais derrière le sourire de Ngolo ou encore les danses de Paul Pogba se cache la partie immergée de l’iceberg. Stress, doute et dépression sont probablement bien plus rattachés au ballon rond que vous ne le pensez.

En octobre dernier, Neymar a retourné la planète foot suite à une déclaration ayant fait l’effet d’une bombe révélée par la plateforme de streaming Dazn. « Je pense que c’est ma dernière Coupe du monde. Je le vois comme ça parce que je ne sais pas si je serai assez fort mentalement pour continuer à gérer ma vie de footballeur par la suite. » Sur la twittosphère, deux camps sont alors opposés. D’un côté, une minorité de personnes se souciant de la santé psychique du Brésilien. De l’autre, une vague d’incompréhension et de réprimandes à son encontre. Quoi qu’il en soit, le leader de la Seleção peut être fier. Il aura eu le courage de s’exprimer sur un problème que beaucoup préfèrent éviter dans son milieu : la dépression.

La vie de rêve, vraiment ?

Andre Schürrle, a pris sa retraite à l’âge de 29 ans après avoir reconnu connaître une période de dépression au cours de sa carrière (crédit image : Footballcritic)

Que ce soit en bien ou en mal, le métier de footballeur ne laisse personne indifférent. Cette profession si spéciale met des étoiles dans les yeux des gamins et frustre les plus aigris. Si les deux parties se rejoignent finalement sur le fait que les acteurs de ce sport ont une chance incommensurable de faire ce métier, il est inconcevable pour eux d’entendre que des joueurs ne soient pas heureux ou même pire… souffriraient de dépression.

Pourtant, c’est le cas. Selon une étude menée par la FIFPRO en avril 2020, 38% des joueurs de football feraient face à une période de dépression pendant ou après leur carrière. Un chiffre affolant qui est nettement plus élevé que la moyenne générale française de 19%. Les conséquences de cette maladie sur ceux qui en sont touchés peuvent être très graves voire même létales dans le pire des cas. « J’ai vu des joueurs qui ne pouvaient plus voyager ou toucher un ballon à la fin, ça devenait infernal pour eux », rapporte Anthony Mette, docteur en psychologie, au magazine Boursorama.

Il y a de multiples raisons qui peuvent faire sombrer les joueurs dans cette spirale infernale. La plupart d’entre elles sont d’ailleurs similaires à celles rencontrées par des personnes lambda souffrant de troubles psychiques. Un bon moyen de rappeler qu’avant d’être des sportifs professionnels, ce sont avant tout des êtres humains comme les autres. Sauf qu’en plus des problèmes du quotidien, eux, doivent savoir gérer la peur de l’échec, la pression médiatique, la souffrance physique et tant d’autres contraintes liées à leur métier de « rêve ».

Anxiété, blessures physiques, psychologiques, la vie n’est peut être finalement pas si rose pour les footballeurs (crédit image : FIFPRO)

Si certains aiment ce cadre de vie et semblent grandement apprécier la pression mise sur leurs épaules, il y en a d’autres pour qui c’est plus compliqué. Tous les joueurs n’ont pas l’égo d’un Zlatan Ibrahimovic ou encore la confiance de CR7. Robert Enke, Justin Fashanu, Gary Speed,… la liste de ceux pour qui le football et ses dérives se seront montrés fatals est malheureusement bien trop longue.

Un cruel manque de connaissance

Bojan Krkic, véritable victime de l’incompétence liée aux troubles dépressifs (crédit image : Allbluedaze)

Dans le milieu du ballon rond, la dépression est ce qu’on appelle un sujet tabou. Pendant très longtemps, les protagonistes de ce sport ont préféré nier l’évidence et faire comme si de rien n’était plutôt que de chercher des solutions. Il aura fallu attendre de tragiques événements pour qu’on entende enfin parler de la présence de cette maladie sur le rectangle vert. Cette prise de conscience bien trop tardive aura malheureusement laissé beaucoup de traces derrière elle.

