Ada Hegerberg, pionnière du football féminin

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Premier ballon d’or féminin, Ada Hegerberg est une des joueuses de football les plus connues. Mais c’est aussi de par son engagement hors des terrains qu’Hegerberg est devenue une des pionnières de son sport.

Hegerberg est plongée dans le monde du football dès son plus jeune âge : elle est la fille d’Erik Hegerberg, joueur en deuxième division norvégienne pendant des années et de Gerd Stolsmo, joueuse en Toppserien (la plus haute division féminine norvégienne). Elle fait ses débuts avec sa sœur de deux ans de plus qu’elle, Andrine Hegerberg, au club du Sunndal football.

Des débuts faciles

Alors qu’elle joue au Sunndal Fotball depuis 2001, Ada déménage avec sa famille, et signe au Kolbotn IL. Elle se professionnalise dès ses quinze ans dans le club. La fédération repère Hegerberg dès son premier match en 2011, alors qu’elle marque un triplé en sept minutes.

En 2012, elle rejoint le Stabaek football, toujours avec sa sœur. Un des plus grands clubs d’Europe la recrute alors : elle signe au Turbine Potsdam de 2012 à 2014. Elle y jouera 33 matchs en une saison et demi, et inscrira 14 buts, dont 2 en Champions League. Des statistiques qui impressionneront les plus grands clubs. Depuis ses quinze ans, la sélection norvégienne convoque Hegerberg en équipe nationale.

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La star de l’Olympique Lyonnais

Ada Hegerberg rejoint l’Olympique Lyonnais en 2014, et s’intégrera très rapidement. Elle fera partie du trio avec Eugénie Le Sommer et Lotta Schelin. Elle explose lors de la saison 2015/2016 avec 54 buts en 35 matchs, et sera désignée meilleure joueuse UEFA de l’année 2016. Mais c’est lors de la saison 2018/2019 qu’elle deviendra la patronne du club rhodanien. Le 30 octobre 2019, Ada devient meilleure buteuse de la Ligue des Champions, avec 53 réalisations en 51 matchs.

Ada Hegerberg et Lotta Schelin après un but en octobre 2014. (Crédit photo : Damien LG photos)

Pourtant, après cette incroyable saison elle se blesse gravement en janvier 2020. Le verdict tombe : rupture du ligament croisé antérieur du genou droit. Des mois d’arrêt programmés pour Hegerberg, qui ne sera de retour sur les terrains qu’en octobre 2021.

Une joueuse volontaire, sur et hors des terrains

Si tout le monde s’accorde à saluer ses performances sportives, ses prises de position hors des terrains ne font pas l’unanimité. Depuis 2017, Hegerberg n’a pas remis les pieds dans sa sélection, dans le but de dénoncer la façon dont la Fédération de Norvège du Football traite la ligue féminine. En effet, Ada a été jusqu’à boycotter la Coupe du Monde 2019, une décision vivement critiquée. Cependant, des femmes haut placées dans les instances se sont exprimées sur le sujet :

« Je crois que la décision d’Ada doit être respectée. Prendre le parti de renoncer à la Coupe du monde est une décision très courageuse. »

Déclaration de Nadine Kessler, directrice du football féminin au sein de l’UEFA.

En 2019, Ada a beaucoup reproché à la Fédération, sa manière de faire n’a pas été appréciée, notamment parce que ses déclarations étaient publiques, par exemple sur les réseaux sociaux. Elle a critiqué par exemple le fait que les joueuses de la sélection norvégienne ont effectué de nombreuses publicités gratuites pour les partenaires de la fédération, ou encore le fait qu’un seul tee-shirt d’entraînement ne leur ait été fourni, alors même que le stage durait 10 jours. Elle a aussi exposé les nombreuses livraisons tardives des crampons par les équipementiers – seulement quelques jours avant l’Euro, alors que l’équipe masculine n’avait qu’à se servir dans un camion rempli de chaussures.

Ada Hegerberg est aussi devenue le symbole de la campagne #timeforaction de l’UEFA en 2019. Le but de cette campagne est que d’ici 2024, le nombre de joueuses de football en Europe ait doublé.

