En Belgique, l’Union fait la force

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Cinq mois après le lancement de cette nouvelle saison de Jupiler Pro League, c’est le petit promu qui se retrouve en tête de file. Si à chaque journée, on se demande quand va s’arrêter le TGV bleu et jaune, celui-ci ne semble pas vouloir faire d’étape avant le 23 mai, une fois que le trophée sera soulevé…

Prenez à droite sur l’avenue Van Volxem, continuez tout droit sur la rue des châtaignes et là, se trouve sur votre gauche le célèbre Stade Joseph Marien. Un endroit folklorique servant de résidence à la grande famille qu’est l’Union Saint-Gilloise. Ce club unique en son genre où l’on juge que le football n’est pas qu’une simple question de ballon, mais également de valeurs.

Un véritable conte de fée

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Les « Apaches » célébrant un but, une situation devenue quotidienne pour les amateurs de JPL (crédit image : RTBF)

En cette période hivernale, quoi de mieux que d’apprécier un bon vieux conte de Noël. Ici, on ne parle pas d’histoire niaise ou encore du gros bonhomme rouge, mais plutôt de la magnifique épopée d’un promu qui est actuellement en tête de son championnat. Cette équipe n’est autre que l’Union Saint-Gilloise, un club historique de la région bruxelloise en train de déjouer tous les pronostics. En même temps, qui aurait pu prévoir qu’une équipe provenant de seconde division allait parvenir à passer devant Bruges, Anderlecht ou encore l’Antwerp.

Pourtant, si on se penche un peu plus sur le sujet, le succès des Unionistes n’est pas anodin. Après avoir manqué la montée de près les deux dernières années, les Bruxellois étaient fin prêts à montrer ce dont ils étaient capables sur le premier plan. Comme l’explique Sacha Tavolieri, spécialiste de la Jupiler Pro League, « ce sont les clubs de D1 qui n’étaient pas prêts à l’arrivée de l’Union ».

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L’USG a également apporté un vent de fraîcheur à un championnat qui en avait bien besoin. Durant de longues années, la JPL a été critiquée en raison du manque de spectacle et de compétitivité qu’il y avait entre les différentes équipes. Et ça, on ne peut pas dire que l’Union n’en rajoute pas !

Meilleure attaque du championnat avec une moyenne de 2,5 buts marqués par rencontre, il n’y a plus qu’à sortir les popcorns et profiter du show bleu et jaune. Après avoir soutenu leur équipe lorsqu’elle était au plus bas, les fidèles supporters Unionistes sont aux anges. « On a connu l’Union en D2 et D3 on aurait jamais pu croire ce qu’on est en train de vivre. C’est plus qu’un rêve là, c’est exceptionnel » explique Rémy, un habitué des tribunes saint-gilloises.

Plus qu’un simple club

Lorsque vous discutez avec un proche de l’USG, que ce soit un supporter, membre du staff ou même un joueur, il y a un mot qui revient constamment concernant le club : familial. En effet, respect et bonne ambiance sont les maîtres mots chez les apaches (surnom de l’équipe). « Il n’y a jamais de violences. On est ouvert à tout le monde. Dans nos tribunes, il y a des personnes de tout milieu social. » explique Dylan, dans un reportage sur l’Union diffusé par le média régional BX1.

Un discours rejoint par Alex, fondateur du compte « USG actu » sur Twitter : « Lors des matchs, on évite de siffler l’arbitre ou les joueurs adverses. Notre objectif est de repartir avec les trois points, le reste ne nous concerne pas. » Des paroles très classes qui paraissent même un peu bizarres tant les problèmes liés à la violence ou au racisme fusent en ce moment dans les championnats européens.

Le célèbre chant de l’Union, qui sera même repris plus tard par l’orchestre philarmonique de Bruxelles (crédit vidéo : YouTube Royale Union Saint-Gilloise)

Si les supporters sont charmants, on ne peut pas en dire moins de leur stade. Construit en 1919 par l’architecte Albert Callewaert, le Stade Joseph Marien ou Parc Duden est un véritable monument du patrimoine bruxellois. Un peu plus de cent ans après sa création, l’enceinte de l’USG est parvenue à conserver son folklore historique et a gagné une place importante dans le cœur de ceux qui le fréquente au quotidien.

« Aaah le Duden ! Son emplacement atypique, en pleine ville, la proximité du terrain, cette grande tribune debout sur le côté et non derrière le but sont plein d’éléments qui font que quand on va à l’Union, on passe un très bon moment ! » raconte Alex. Le look rétro et authentique du lieu font que ces infrastructures sportives sont même devenues à la mode chez les « bobos » bruxellois. Malheureusement, 8000 places ne sont pas suffisantes pour contenir tous les intéressés.

Un Anglais à Bruxelles

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Tony Bloom, fier propriétaire de l’USG (crédit image : Sudinfo)

En 2018, un événement est venu quelque peu chambouler les petites habitudes et l’aspect familial de l’USG. Tony Bloom, un milliardaire anglais, vient alors déposer ses valises (et son pognon) sur la capitale belge dans l’optique de racheter l’Union Saint-Gilloise. Le deal enfin trouvé, il n’y a plus qu’à prier pour les supporters bleu et jaune que ce Tony soit quelqu’un de sérieux et non encore un de ces businessmen se croyant sur Football Manager.

Heureusement, celui qu’on appelle Tony le lézard, est un homme sérieux, mais surtout un amoureux du ballon rond. « Tony est reconnu pour son énorme passion pour le football. Il comprend parfaitement la philosophie de ce sport qui nous unis. Ceci représente un nouveau départ pour l’Union, et avec le soutien de Tony, je suis confiant, et persuadé du fait que nous pouvons construire un bel avenir. » décrivait Jürgen Baatzsch, ex-propriétaire du club.

