Guinée Équatoriale, une CAN pour surprendre et s’affirmer ?

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Absente des deux dernières éditions de la CAN, la Guinée Equatoriale est de retour avec envie et nouveautés pour disputer la plus grande des compétitions africaines. La Nzalang Nacional s’est renouvelée depuis un an et semble avoir retrouvé un nouveau souffle avant de s’envoler pour le Cameroun…

2022 se présente déjà comme l’une des années les plus importantes de l’histoire de la jeune sélection équatoguinéenne. Avec une qualification mémorable décrochée pour la Coupe d’Afrique des Nations, la Guinée Equatoriale débarque comme une équipe qui n’a plus rien à voir avec celle des dernières années. Tant d’éléments ont évolué positivement que la sélection laisse penser qu’elle pourrait éventuellement être la surprise de cette édition. Un statut d’outsider cohérent mais qui ne doit pas faire oublier le travail colossal d’une formation désireuse de s’afficher au plus haut niveau du football africain.

Une histoire à écrire…

Née en 1968, la Guinée Equatoriale figure parmi les derniers pays d’Afrique à avoir obtenu son indépendance. Bien que considérée comme une dépendance autonome jusqu’à cette date, le pays prend ensuite un rôle de nation indépendante vis à vis de l’Espagne de Franco. Durant de très longues années, le sport met du temps à se développer dans le pays et est sous contrôle de la Real Federación Española de Fútbol. Pour sa part, la Federación Ecuatoguineana de Fútbol sera fondée en 1975.

Cependant, les démarches administratives sont longues et la sélection nationale va mettre du temps à s’installer dans le paysage sportif. Ce n’est qu’en 1986 que la fédération sera définitivement affiliée à la FIFA et à la CAF. Pour sa part, la première saison de l’histoire du championnat est célébrée en 1979. Mais l’équipe équatoguinéenne doit attendre avant de connaitre ses débuts officiels. Ceux-ci ne se produiront qu’en décembre 1984, à l’occasion d’un lourd revers (5-0) face au Congo.

FEGUIFUT Sitio Web Oficial de la Federación Ecuatoguineana de Fútbol
L’Estadio de Malabo, enceinte officielle de l’équipe nationale de Guinée Equatoriale (crédit photo : FEGUIFUT)

Le développement du football est difficile et lent sur le territoire, mais avance progressivement au fil des années. Si la sélection a très longtemps été centrée sur ses joueurs évoluant dans le pays, elle finit par « s’ouvrir » au reste des championnats. A partir de 2003, des footballeurs jouant dans d’autres pays sont également appelés pour défendre les couleurs de l’équipe nationale. Cette initiative rend directement l’équipe plus compétitive mais le chemin reste long.

L’histoire de la sélection reste donc bien maigre à l’heure actuelle. Il faut dire que la Guinée Equatoriale n’est inscrite que depuis 2002 pour disputer les matchs de qualification au Mondial. Cependant, la Nzalang Nacional n’a jamais pu jouer la compétition, étant à chaque fois éliminée dès les tours préliminaires. Même constat pour la Coupe d’Afrique des Nations. La première participation aux rencontres qualificatives intervient seulement en 1990 avec la CAN en Algérie. Pourtant, jusqu’à 2006, faute d’une mauvaise organisation au sein des institutions et de la sélection, la Guinée Equatoriale ne sera jamais inscrite pour participer aux matchs préliminaires.

Le pays va ainsi connaitre en 2022 sa troisième participation à une Coupe d’Afrique des Nations. Il s’agira de la première après s’être qualifié par la voie des éliminatoires. La Guinée Equatoriale avait déjà pris part à deux précédentes éditions, en 2012 et 2015, mais en tant qu’hôte. La CAN de 2012 était effectivement organisée conjointement avec le Gabon, tandis que celle de 2015 était entièrement à la charge de la Guinée Equatoriale.

Une sélection considérablement remodelée et rajeunie

Entre 2015 et 2021, la Guinée Equatoriale a donc connu un vrai vide sportif. Absence de participation aux tournois majeurs, défaites à la pelle, rencontres annulées. Au total, entre intérims et départs prématurés, sept coachs se sont succédés en l’espace de ces six ans. Sur cette période, Castos Nopo a notamment occupé à quatre reprises le rôle de sélectionneur intérimaire. La liste commence avec l’ère Esteban Becker, de 2015 à 2017, et s’achève avec Juan Micha, en poste depuis octobre 2020. Un vrai contexte d’instabilité a gangrené le fonctionnement de la sélection durant de nombreuses années.

Mais l’arrivée de Juan Micha sonne comme un vent de renouveau. L’effectif a été rajeuni par rapport aux dernières saisons, s’élevant à une moyenne d’âge de 24,7 ans. Autrement dit, il s’agit de la moyenne la plus basse de tous les participants à la CAN 2022, et assez largement.

De nombreux nouveaux visages ont récemment émergé au sein de la sélection équatoguinéenne au cours dernières années (crédit photo : Twitter, Pablo Ganet)

Le renouveau de la sélection est si profond que seuls trois joueurs dépassent la barre des trente ans dans les convocations des derniers rassemblements. Emilio Nsue, capitaine de la sélection, est d’ailleurs l’un d’eux. Ce dernier est actuellement sans club et n’a disputé que vingt-cinq rencontres avec l’équipe nationale. Il se positionne ainsi comme le second footballeur le plus capé de la sélection, derrière Federico Bikoro et ses vingt-sept sélections.

