César, le divin chauve du Barça

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Le début des années 40, soit les années post-guerre civile, ne furent pas à la hauteur de la réputation que le FC Barcelone s’était déjà construit. Pourtant, sur les ruines du conflit néo-carliste, le Barça a réussi à reconstruire une équipe capable, à nouveau, de gagner des titres. Parmi cette équipe un homme essentiel, César Rodríguez Álvarez dit César.

Le FC Barcelone traverse actuellement une des périodes les plus troublées de sa longue histoire. Lâché au classement, financièrement instable et en crise d’identité avec le bruit sourd des critiques sur le modèle du « football total » cher au club catalan. La situation actuelle du Barça n’est pourtant pas inédite.

Petit César deviendra grand : Une passion du football dévorante

Né le 29 juin 1920 à León. Fils de Bernardo et Maria, industriels leónais réputés dans la fonderie. Le jeune César ne grandit pas dans un milieu imprégné de sport et notamment de football. Ses parents le destinent tout d’abord à travailler dans l’entreprise familiale.

Découvrant le football par le biais d’amis à l’école (ou en séchant celle-ci), le petit léonais sort des sentiers battus. Il montre déjà un certain talent. Son père témoigne plus tard d’une passion dévorante de son fils pour ce sport alors si éloigné des priorités familiales, « Quand il était petit, il s’enfuyait de la maison pour jouer au football, comme s’il était un torero, qu’allais-je faire ? Je l’ai eu dans l’atelier pendant un certain temps et il y aura toujours une place pour lui, mais il n’est jamais revenu car il aime trop le football pour ça. »

De nature contagieuse, le football et sa pratique touchent également les frères de César, Severino et Calo. Avec eux il joue parfois jusqu’à tard dans la journée, après l’école et jusqu’à entendre les échos des cris lointains de leur mère. Pourtant il ne jouera pas avec eux dans ce qui sera son premier club, le Frente de Juventudes. Ses frères rejoignent eux le plus grand club local de la Cultural Leonesa.

César… avec des cheveux à 20 ans (Crédit photo : leballonrond.fr)

Un jour, jouant un match contre la Cultural Leonesa avec son équipe du Frente de Juventudes, la prestation de César impressionna un spectateur tout particulier en la personne de Font, spectateur du match mais surtout ancien joueur du Barça. Venu pour des affaires privées à León, le catalan est conquis par les qualités du jeune joueur. Il retourne expressément à Barcelone pour convaincre le conseil d’administration de recruter, ce qui est pour lui, un prodige.

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D’autant plus que le Barça n’est pas le seul club à avoir eu vent de son talent. Ainsi l’Atletico propose lui aussi une offre au jeune leónais . Celle-ci est supérieure à l’offre du Barça (on parle même d’exemption de service militaire). Néanmoins, César est décidé, ce sera le Barça ou rien. Au-delà du prestige du club catalan et des émoluments proposés (on parle d’un salaire de 400 pesetas et 2 000 pesetas de prime à la signature), César a aussi une raison toute personnelle de rallier la cité de Gaudí, « Soit je vais au Barça, soit je reste à León. Je veux voir la mer« .

Une ascension tronquée mais progressive

Arrivant à Barcelone à l’été 1939 pour la somme de 1 000 pesetas, César ne tarde pas à revêtir le maillot du Barça. Il dispute quelques matchs amicaux lors du Trofeo Ciutat de Barcelona. Une compétition amicale qui a remplacée le Campeonato Regional de Cataluña. Cependant, l’entraîneur d’alors, l’irlandais Patrick O’Connell n’est pas convaincu par les qualités du jeune leónais. Il pointe notamment son déficit physique. L’époque favorise alors le modèle d’attaquant basé sur une grande puissance physique et un pressing agressif dans l’élan de la mentalité « Furia ».

De ce fait, il est prêté au CE Sabadell, club catalan évoluant alors en seconde division. Le jeune César n’y brille pas. Il conclu sa saison avec seulement trois buts en 14 matchs. Pas de quoi impressionner les dirigeants du Barça. Le nouveau coach José Planas, joueur référence du Barça des années 20 ne l’est pas non plus. Le Barça souhaitant à nouveau le prêter, le choix de la destination viendra des hasards bureaucratiques de l’administration militaire franquiste.

César, toujours avec des cheveux, est prêté au CE Sabadell pour engranger de l’expérience. (Crédit photo : todocoleccion.net)

Affecté à Grenade pour son service militaire, César rejoint ainsi le plus grand club de la ville. Celui-ci évoluant alors en seconde division, le Granada CF. C’est un club aux ambitions plus élevées que le CE Sabadell. César y vit une première saison quasiment blanche du fait de ses obligations militaires notamment. Jouant en Copa, il marque un but en six matchs mais ne se met pas, encore, en valeur. Néanmoins, il marque un but à haute valeur symbolique contre Castellón, en fin de saison, permettant une accession inédite pour Granada. Prêté deux ans du côté de l’Andalousie, sa deuxième année le voit libérer de ses obligations militaires.

