Les Comores, un vent de fraîcheur sur la CAN

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Qualifiées à la CAN pour la première fois de leur histoire, les Comores intriguent. Cette (très) jeune sélection revient de loin. Il y a dix ans, elle déclarait forfait aux qualifications pour l’édition 2013 pour problèmes financiers. Mais de nombreux changements en interne ont permis aux Comoriens de relever la tête et de réaliser l’exploit : ils seront au Cameroun en janvier 2022.

L’histoire de la sélection comorienne, bien que récente, est riche. À ses débuts en 1979, les infrastructures du pays sont loin du niveau professionnel. Les joueurs évoluent au niveau local dans des clubs amateurs. Pourtant, les Comores vont peu à peu progresser sur tous les domaines pour finalement être reconnues par la CAF en 2000 puis par la FIFA en 2005. Cette progression sera récompensée le 25 mars 2021 à l’issue d’un match nul (0-0) face au Togo, propulsant les Cœlacanthes en phase finale de la CAN.

Indépendance à la France, dépendance au football

L’archipel des Comores englobe quatre îles : Grande Comore, Mohéli, Anjouan, et Mayotte. La dernière citée avait choisi en 1973 de rester française, tandis que les trois autres ont préféré déclarer leur indépendance. Ces dernières se réunissent sous le nom des Comores, officiellement devenues l’Union des Comores à partir de 2001. La nouvelle devise du pays, « Unité – Solidarité – Développement », traduit la volonté comorienne d’aller de l’avant, le sport ne faisant pas exception à la règle.

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Les premières traces du football aux Comores remontent au début des années 1940. Après 1950, la pratique de ce sport s’intensifie partout dans le pays et de nombreux clubs voient le jour. Pourtant, l’équipe nationale ne va naître qu’en 1979 à l’occasion des Jeux des îles de l’océan Indien (JIOI). Cette compétition tout juste créé réunie alors sept délégations : l’Île Maurice, les Seychelles, Madagascar, les Maldives, la Réunion, Mayotte et donc les Comores. La sélection comorienne connaît un baptême du feu légèrement compliqué et s’incline 3-0 contre l’Île Maurice. Le match retour est de nouveau perdu (3-1), mais les Comores réagissent bien et battent les Maldives (2-1). Ils seront finalement éliminés en demi-finale par La Réunion (6-1), futur vainqueur.

Les athlètes comoriens défilent lors des JIOI de 1979 (crédit photo : Nitter Tweet View)

Les années suivantes verront les Comores participer à six éditions de ces jeux. En dix-huit rencontres, l’équipe concède quinze défaites et ne parvient pas à briller dans cette compétition. En parallèle, la fédération n’est toujours pas reconnue par la CAF et encore moins par la FIFA. Pas de possibilité de disputer les qualifications pour la CAN ni pour la Coupe du Monde. Le football local ne peut pas réellement progresser dans ces conditions. Les choses vont toutefois changer en 1997 lorsque le nouveau président de la Fédération Comorienne de Football (FCF), Salim Tourqui, se donne pour mission d’affilier les Comores à la CAF puis à la FIFA.

Un premier cap franchi

Trois ans après son élection, Salim Tourqui atteint son premier objectif : la CAF reconnaît la FCF. Mais en 2004, la FIFA rejette le dossier des Comoriens. L’année suivante, un second dossier est étudié et cette fois validé par l’instance de Zurich. Cependant, l’équipe ne prend pas part aux qualifications pour la CAN 2008, ne disposant pas d’un stade aux normes internationales. Entre temps, les joueurs ont hérité du surnom des Cœlacanthes, poisson préhistorique aujourd’hui encore présent dans les eaux comoriennes. Sans compétitions internationales, la sélection des Comores s’oriente alors vers la COSAFA (Conseil des Associations de Football en Afrique Australe). Elle valide ainsi son billet pour la Coupe COSAFA qui lui permet de disputer une compétition à son niveau et d’engranger de l’expérience.

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En 2010, les Comoriens tentent de se qualifier pour l’édition 2012 de la CAN. L’ancien Marseillais et international tricolore Manuel Amoros devient coordinateur de la fédération et sélectionneur. Il convoque plusieurs binationaux évoluant en Europe, un choix qui hausse considérablement le niveau de l’équipe. Mais trois mois après sa nomination, Amoros quitte la sélection et les binationaux ne participent pas au premier match, perdu 4-0. De retour pour la suite des rencontres, ils permettent aux Cœlacanthes d’empocher leur premier point lors de la quatrième journée face à la Libye (1-1). Malgré une dernière place au classement, l’équipe ne se focalise pas sur cet échec. Elle peut enfin afficher son statut de véritable sélection.

Manuel Amoros réunit à Marseille un groupe de jeunes joueurs comoriens. Ils disputeront notamment un match face à Istres (crédit vidéo Dailymotion : Olympique de Marseille)

Contre toute attente, les Comores vont être stoppées nettes dans leur élan. Le manque de moyens financiers pousse Salim Tourqui et la FCF à déclarer forfait en vue des éliminatoires pour la CAN 2013. Au-delà des finances, l’organisation approximative de la sélection a rendu certains joueurs réticents à l’idée de jouer pour leur pays. Tous les progrès réalisés en amont semblent réduits à néant par cette lourde décision qui provoque une coupure de deux ans. Oui, deux années sans le moindre match pour les Cœlacanthes qui font perdre espoir au peuple comorien.

