Les BCS : l’amour du foot par les poings

BCS hooligans RSC Anderlecht

Ce qui est magnifique avec le football, c’est que ce sport rassemble tout type de personnes différentes autour d’une même passion. En tribune, il y a des gens calmes, des familles mais aussi des durs à cuire. Les BCS, groupe d’hooligans liés au RSC Anderlecht, font partie de cette dernière catégorie.

À l’aube des années 2000, il n’y avait pas que sur le terrain que les mauves faisaient trembler leurs adversaires. Dans les stades belges et leurs alentours, un tout autre championnat prenait place. Celui des bagarres entre hooligans et bandes rivales. Une compétition où les BCS finissaient souvent premier et dont le seul trophée était l’honneur ou parfois, une jambe cassée de l’adversaire vaincu. En effet, si les footballeur ont l’interdiction d’utiliser leurs mains, eux, ne s’en privaient pas.

Le ballon rond et la bagarre

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Les BCS ne faisaient pas que mettre l’ambiance au stade Constant Vanden Stock (crédit image : Francetvinfo)

Détrompez-vous, ici, on ne parle pas d’un boys band de K-Pop un peu niais mais bel et bien d’un groupe d’hommes, de vrais. Au contraire du groupe sud-coréen (BTS), les BCS préfèrent, eux, distribuer des mandales plutôt que des autographes. Si l’acronyme BCS (Brussels Casual Service) ne veut pas forcément dire grand-chose, il est pourtant reconnu et respecté dans le cercle fermé du hooliganisme belge. Succédant à leurs ainés du mouvement O’Side, ce groupe réunit les plus farouches supporters des mauves, prêt à tout pour défendre les couleurs de leur équipe.

Grands amateurs de foot ou simple mordus de la bagarre, à vrai dire, leurs membres sont un parfait mélange des deux. S’ils se rendaient principalement au stade Constant Vanden Stock (aujourd’hui devenu Lotto Park) pour supporter le RSCA, ils étaient néanmoins les derniers à se plaindre si ça devait en finir aux poings. « 90 % des gens chez nous sont des supporters d’Anderlecht et aiment le football. C’est juste que nous, on ne s’intéresse pas aux joueurs, qui ne sont que des marchandises, mais à nos couleurs. Ceux qui viennent pour la bagarre se lassent vite. Parfois, on ne se bat que deux fois par an. » racontent Julien et Romain, anciens membres du collectif, au magazine Vice.

Pour rejoindre la bande, il n’y a d’ailleurs pas spécialement de rituel ou de quelconque examen d’entrée à passer. La passion et le courage sont synonymes de billet d’entrée. En outre, les BCS comptent dans leurs rangs une multitude de profils différents. On y retrouve des gens de toutes sortes d’origines, de classes sociales et de religions qui sont tous unis par une seule et même chose : le hooliganisme.

Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, les membres du BCS ne sont pas tous de grands gaillards de deux mètres dix uniquement intéressés par la castagne. Ce sont même plutôt des gens « lambda » qui ont une vie de famille et un métier comme tout le monde. Xavier, un des leaders des BCS, est même une personne qui a réussi dans la vie selon les standards de la société. « C’était un très bon élève. Il a été journaliste sportif, puis a obtenu un poste dans une grande entreprise en Belgique. C’est un mec fascinant, car la dernière fois qu’on est allés le voir en Allemagne, il écoutait de l’opéra en lisant un livre sur les peintres impressionnistes. Avant chaque baston à l’étranger, il se fait une petite sortie culturelle, il va au musée… C’est un personnage déroutant… », décrit Louis Dabir, co-auteur du livre Gang of Brussels racontant le quotidien de ces hooligans si spéciaux.

On frappe ensemble, on meurt ensemble

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Les BCS, une photo de famille remplie de testostérone (crédit image : DH)

Le plus touchant lorsque l’on entend des témoignages des BCS ou même d’anciens O’Sideux est probablement cette notion d’amitié et loyauté qui règne au sein de la meute. « Si vous intégrez un groupe à l’adolescence, que vous vivez ensemble vos plus grands moments d’adrénaline et de violence, tout en gagnant de l’argent en parallèle et en faisant la fête quatre soirs par semaine, toutes les dimensions de votre vie vous lient. Forcément, c’est quelque chose qui marque à vie » explique Barthélémy Gaillard, co-auteur du livre Gang of Brussels. La règle d’or de ces collectifs hooligans est claire : il ne faut pas laisser tomber un frère d’armes. « J’aime pas m’enfuir, j’aime pas me considérer comme un lâche, si le groupe adverse est plus nombreux ou a des armes ça m’importe peu, je préfère être blessé que de laisser tomber mes copains », rapporte un ancien membre du mouvement O’Side.

