L’homosexualité dans le football féminin

homosexualité foot féminin (2)

Le football, à travers les générations, a toujours dû endurer l’homophobie. Que ce soit dans le football masculin ou féminin, c’est un tabou qui est en train d’être brisé.

Même si les choses évoluent, aujourd’hui encore peu de joueuses ont su exposer leur homosexualité. Si à l’étranger les joueuses s’affirment ouvertement, en France c’est un peu plus compliqué. Les préjugés qui complexent les joueuses sont nombreux et empêchent l’émancipation.

Pauline Peyraud-Magnin, le modèle français

L’actuelle gardienne de l’équipe de France, Pauline Peyraud-Magnin, est la première footballeuse en activité à avoir fait son coming-out. Sans faire de grandes déclarations, l’internationale tricolore décide d’annoncer son homosexualité en postant des photos sur Instagram avec sa compagne, Camille Nell. Comme elle le dit elle-même : « Je n’ai pas envie de cacher qui je suis, pour moi c’est normal. »

Football et homosexualité, le coming out de Pauline Peyraud-Magnin
Pauline Peyraud-Magnin et sa compagne Camille Nell. (Crédit photo : AFP photo)

Si la gardienne française a su faire son coming-out, elle reste aujourd’hui la seule joueuse française à avoir osé. Avant elle, seule Marinette Pichon, ancienne capitaine des Bleues, avait dévoilé son homosexualité dans les années 2000, mais seulement trois ans après avoir pris sa retraite. À la différence de nos voisins européens, le sujet de l’homosexualité reste encore tabou en France, raison pour laquelle les joueuses n’osent pas se dévoiler. Pauline Peyraud-Magnin s’est d’ailleurs exprimée sur le sujet : « Ce n’était pas évident de le faire avant en France. En arrivant en Angleterre et même en Espagne, je me suis rendue compte que c’est normal en fait. Là-bas je me suis vraiment épanouie. En Angleterre, on ne critique pas la personne. Dans la rue, il n’y a pas un regard de bas en haut. »

À LIRE AUSSI : Ces latéraux de (non) formation

Les Américaines comme précurseuses

Si en France l’homosexualité est un sujet dont il est difficile de parler librement, ce n’est pas le cas des joueuses outre-Atlantique. À tel point que certaines joueuses américaines comme la Ballon d’or 2019 Megan Rapinoe ainsi que ses coéquipières Ashlyn Harris et Ali Krieger sont maintenant considérées comme des icônes de la cause LGBTQ+. S’il y a une aussi grande ouverture d’esprit, c’est aussi grâce à la fédération américaine. Chaque année, lors du mois des fiertés, aussi appelé Pride Month, en juin, les maillots des joueurs et joueuses américains se distinguent par les couleurs arc-en-ciel sur le flocage et le numéro.

De par son influence, tant sur le terrain qu’en dehors, Megan Rapinoe s’est vite imposée comme l’une des sportives homosexuelles les plus connues de la planète. Depuis son coming-out en 2012, Rapinoe ne cesse de se battre pour la cause LGBTQ+. C’est d’ailleurs elle qui clame haut et fort, après la victoire de sa sélection américaine : « il est impossible de gagner de compétition sans gays dans son équipe ! ».

À LIRE AUSSI : L’œil des supporters : « Ce début de saison est exceptionnel »

Une peur constante

Comme le témoigne Marinette Pichon dans le Huffington Post, le fait que l’homosexualité soit un tabou vient avant tout d’une peur : « Aujourd’hui, dans le football féminin comme masculin, beaucoup s’inventent des vies pour ne pas devenir, sur le terrain comme dans les vestiaires, le mouton noir ». Mais cette peur n’est pas la seule anxiété pour les joueuses. Beaucoup de préjugés persistent au sein du monde du football féminin, notamment le fait qu’encore une majorité de personnes pense que les meilleures joueuses sont homosexuelles.

«Je ne voulais pas être à la fois une joueuse de football et une lesbienne, je n’avais pas envie d’entretenir ce cliché. Mon but a longtemps été d’aimer les hommes et de passer par-dessus cette situation. Mais je me mentais à moi-même… »

Lara Dickenmann est l’exemple qui confirme que le cliché de la joueuse lesbienne effraie.

Bien sûr, ces clichés apeurent mais ils ne sont pas la seule raison pour laquelle l’homosexualité reste un tabou. Un des problèmes majeurs est la question du physique. Il y a toujours ce cliché que la joueuse de football homosexuelle ressemble à un garçon manqué. À tel point que certaines parlent de leur petite amie en disant « il » ou ne répondent pas aux questions posées par les journalistes, par peur.