Retour gagnant pour les Comores

Le 5 mars 2014, les Comores effectuent leur grand retour sur la scène internationale en disputant le premier match amical de leur histoire. Face au Burkina Faso, récent finaliste de la CAN, les Cœlacanthes tiennent le choc. Ils signent un bon match nul (1-1) porteur de nouveaux espoirs. Le néo-sélectionneur, Amir Abdou, tente de convaincre des binationaux évoluant au niveau professionnel de rejoindre le projet. Objectif atteint : le défenseur nantais Chaker Alhadhur et l’attaquant El Fardou Ben Mohamed (transféré quelques mois plus tard à Olympiakos) viennent renforcer le groupe.

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Cependant, les campagnes de qualification referment systématiquement la porte de la CAN aux Comores, qui ne réussissent pas à peser suffisamment face aux plus grandes nations. Mais en 2018, les Cœlacanthes parviennent à prendre cinq points en six matchs dans un groupe très relevé. La marche était trop haute, mais on ressent un changement dans cette équipe, qui n’a jamais été aussi proche de la qualification. La prochaine édition, prévue pour 2021, devient un véritable objectif. Placée dans le groupe du Kenya, de l’Égypte et du Togo, les chances comoriennes sont réelles. Interrogé par Comoros Football 269, l’ancien international Saïd Houssene Abdourraquib y croît : « C’est un groupe très relevé mais restons toujours derrière cette équipe et prions que tout se passe bien. Dans le football tout est possible. Il peut y avoir des surprises ».

Les Comores s’inclinent (1-0) à cause d’un penalty dans le temps additionnel face au Maroc (crédit photo : H24info)

Après quatre matchs, les Comoriens sont plus que jamais dans la course : deux nuls face au Kenya et l’Égypte mais surtout deux victoires contre le Togo et ce même Kenya. La prochaine réception du Togo, comme dirait Denis Brogniart, peut déjà être décisive. Devant ses supporters, la sélection comorienne tient bon et obtient un nul (0-0) libérateur. « Il y avait 1000 spectateurs qui avaient été autorisés à prendre place au stade Omnisports de Malouzni à Moroni. Au coup de sifflet final, ça a été une explosion de joie, comme partout dans le pays » raconte Saïd Ali Athouman, le président de la fédération. La défaite (4-0) en clôture face aux Égyptiens est anecdotique, les Comores seront bien à la CAN !

La French Touch comorienne

Dans moins d’un mois, les Comores feront donc leurs grands débuts dans une compétition majeure. Le hasard leur a attribué le groupe C, où ils rencontreront le Gabon, le Ghana mais surtout le Maroc, l’un des favoris à la victoire finale. Mais les Cœlacanthes abordent cette compétition sans pression, leur objectif étant déjà largement rempli. Cela ne veut pas dire qu’ils ne la disputeront pas à fond. Les Comores disposent de beaux arguments et ont de quoi jouer les trouble-fêtes.

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L’un de leurs plus gros atouts sera l’entière présence de binationaux. La quasi-totalité de l’effectif dispose de la nationalité française et évolue en Europe, principalement en France. Des championnats globalement plus relevés que les compétitions locales. Parmi trente-cinq joueurs récemment appelés, vingt jouent en France, au niveau professionnel comme au niveau amateur. L’identité marseillaise sera particulièrement représentée. En effet, une grande communauté comorienne habite à la cité phocéenne et ses alentours. Si des stars du rap y ont émergé (Soprano, Rohff, Alonzo…), c’est aussi le cas du football avec quelques beaux noms. Le Guingampais Youssouf M’Changama (joueur le plus capé de l’histoire comorienne), l’ex-portier du Téfécé Ali Ahamada ou encore l’ancien Lorientais Faïz Selemani ont tous été formés dans le 13. El Omar Fardi joue même actuellement avec la réserve marseillaise. Au total, seize joueurs sont originaires de la région, ce qui renforcera inévitablement la complicité entre eux.

Le comorien Kassim Oumori a provoqué l’hilarité des réseaux sociaux après ses commentaires durant la rencontre Comores-Burundi (crédit vidéo : L’équipe Foot)

Enfin, hormis les franco-comoriens, il est impossible de ne pas s’attarder sur la star El Fardou Ben Mohamed. L’avant-centre de l’Étoile Rouge de Belgrade s’est imposé comme l’un des plus talentueux de sa génération. Sa présence sera déterminante pour les Comores : en vingt-huit sélections, il a déjà inscrit quinze buts. Le milieu de terrain Fouad Bachirou fait l’éloge de son coéquipier : « C’est l’un des patrons ! Un grand professionnel, très calme, qui donne l’exemple dans le vestiaire. Il est en grande forme, et on espère qu’il le sera aussi pour notre première CAN ». Les Comores ont donc une vraie carte à jouer durant cette CAN 2021. Le sélectionneur Amir Abdou annonce : « notre objectif sera de confirmer et de montrer que notre présence en phase finale est méritée ». Le message est passé.

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