Qui pour concurrencer le Zénith en Russie ?

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Assez peu titré avant ces dix dernières années, le Zénith Saint-Pétersbourg vient de remporter trois championnats de Russie consécutifs. Les Zénitiens ont en effet connu une ascension progressive qui leur offre désormais la suprématie nationale. Sans concurrence… Ou presque ?

Un soir de mai 2021, le Zénith s’imposait sans faire de détails face à son dauphin, le Lokomotiv Moscou. Un succès net et sans bavure de 6 buts à 1, qui permettait alors au club de s’assurer un troisième titre d’affilé en championnat. Ceux qu’on surnomme les bleu-blanc-azur n’ont pas fait dans la dentelle. 65 points pris en 30 journées, et une différence de buts éloquente de +50, pour laquelle les 20 réalisations d’Artyom Dziouba n’y sont pas pour rien. Cette première place ne surprend donc pas grand monde, tant le Zénith semble écraser la concurrence depuis maintenant trois saisons.

Un peu d’histoire…

Mais revenons quelques années en arrière. Car avant d’enchaîner les titres en Premier-Liga, le Zénith a connu des périodes bien plus sombres. Devenu le club phare de la ville à partir de la saison 1953 et la relégation du Dynamo Saint-Pétersbourg, il devra tout de même attendre 1984 pour remporter son premier titre de champion d’Union soviétique. Mais seulement cinq ans après, le Zénith termine à la seizième place et se voit relégué en deuxième division. En 1991, alors que le club vient d’enchaîner une seconde saison décevante en D2, l’Union soviétique est dissoute et de profondes réorganisations ont lieu au niveau footballistique. Le Zénith profite des circonstances pour réintégrer l’élite.

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Cependant, le club ne parvient pas à surfer sur sa dynamique et subit de nouveau une relégation. Trois ans plus tard, le Zénith est de retour et cette fois, c’est pour de bon. Les Pétersbourgeois s’installent d’abord dans le ventre mou avant de progresser de saison en saison, jusqu’à glaner un second titre lors de la saison 2007. Qualifié pour la Coupe UEFA, le Zénith enchaîne les bonnes performances et s’adjuge un premier trophée européen en battant les Rangers (2-0) à l’issue de la finale. Depuis, le Zénith est abonné au top 5, qu’il n’a jamais quitté la moindre saison. Mieux, il remporte même deux titres : en 2010 puis lors de la saison 2011-2012. En effet, le championnat subit une modification et passe du format « année civile » au format classique.

Grâce à des buts de Denissov et Zyrianov, le Zénith s’impose (2-0) en finale de la Coupe UEFA.

Le Zénith termine ensuite deux fois deuxième, avec deux points puis un point seulement de retard sur le champion, le CSKA Moscou. La saison 2014-2015 est celle de la revanche. Les hommes d’André Villas-Boas remportent la mise avec sept points de plus que leur nouveau rival. Mais le coach portugais ne parvient pas à rééditer l’exploit et se voit remercié après une décevante cinquième place. Deux grands noms du football lui succéderont : Mircea Lucescu, légende du Shakhtar, et Roberto Mancini, futur sélectionneur de l’Italie – avec qui il remportera l’Euro. Malgré tout, aucun des deux ne ramènera le titre à Saint-Pétersbourg avec un bilan similaire : la troisième marche du podium.

L’ère Sergueï Semak

En 2018, à deux mois de la reprise du championnat, le Zénith nomme comme entraîneur l’ancien Parisien Sergueï Semak. Le Russe est bien connu au club puisqu’il y a évolué entre 2010 et 2013, avant de rejoindre le staff technique jusqu’en 2014. Cependant, son manque d’expérience interroge : Semak est encore un jeune entraîneur, n’ayant officié que deux saisons au FK Oufa. Mais il va vite calmer les doutes à son sujet. Pour sa première saison, il termine champion avec 8 points d’avance sur le tenant du titre, le Lokomotiv Moscou. Il est également nommé meilleur entraîneur de Russie. Dans la continuité, le club remporte les deux championnats suivants ainsi que la coupe en 2019-2020. Seul bémol : impossible de franchir les poules de Ligue des Champions, une compétition qui devient l’un des objectifs majeurs du club.

Avant de se reconvertir entraîneur, Serguei Semak avait fait carrière en tant que milieu de terrain. Au PSG, il vivra une expérience courte et peu glorieuse (crédit photo : Onze Mondial).

Mais globalement, le Zénith a la mainmise sur les compétitions nationales, et les concurrents sérieux ne se bousculent pas au portillon. Si l’on effectue une rapide revue d’effectif, on relève tout d’abord la présence du Lokomotiv. Le club moscovite a remporté cinq trophées sur les cinq dernières années, mais ne parvient pas réellement à faire de l’ombre au Zénith depuis l’arrivée de Semak. De son côté, le CSKA subit une lente régression et a même été éjecté du top 5. Même constat pour le Spartak, même si sa récente deuxième place redore légèrement son blason. Enfin, Krasnodar est un candidat régulier au podium mais n’a pas vraiment les moyens de jouer le titre. En témoigne sa décevante dixième place obtenue lors du dernier exercice.

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Mais alors, pourquoi les adversaires du Zénith sont-ils tous knock-out ? Et pourquoi le club de Saint-Pétersbourg a-t-il échappé à la baisse de niveau des grands clubs russes ?