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Malgré ce qui pourrait s’apparenter à un effectif en manque d’expérience, le bilan actuel est à la hauteur des attentes. Depuis la reprise des matchs internationaux à l’automne 2020, la sélection totalise seulement deux revers en dix rencontres. Une double défaite face à la Tunisie dans une marre de résultats convaincants (six victoires et deux nuls). « Les joueurs sont les vrais protagonistes des résultats obtenus jusqu’à présent » avait commenté Juan Micha aux micros de la Fédération.

Ajoutons à cela une qualification pour la CAN obtenue avec la manière dans un groupe relevé, à l’issue d’un triomphe contre la Tanzanie en mars 2021. Mais également un excellent parcours dans les qualifications à la Coupe du Monde 2022. La Guinée Equatoriale s’est hissée à une belle seconde place dans une poule dominée par la Tunisie. Un classement largement applaudi mais malheureusement insuffisant pour espérer être au Qatar à l’hiver prochain. En bref, l’arrêt des compétitions causé par la crise sanitaire semble avoir marqué un avant et un après. Le tout constitue une vraie et puissante spirale positive à l’approche d’une échéance cruciale pour le pays…

Retour sur la qualification de la Guinée Equatoriale contre la Tanzanie, avec une forte dose d’émotion en fin de match… (crédit vidéo YouTube : CAF TV)

Se servir du parcours historique de 2015

Une première qualification historique par les tours préliminaires. Une revue complète du vestiaire opérée sur les dernières années. Un staff qui apporte satisfactions en conciliant jeunesse et résultats. D’un point de vue, la Guinée Equatoriale se présente avec un panel d’atouts pour cette CAN 2022.

Par rapport aux éditions de 2012 et 2015, l’équipe devra cette fois composer sans l’appui de son public. Il n’est cependant pas exclu de voir de nombreux supporters équatoguinéens se déplacer au Cameroun. Le pays organisateur est en effet le voisin situé un peu plus au nord.

Toutefois, l’édition de 2015 doit être un réservoir dans lequel la sélection doit puiser pour rêver à nouveau. Une Coupe d’Afrique des Nations à la saveur particulière. C’est à cette édition que la formation avait réalisé le meilleur parcours de son histoire, avec une quatrième place. Une demi-finale toujours dans les mémoires où les pensionnaires de l’Estadio de Malabo avaient buté sur le Ghana. La défaite pour le match pour la troisième place, contre la République Démocratique du Congo, n’avait rien enlevé d’une formidable performance. Même si le futur fut plus sombre, le public et les médias locaux avaient profité d’un hiver 2015 émotionnel.

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L’alégresse du vestiaire équatoguinéen après la qualification historique décrochée pour la CAN 2022 (crédit photo : Diario de Noticias de Alava)

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Cette édition avait d’ailleurs sa part de surprise puisqu’elle était initialement censée être jouée au Maroc. Fortement inquiétée par l’épidémie Ebola, la CAF avait finalement choisi d’attribuer l’organisation du tournoi à la Guinée Equatoriale. La sélection avait pourtant été disqualifiée dès les tours préliminaires après avoir aligné plusieurs joueurs non éligibles à évoluer avec les Rouge et Blanc. Pertubée par par le coronavirus, la CAN 2022 aura donc aussi son lot d’originalité. L’objectif reste le même pour la Guinée Equatoriale, qui aura pour but de poursuivre son ascension sportive en se testant cette fois dans un tournoi important.

Nouvelle dynamique, nouveaux espoirs

Désormais, la projection vers le futur entre peu à peu au coeur des intérêts des dirigeants. Donner de la continuité à une sélection qui démontre à chaque rassemblement ses qualités collectives est une priorité sportive et économique. La participation à la CAN est évidemment une fierté nationale mais doit avant tout servir de point d’inflexion pour décoller définitivement.

Difficile de définir un objectif futur précis avant ce tournoi qui symbolisera peut-être un tournant dans l’histoire du football équatoguinéen. L’envie de faire parler de soi dans le paysage du football africain est forte. Mais elle devra se matérialiser rapidement même si elle reste complexe dans un continent sportivement dominé sans partage par les grandes nations. Pour mesurer la progression, ou non, de la sélection, le classement FIFA est un indicateur souvent repris dans les médias. Même si une amélioration se note depuis un certain temps, la Nzalang Nacional reste relativement en retrait sur ce tableau. La Fédération s’est alliée avec GoL Factory pour promouvoir et développer le football dans les équipes de jeunes du pays. Cette initiative s’inscrit directement dans une politique visant à stabiliser et solidifer la formation de talents pour les prochaines années.

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Des tournois sont organisés pour permettre aux plus jeunes d’exprimer leur passion sur les terrains (crédit photo : Facebook, Federacion Guineana de Futbol)

Modeste pays atlantique situé entre le Gabon et le Cameroun, la Guinée Equatoriale veut voir en grand. La CAN qui se profile semble donc être la première épreuve à grande échelle pour la sélection. L’objectif de démontrer que le travail réalisé portera ses fruits est dans la tête du staff et des joueurs. A plus long terme, il faudra juger la ligne directrice prônée ainsi que la politique sportive du pays pour savoir si elles auront été à la hauteur des attentes, dans ce qui incarne un véritable défi pour l’avenir national…

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