Pendant de nombreuses années, de multiples joueurs victimes de dépression ont souffert de la désinformation de leurs coachs et coéquipiers. C’est notamment le cas de Bojan Krkić. Un jeune espoir de la Masia annoncé comme le « nouveau Messi » vers la fin des années 2000. À seulement 18 ans, l’Espagnol n’est pas parvenu à gérer la pression Blaugrana et a sombré en pleine dépression. Au lieu de lui donner de l’aide, le club catalan n’a fait qu’empirer sa situation. En pleine incompréhension devant le mal-être de leur joueur, la direction l’a même poussé à jouer contre son plein gré. Ses plaintes à répétition ainsi que ses nombreuses tentatives d’explication auprès de son staff n’ont rien changé. Ces derniers associaient sa souffrance à de la peur. 

Ce manque d’accompagnement est d’autant plus cruel pour les jeunes joueurs. Dans un âge où leur vie est en train de changer et où les attentes mises à leur égard deviennent de plus en plus fortes, il est impératif pour eux d’être mis en confiance par leur nouvel environnement. « Les entraîneurs doivent se rendre compte du rôle pédagogique et éducatif qu’ils ont à jouer avec les jeunes. Les messages envoyés par les éducateurs sont vraiment déterminants dans la construction du jeune footballeur. Ils ont une grande responsabilité et c’est pourquoi il est essentiel qu’ils puissent se former à la dimension psychologique et mentale du sport », rapporte Delphine Herblin dans les colonnes de Foot Mercato.

« Les psychologues ne sont pas toujours les bienvenus »

Attention, il n’y a pas que sur les coachs ou les clubs que la pierre est à jeter. Les joueurs, eux aussi, doivent se montrer plus méticuleux à propos de leur préparation mentale. « Je pense qu’il y a aussi une erreur des joueurs qui ne prennent pas au sérieux leur santé mentale et qui n’investissent pas sur eux. Certains joueurs sont tellement habitués à ce qu’on leur paye tout au niveau des clubs, qu’eux-mêmes ont du mal à dépenser de l’argent et à investir sur leur santé personnelle. Or je pense que le travail d’accompagnement psychologique se fait en grande partie en dehors du club » explique Anthony Mette, psychologue et auteur du livre « Préparation mentale du sportif ».

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Dû au tabou qui plane sur le sujet, de nombreux joueurs ont du mal à se livrer aux spécialistes. Il faut qu’ils comprennent que les psys viennent pour les aider et non pour les dénoncer. « Les joueurs peuvent parfois être réticents à se livrer, par peur des conséquences, et ont donc tendance à occulter certains aspects de leur quotidien, raconte Delphine Herblin, psychologue du sport. On va demander aux jeunes dans quel état ils sont, comment ils vont, pour essayer de repérer leurs facteurs de vulnérabilité mais de ce qu’ils me disent en privé, c’est qu’à la psy ou au médecin de la structure, ils ne révèlent pas leur état. Ils donnent des réponses un peu stéréotypées, mais qui ne sont pas honnêtes. Pour la simple et bonne raison qu’ils ont la crainte, en étant honnêtes sur leur état, que cela puisse les écarter du groupe ou nuire à leur intégration.  

Des erreurs à rattraper

Les déchirantes funérailles de Robert Enke au stade d’Hanovre doivent tirer la sonnette d’alarme, on ne veut plus jamais avoir à revivre cela (crédit image : dw)

Afin de ne plus récidiver les erreurs du passé, des mesures sont nécessaires pour sensibiliser et venir en aide aux joueurs pouvant souffrir de troubles dépressifs. Il y a du chemin à faire mais il n’est pas trop tard pour agir. En France, certaines personnes et organisations se démènent d’ores et déjà pour faire bouger les choses. C’est notamment le cas de Vincent Gouttebarge, responsable médical de la FIFPRO. « Nos syndicats nationaux font le tour de tous les clubs professionnels et ils ont également accès aux centres de formation pour éduquer les joueurs sur beaucoup de domaines, dont celui de la santé avec désormais l’accent mis également sur la psychologie », explique ce dernier pour le site Amsport. « Sensibilisation et éducation, c’est notre focus constant. »

Le football devrait notamment prendre exemple sur les autres disciplines. Au rugby, certains clubs effectuent des tests réguliers pour évaluer la qualité du sommeil de leurs joueurs, leurs humeurs… Malheureusement, si sensibiliser est une chose, investir de l’argent en est une autre. Dans un sport aussi cupide que celui du foot, un club préfère recruter un énième buteur ou un nouveau latéral gauche plutôt que d’accueillir une cellule d’aide psychologique.

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