Dans une équipe alors en Première division pour la première fois de son histoire, César fait face à une forte concurrence sur le front de l’attaque. Il côtoie notamment des joueurs comme Marín, Trompi, Bachiller et Liz. Néanmoins l’originaire de León s’affirme. Il marque d’autant plus l’histoire du club andalou en inscrivant le premier but de l’histoire du Granada CF en Première division, contre le Celta à Los Carmenes. Enchaînant les bonnes performances, César démontre ses talents de buteur et sa polyvalence face au but. Ambidextre, flairant les bons coups et doté d’un jeu de tête impressionnant, César cumule les buts. Il marque notamment un sextuplé contre Castellón lors d’une victoire 7-3.

Sa première saison en Première division se termine avec 26 buts en 29 matchs. Il n’est dépassé que par Mundo, le buteur basque du Valencia CF (qui termine champion). S’étant fait un nom sur le front de l’attaque des Nazaries, il termine également devant le Barça au classement. César tenait enfin les arguments favorables à son intégration à l’équipe première du club catalan. Celui-ci ne se faisait pas prier pour lui proposer un nouveau contrat plus en adéquation avec son nouveau statut.

La polyvalence de César était grande. Ici au poste de défenseur central, sauvant une balle de but sous les yeux d’Antoni Ramallets. (Crédit photo : iffhs.com)

César, le maillon fort et essentiel du Barça

Il gagne immédiatement la confiance de son entraîneur et ex-coéquipier, Juan José Nogués. César est pourtant moins prolifique qu’en Andalousie mais compense par une participation active au jeu catalan. Il sert alors de soutien au buteur vedette Mariano Martin. Polyvalent et plutôt complet, il se révèle être un véritable atout pour le Barça. Josep Maria Fusté souligne d’ailleurs cette polyvalence qu’il admirait enfant. En effet, son sens aigu du jeu pouvait aussi bien le faire jouer en attaque qu’au milieu de terrain (il jouera même 30 minutes au poste de gardien en 1945 dans un match essentiel dans la course au titre face au Valencia CF).

Son importance s’accroît au fil des ans. Celle-ci se manifeste par un retour au premier plan du Barça sur la scène nationale. Ainsi il gagne cinq championnats d’Espagne (1945, 1948, 1949, 1952 et 1953), deux Coupe Latine (1949 et 1952), trois Coupe Eva Duarte (1948, 1949 et 1953) et enfin trois Copa del Generalísimo d’affilée (1951, 1952 et 1953) gagnées à Santiago Bernabeu (alors Nuevo Estadio Chamartín) en tant que capitaine.

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César se démarque souvent comme un facteur de succès pour son équipe. Il offre par exemple la victoire en finale de Copa contre la Real Sociedad en 1951, inscrivant un doublé. Le leónais finit également Pichichi en 1949 avec 28 buts marqués (et avec 99 buts marqués tous matchs confondus). Il est craint par les défenses pour sa capacité à marquer de n’importe quel endroit et de n’importe quelle surface de son corps. Le journaliste espagnol Juan José Castillo le définit alors comme un « ouragan dévastateur ».

Permettant une nouvelle vision et une redéfinition du rôle d’attaquant en Espagne, le lexique choisi par Castillo est hautement symbolique. Alliant à la fois la légèreté du vent, sa rapidité, son caractère insaisissable et la dévastation, rentrant ici dans le cadre de la vision conservatrice du poste d’attaquant d’alors en Espagne. Ainsi César, et ses performances admirées de tous, amorçait une transition des mentalités footballistiques en Espagne.

César, Barça, Trophée : une douce habitude en Catalogne. (Crédit photo: iffhs.com)

Le joueur « gentleman » et populaire

Autre facette de sa personnalité, cet homme « terriblement honnête » comme le souligne sa femme, fit preuve à plusieurs reprises d’actes de fair-play. Comme lors d’un match contre le Real Murcia où, contestant un penalty inexistant accordé au Barça, il loupa volontairement son penalty. Au grand désespoir d’une partie du public alors que le score était de 1-1. Le match finissant sur une victoire du Barça, la presse ne lui tint pas trop rigueur de son excès d’honnêteté. Néanmoins le chroniqueur du Mundo Deportivo soulignant le « sublime esprit sportif » de César rappela que le geste n’était « destiné exclusivement qu’aux matchs amicaux » et n’avait pas sa place dans un cadre compétitif.

Cette réputation se matérialise également par l’amitié qu’il partage et développe avec ses coéquipiers du Barça. Ainsi il se lie rapidement avec des joueurs comme Kubala et Biosca. Une relation presque « fraternelle » selon Antoni Ramallets, César devenant même le parrain du troisième fils de Biosca nommé…. César ! Déjà impliqué dans la vie de son quartier, César participe et adhère également à la Penya Solera fondée en 1944 par Josep Samitier, Jaume Ramon et Evarist Murtra entre autres. De nature sociale, elle organise des déplacements de supporters ou des matchs de bienfaisance.