Football, business et politique…

Pour répondre à ces questions, un léger retour dans le temps s’impose. En 2005, plus précisément. À l’époque, le Zénith termine en dehors des places européennes sans jamais vraiment briller. Mais l’élément déclencheur se déroule en dehors des terrains. La gigantesque entreprise russe Gazprom, l’une des têtes d’affiche du marché du gaz, devient propriétaire du club. Évidemment, ce rachat est synonyme d’une belle rentrée d’argent qui renfloue les caisses du club, et booste indirectement ses résultats sportifs. En parallèle, Sibneft, filiale de Gazprom, se désolidarise du CSKA Moscou. Pour les Moscovites, c’est la fin d’un contrat de 54 millions de dollars.

Alexeï Miller et Vladimir Poutine utilisent volontiers Gazprom pour aider le Zénith (crédit photo : France Culture).

Alors que le Zénith s’accroche désormais solidement au top 5, d’autres clubs en font les frais. Outre le CSKA, le Spartak est également mal en point, et ne remporte qu’un seul titre en seize ans. Une anomalie pour le club au plus gros palmarès de Russie. Le Lokomotiv connaît lui aussi quelques années de galère, mais le plus à plaindre est évidemment le mythique Dynamo Moscou. Ce dernier descend finalement en D2 à l’issue de l’exercice 2015-2016, après soixante dix-huit saisons consécutives dans l’élite.

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Cependant, les origines du rachat posent question. Pourquoi Gazprom, qui soutenait le Spartak depuis les années 1990, a-t-il subitement fait machine arrière pour se ranger derrière les Zénitiens ? Pas besoin d’aller chercher très loin pour trouver la réponse. En Russie, il vaut mieux avoir Vladimir Poutine dans son camp que l’inverse. Le Zénith a de la chance : le président russe est né à Saint-Pétersbourg – Léningrad à l’époque. L’État russe étant actionnaire majeur de Gazprom, le lien avec le rachat devient évident. Encore plus si l’on tient en compte que le président de la société, Alexeï Miller, est un proche de Poutine. Vous n’êtes toujours pas convaincus ? Deux autres membres du gouvernement sont également supporters du club, à savoir Dmitri Medvedev (bras droit de Poutine) et Vitali Moutko (ancien vice-président du gouvernement, et ex-président du Zénith). Le moins qu’on puisse dire, c’est que le Zénith n’a pas trop à se plaindre.

Qui peut bien rivaliser ?

Avec ses nouveaux moyens financiers, le Zénith peut se permettre des folies sur le marché des transferts. Grâce à un budget avoisinant les 150 millions d’euros, le club pétersbourgeois attire des joueurs de renommée : l’Ukrainien Tymoschuk pour 20 millions, le Portugais Danny pour 30 millions, le Brésilien Hulk pour 40 millions ou encore le Belge Witsel pour la même somme. À côté du marché des transferts, le club dépense 66 millions dans la construction d’un nouveau stade très moderne, appelé localement Stade Krestovski mais connu internationalement sous le nom de Gazprom Arena.

La Gazprom Arena, prévue pour 2008, n’a finalement ouvert qu’en 2017 (crédit photo : Digital Security Magazine).

Pendant que le Zénith poursuit ses emplettes, les autres clubs font ce qu’ils peuvent pour s’en sortir. Mais le contexte extra sportif n’est pas vraiment propice à une avancée sereine. La guerre en Ukraine dans laquelle la Russie est impliquée, conjuguée depuis peu à la crise économique provoquée par le Covid-19, mettent la plupart des clubs dans le mal financièrement. De plus, le Lokomotiv, le CSKA et le Spartak ont régulièrement changé d’entraîneur ces dernières années, ce qui n’arrange pas la situation et provoque une instabilité qui profite au Zénith. Le CSKA, qui sort de trois saisons sans podium, est également instable au niveau de son effectif. Une transition générationnelle est entamée : neuf joueurs ont entre 27 et 35 ans, tout le reste est âgé de 23 ans ou moins ! Forcément, il faudra du temps avant de pouvoir se montrer de nouveau compétitif.

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Qui reste-t-il pour s’attaquer au Zénith ? À première vue, pas grand monde. N’enterrons toutefois pas le Lokomotiv trop vite. Si le club parvient à retrouver une base financière solide, il n’est pas impossible de le revoir rapidement rivaliser avec le Zénith. Le Spartak est imprévisible, capable de battre Naples en Europa League comme de perdre 7-1 en championnat. Au niveau des potentielles surprises, il faudra surveiller attentivement le FK Sotchi. Créé en 2018 à la suite d’une relocalisation du Dynamo Saint-Pétersbourg, l’ascension fulgurante de ce jeune club lui permet d’occuper actuellement la troisième place du classement. Simple feu de paille ou lancement d’un véritable projet ? Enfin, c’est peut-être bien à Moscou que l’on trouve le candidat le plus sérieux à la succession du Zénith. Depuis son retour dans l’élite en 2017, le FK Dynamo reprend petit à petit sa place et se retrouve aujourd’hui dauphin des Zénitiens.

Quoi qu’il en soit, les prochaines saisons promettent d’être mouvementées en Russie…

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