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Au fond, un certain respect régnait même entre bandes rivales. Un hools, peu importe son club, était prêt à défendre l’honneur de son équipe par n’importe quel moyen, ce qui était une noble cause selon leurs homologues adverses. Ce dévouement total leur donnait un certain prestige qu’un supporter de foot quelconque n’avait pas. « L’ambiance était pénible avec des chansons à la con. Nous, on ne voulait pas ça, on avait déjà la fibre anglaise », se souvient Bernie. Les supporters anglais étaient d’ailleurs la grande référence de l’époque. « Ils avaient l’ADN de leur club en eux, en plus d’aimer le foot. Leur vie, c’était leur club et leurs joueurs. C’est pour cette raison qu’ils sont devenus des références pour nous », déclare Migge, membre fondateur du O’Side.

Malgré la violence extrême que pouvait avoir une confrontation entre deux firmes adverses, il ne faut pas oublier que les deux camps voulaient cela et étaient consentants. Dans la rue, les hooligans ne se défoulaient pas sur les gens sans raison ou sur les petites vieilles. « On est vus comme des crapules, soi-disant on veut taper tout le monde mais c’est absolument faux. Nous on cherche les autres hools, pas autre chose », déclarait André, ex-membre du collectif O’Side, dans un reportage consacré au hooliganisme.

Un passé révolu

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Le drame du Heysel, véritable tournant du hooliganisme (crédit image : L’Internaute)

Qu’elles soient bonnes ou non, toutes les choses ont une fin. Depuis certains évènements tristement célèbres tels que le drame du Heysel ou encore le choc opposant le club de Bruges aux Mauves tournant à l’émeute en 1998, de nombreuses décisions furent mises en place pour mettre un terme au hooliganisme belge. Parmi celles-ci, on notera l’arrivée des « spotters », qui deviendront rapidement la véritable bête noire des BCS et leurs copains. Leur rôle est simple, récolter des informations voire sympathiser avec les hooligans dans le but de démanteler tous leurs réseaux par la suite. Une technique fourbe, digne d’un film d’espionnage, qui s’est montrée payante dans le temps.

En effet, de nombreux hooligans sont aujourd’hui fichés, interdits de stade et ont même, pour certains, fait un petit tour derrière les barreaux. Un séjour loin d’être agréable pour Romain qui prétend avoir été « plus mal traité qu’Abdeslam ou Dutroux » durant ses passages en prison. La fermeté de ces nouvelles sanctions ainsi que l’âge grandissant des membres de mouvements hooligans ont réduit drastiquement les violences aux alentours des stades.

Pour ces amoureux de la bagarre et des mauves, leurs châtaignes envoyées au stade Constant Vanden Stock dans les années 80 deviennent désormais membre du passé. Une page se tourne alors pour les BCS contraint de passer le flambeau à la jeune génération. Mais face à une répression policière toujours plus accentuée, ces héritiers de la baston sont contraints de s’adapter.

En effet, les stades ont désormais été remplacé par des bois et lieux isolés devenus de véritables arène de free-fight. Ces bagarres organisées sont devenues le symbole d’un hooliganisme 2.0 qui dépasse totalement les anciens. « Les mecs, ils mettent la vaseline, les protège-dents, les gants et ils s’échauffent comme avant un match de boxe… Ils s’encouragent comme dans un vestiaire de rugby : « Allez les gars, ensemble, on reste groupés »… J’ai ressenti un certain malaise en voyant ça. » témoigne Louis Dabir.

Sur le champ de bataille, on peut y retrouver des portiers de boîte de nuit, des habitués des salles de muscu ou encore des fans d’arts martiaux. Le problème, c’est que ces jeunes sont totalement déconnectés de la raison principale qui poussait un ancien membre des O-Side ou des BCS à utiliser la violence : le football et l’honneur de leur club. « Rien ne vaut une bonne bagarre à l’ancienne, mais ce n’est plus possible. Nous n’avons pas d’autres options. Il m’arrive de dire aux plus jeunes qu’ils sont nés trop tard », souffle Romain dans un élan de nostalgie. Décidément, c’était mieux avant…

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