El Divino Calvo ? La blague, il aurait dû s’appeler El Hombre Volador. (Crédit photo : as.com)

Pourtant sportivement, le poids des ans et de la concurrence toujours plus accrue en attaque se font sentir. El Divino Calvo voit ainsi des joueurs comme Basora, Manchon, Moreno mais surtout Kubala le pousser peu à peu hors du onze. Ce quintuor talentueux, à qui Joan Manuel Serrat rend hommage dans une chanson nostalgique, est donc tout à la fois le symbole du retour définitif du Barça en haut de classement que celui du déclin de l’influence de César sur le football barcelonais.

Il ne marque que sept buts entre 1953 et 1955. Usé pour le haut niveau et snobé par Sandro Puppo lors de sa dernière saison au club, César dispute même des matchs avec la S.D. España Industrial, l’équipe réserve de Barcelone, en deuxième division. L’idylle barcelonaise, autrefois glorieuse et riche de 232 buts en 351 matchs, était terminée.

Le rebond de César

Quittant une ville et un club qui l’avait adoptés pendant dix ans, César devait dès lors chercher un club capable de l’accueillir. Malheureusement, à 35 ans, il enchaîne les pépins physiques depuis un an. Il finit par signer au Cultural Leonesa alors en Seconde division. Ce club, qui jadis ne lui avait pas fait confiance, lui donnait l’occasion de boucler la boucle. Seulement nul n’est prophète en son pays et les performances de César sont irrégulières. Connaissant la promotion d’un point de vue collectif, lui ne marque que trois buts en 15 matchs. Il est alors boudé par les clubs espagnols…

Après un court exil à Perpignan, il rentre à Barcelone pour retrouver sa femme et sa fille, César va alors recevoir une proposition aussi curieuse qu’inattendue. Cette offre émane du Elche CF. Venu à Barcelone pour chercher un entraîneur et souhaitant dans un premier temps faire signer Samitier, le président d’Elche, José Esquitino, se voit proposer César par ce dernier. Samitier vante alors la science tactique et le charisme de César. Ainsi commence la carrière d’entraîneur-joueur de César qui change alors de vie.

Le général César regardant ses troupes lors d’un entraînement d’Elche (Crédit photo : lavanguardia.com)

L’Elche CF est alors en Troisième division où il évolue depuis sept ans. César entame alors un processus de professionnalisation et de structuration du club de la ville où les palmiers sont rois. Il met en place un système de jeu offensif et créatif. Il permet à Elche de détonner dans un championnat encore amateur voire archaïque dans ses approches de jeu. Officiellement promu à douze journées de la fin du championnat avec 147 buts marqués, l’Elche de César promet et se veut ambitieux. César, lui, retrouve le goût de marquer et inscrit 33 buts.

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La saison suivante est également couronnée de succès. Ainsi le surprenant Elche d’un César jouant désormais défenseur central obtient sa montée en Première division après une victoire 3-0 à Tenerife (en utilisant, en plus, un jeu de maillot prêté par le club canari). Inédit alors dans l’histoire des Franjiverdes.

L’éternel barcelonais

Pourtant cette joie et fierté immense que pouvait ressentir César n’étaient en rien comparable à l’émotion provoquée par un événement particulier en pré-saison. En effet, revenant à Barcelone dans le cadre d’un match amical contre le Barça, le 10 septembre 1958, le natif de León reçut une vague d’hommages comme rarement vue dans le microcosme footballistique barcelonais.

Recevant une ovation de plus de 5 minutes par plus de 48 000 personnes présentes dans Les Corts, c’est un César ému aux larmes et saluant la foule qui revenait dans son pays d’adoption et de cœur et déclarant dans un élan d’amour « Le Barça est un club merveilleux, mais il faut le connaître en profondeur. Je suis de Léon et sans déprécier mon peuple, que j’estime, je me sens aussi catalan, parce que j’ai vécu dans cette terre des années merveilleuses que je n’oublierai jamais. ».

César saluant la foule barcelonaise. (Crédit photo : cosassobrefutbol.blogspot.com)

Cet amour entre César et le Barça se confirma quelque temps plus tard. Revenant à Barcelone sur le banc de son club de toujours en 1963, El Divino Calvo y reste finalement un an et demi. Cette fois-ci, et contrairement à sa carrière de joueur, il ne gagne aucun trophée. Néanmoins, le Barça, en signe de gratitude pour ses services pour le club, lui versera un salaire jusqu’à sa mort, en 1995.

Meilleur buteur de l’histoire du Barça jusqu’en 2012 et battu seulement par Lionel Messi, César a longtemps souffert d’un certain oubli dans la mémoire du football mondial. Respecté en Espagne et surtout en Catalogne, le transfuge léonais marqua son temps. Il apporta notamment une vraie révolution du poste d’attaquant en Espagne et sa vision. Symbole du renouveau du Barça des années 40-50, l’écho de sa mémoire se fait sans doute ressentir au sein d’un Barça contemporain moribond. Celui-ci attend sans doute, sous les lumières du Camp Nou, un nouveau César.

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