Mais ses prises de position encouragent beaucoup de critiques. Le joueur de l’équipe masculine, Martin Odegaard, a réagi sur Instagram suite à une des interviews d’Hegerberg, publiée à quelques jours du début du Mondial : « Tu aurais pu éviter de perturber l’équipe à ce moment crucial. Respecte ton pays et ton équipe nationale ! »

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Un ballon d’or impliqué

Si Hegerberg est une des meilleures joueuses qui existe sur cette planète, les mentalités ne sont pas toujours de cet avis. Lors de sa magnifique saison 2018/2019, Hegerberg a été nommée Ballon d’or 2018. Et pour un Ballon d’or, sa cérémonie fut surprenante, pour deux raisons. La première, puisque la création du Ballon d’or féminin datant de 2018, Ada Hegerberg est donc la première femme de l’histoire à recevoir cette distinction.

Mais la seconde raison est un peu plus drastique. Pendant sa cérémonie, Martin Solveig, présentateur de la soirée, lui avait demandé si elle savait « twerker ». Gênée, Ada a seulement détourné le regard en lui répondant « non ». Le DJ s’est excusé sur les réseaux sociaux par la suite, mais Ada ne s’est pas énervée. Par la suite, elle déclara : « Est-ce qu’on aurait demandé cela à un homme ? « Ça, c’est une bonne question. Ce sont aussi les hommes qui vont aider le foot féminin. Il faut de l’aide des gens les plus haut placés dans le système, à la Fifa, à l’UEFA… Il y a encore du travail à faire. »

Ada Hegerberg ayant reçu son Ballon d’Or en décembre 2018 (Crédit photo : AP Photo/Christophe Ena)

Un contrat record

En 2020, Ada Hegerberg a signé un contrat record avec Nike, pour une durée indéterminée d’au moins 10 ans, un contrat assez rare dans le football féminin. Si le montant n’a pas été communiqué, son estimation est autour d’un million d’euros. « C’est une nouvelle étape dans ma carrière. Nike et moi avons comme objectif commun de mettre en avant le sport féminin dans les années à venir« , a déclaré Hegerberg. « Mes performances m’ont amenée là où je suis aujourd’hui et je suis déterminée à continuer d’écrire l’histoire avec l’aide de Nike, sur le terrain, mais aussi en dehors« 

Ada Hegerberg a signé son contrat avec Nike en 2020.

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Une lutte continuelle

La Fédération de Norvège de football, après le boycott d’Hegerberg, souhaite collaborer avec elle afin d’améliorer les conditions des joueuses, preuve qu’elle a réussi a faire réagir.

Depuis, la Norvège s’est qualifiée sans elle et la fédération a procédé à quelques changements, allant dans le sens des améliorations qu’elle demandait : l’égalité des primes entre joueurs et joueuses, la nomination d’une directrice sportive (l’ancienne joueuse Lise Klaveness) ou encore le développement d’un centre de formation pour les femmes désirant devenir entraîneur.

« Jouer pour mon pays me manque. Mais pas jouer pour ma fédération. »

Si Hegerberg lutte contre sa fédération, son objectif ne s’arrête pas là. En effet, en mai 2021, la Fédération française de football a annoncé qu’ils voulaient réduire la D1 Arkema à 10 équipes. Malgré le fait qu’elle était blessée, Ada a été une des premières à réagir, notamment en postant des tweets.

« C’est une honte ». La colère d’Ada Hegerberg sur Twitter.

Ada Hegerberg ne s’arrêtera donc jamais. Elle regrette d’ailleurs que les dirigeants ne soient pas tous comme Jean-Michel Aulas : « Il a transformé l’équipe féminine. Avec une vision et une philosophie, il a réussi à faire de l’OL la meilleure équipe du monde. J’aurais aimé que d’autres personnes suivent son exemple« . Grâce à elle, et d’autres pionnières du football féminin comme la brésilienne Marta ou l’américaine Rapinoe, le football féminin continuera de se développer mais elles ne doivent rien lâcher.

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