Dans les pays comme la France, cette même peur est la principale raison pour laquelle les joueuses ne font pas leur coming-out. Mais dans les pays comme le Cameroun ou le Nigéria, c’est parce que l’homosexualité est passible de peines de prison, voire de mort dans les États du nord du Nigéria ayant adopté la Charia (loi islamique).

Les coupes du monde comme victoires

Les deux coupes du monde féminines en 2015 au Canada et en 2019 en France sont considérées comme des victoires pour la cause LGBTQ+. Selon les analyses du site Outsports, 38 des 552 joueuses jouant la Coupe du monde 2019 ont fait leur coming-out, contre 15 seulement lors de la Coupe du monde 2015. 

Un des exemples marquant pour cette victoire est celui de Ramona Bachmann. En plein Mondial 2015, la star de l’équipe suisse fait son coming-out et annonce son couple avec sa petite amie, Camille.

« Quand je marche main dans la main avec Camille, les gens se retournent en Suisse. Cela n’arrive pas en Suède, ni ici au Canada. »

Bien qu’elles ne soient plus ensemble aujourd’hui, la relation entre Ramona Bachmann et Camille a su faire avancer les choses.

La Coupe du monde 2019, de par sa médiatisation très importante, annonce un futur de bon augure pour le football féminin et pour tous les LGBTQ+, et notamment parce qu’elle s’est déroulée durant le Pride Month. Et ce n’est pas Rapinoe qui nous dira le contraire : « Être gay et être sensationnelle à la Coupe du monde pendant le mois des fiertés, c’est sympa ».

À LIRE AUSSI : Qui pour concurrencer le Zénith en Russie ?

La lutte constante des Dégommeuses

Association fondée en 2012, Les Dégommeuses a pour objectif de faire connaître le foot féminin et de lutter contre toutes les discriminations, notamment sexistes, homophobes et transphobes. La présidente de cette association est très présente sur les médias et délivre de nombreux témoignages.

Lors d’une de ses interviews pour womensports, elle commence d’amblée par dire : « Il ne faut pas croire que c’est plus facile d’être une sportive lesbienne qu’un sportif gay ». Et pour l’avoir vécu, Cécile Chatrain, la présidente, témoigne : « J’ai joué au foot en club avec les garçons pendant six ans lorsque j’étais enfant. Quand j’ai eu l’occasion de rejoindre une équipe féminine vers 12-13 ans, on a conseillé à mes parents de ne pas m’inscrire sous prétexte que cela risquait d’être un nid à lesbiennes. »

Les "dégommeuses" association qui lutte contre l'homophobie dans le football.
Le symbole fort des Dégommeuses, reprenant l’affiche féministe « We can do it ! » (Crédit photo : lesdegommeuses.org)

Un monde masculin pas vraiment mieux développé

« L’homophobie dans le foot, ça suffit !« . En une du magasine Têtu, Antoine Griezmann, champion du monde, décrie un message fort. Dans le monde du football masculin, le tabou de l’homosexualité n’est pas non plus brisé. Que ce soit dans le football féminin ou masculin, il n’est pas rare d’entendre des insultes homophobes. Mais quand les clubs s’y mettent, le moment vient de se poser des questions.

Le club belge de Duffel a récemment posté un Tiktok, rapidement supprimé, à visée homophobe et raciste.

Pour les hommes, le principal cliché de l’homosexualité est l’idée que cela rend les hommes plus faibles, que cela les décrédibilise. Ainsi, un joueur de football homosexuel aura tendance à être jugé moins masculin, voire faible. Cependant, le fait que de nombreux joueurs soutiennent montre que cela évolue. Un joueur comme Antoine Griezmann, avec une telle influence, aide donc à arborer fièrement la cause des LGBTQ+.

Antoine Griezmann luttant ouvertement contre l’homophobie.

À LIRE AUSSI : Les BCS, l’amour du foot par les poings

Cécile Chatrain ne s’arrêtera pas. « L’homophobie, ce n’est pas seulement se faire traiter de « pédé » ou de « gouine ». C’est un ensemble de présomptions, d’attendus et une pelletée d’idées reçues qui font que, quand tu es gay ou lesbienne, tu ne vas pas forcément te sentir bien accueilli(e) dans ton club ou tu ne vas pas avoir tous les moyens pour t’exprimer dans ton identité intégrale. » Même si le futur s’annonce plus positif, il faudra donc attendre un peu avant que les idées reçues évoluent et que les choses changent.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Traduire »