Mais comment un milliardaire anglo-saxon en est-il venu à investir sa fortune dans une équipe de division 2 belge ? Tout d’abord, il faut savoir que l’USG n’est pas le seul club en la possession de Bloom. Depuis 2009, ce dernier fait un boulot incroyable à Brighton, son club de cœur, qui a su se faire une place en Premier League après 34 ans d’attente dans les divisions inférieures. Mais malgré cela, Tony Bloom fait une différence entre l’USG et les Seagulls. Il ne faut pas tout mélanger. S’il y a déjà eu des échanges de joueurs entre les deux clubs, Brighton ne voit pas l’USG comme son centre de formation.

Cette distinction permet à l’Union de se développer et de tirer profit de ce rachat. Après avoir fait fortune grâce à l’analyse de données pour paris sportifs, Tony Bloom voue une certaine importance à l’utilisation des datas dans le football. Cet homme a donc parfaitement réussi à moderniser l’Union tout en conservant l’identité folklorique du club. Un travail remarquable qui fait probablement de lui, l’une des clés de ce magnifique début de saison.

Un recrutement intelligent

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Deniz Undav et Dante Vanzeir, le duo à 27 buts qui fait trembler le championnat belge (crédit image : Walfoot)

À l’Union, rien n’est laissé au hasard et tout a été établi afin que l’équipe performe au haut niveau. Avec de telles ambitions, les dirigeants bleu et jaune ont bien compris qu’il ne fallait pas négliger le recrutement. Pour cela, un principe phare érige la ligne de conduite de l’USG lors des périodes de mercato : la qualité avant la quantité. Il faut que le joueur colle parfaitement aux besoins du club ainsi qu’à l’identité unioniste. « Les dirigeants analysent ton profil au complet. Ils font attention à ta manière d’être sur et en dehors du terrain » explique Christian Burgess, défenseur central de l’équipe, à propos de la cellule de recrutement.

Grâce à cette idéologie, les dirigeants ont réussi à créer un collectif soudé bien qu’ils ne soient pas fort nombreux. Ces derniers mois, l’USG a même réussi de vrais coups de poker dont l’arrivée de leur duo de choc composé de Dante Vanzeir ainsi que de Deniz Undav. Au-delà de leur talent et de leur habilité devant le but, ces deux-là se retrouvent dans leur volonté de prendre une revanche sur la vie. Il y a trois ans de cela, Undav bossait encore sur les chantiers pour pouvoir subvenir à ses besoins. « Je commençais le travail à 4 heures du matin. J’enchaînais avec l’entraînement et puis je rentrais à la maison vers 20 heures, parfois même plus tard. Je devais gagner de l’argent, hein ! J’avais un contrat de 150 euros. Je ne pouvais pas vivre uniquement du football. »

En guise de revanche, l’attaquant allemand est devenu cette saison le joueur le plus décisif du monde. Rien que ça ! Vanzeir, lui, n’a jamais obtenu la confiance de son ancien club, le KRC Genk, qui s’était débarrassé de l’attaquant à la première occasion. Depuis, la première sélection du buteur belge en équipe nationale a sûrement du rester en travers de la gorge du club limbourgeois.

Un entraîneur au grand cœur

Dante Vanzeir et Felice Mazzù, un joueur et son coach, deux amis (crédit image : Le Soir)

S’il y a de nombreuses raisons qui peuvent expliquer le succès de l’Union cette saison, l’une d’entre elle porte le nom d’un homme : Felice Mazzù. Bien connu des amateurs de Jupiler Pro League, l’entraîneur belge a voyagé entre plusieurs clubs du plat pays avant de s’installer en région bruxelloise en mai 2020. Si cette décision de reprendre une équipe de division 2 lorsqu’on est considéré comme l’un des meilleurs coachs de son pays peut paraître louche d’un premier abord, force est de constater que Felice Mazzù aura su faire taire ses détracteurs. Grâce à son talent et sa pédagogie, l’USG est parvenu à se hisser au sommet du football belge. Un accomplissement dont les supporters Unionistes n’auraient même pas osé rêver à l’époque.

Depuis son arrivée au parc Duden, le natif de Charleroi vit une véritable histoire d’amour partagée avec ses joueurs, le club, mais aussi les supporters. « On a vraiment eu beaucoup de chance de voir l’opportunité Mazzù se présenter à nous il y a deux ans. Le groupe est exceptionnel et tout est calculé parfaitement, cela c’est grâce à lui. Il a su prendre le recul nécessaire et faire le pari de redescendre d’un cran pour réussir en D1A. Je crois qu’aucun supporter de l’Union n’est déçu de lui ou voudrait le voir partir. » raconte Alex.

Si beaucoup d’entraîneurs fonctionnent grâce aux cris, l’entraînement acharné et la détermination, Mazzù voit le football d’une toute autre manière. En effet, cet homme considère ses joueurs comme de véritables êtres humains et ne néglige pas la partie psychologique de son métier. « Felice Mazzù est le meilleur coach que j’ai jamais connu. Il cherche l’homme derrière le footballeur. Un jour, il m’a demandé : « Pourquoi tu ris aussi peu ? Pense au temps où le football n’était pas encore ton travail, mais ton hobby. Dis-toi que tu as fait de ta passion ton métier. » » raconte Deniz Undav lors d’un entretien accordé à So Foot Magazine. Dans un club comme l’Union Saint-Gilloise, Mazzù a su comprendre qu’il fallait respecter les valeurs de la maison.

En quelques mots, l’Union Saint-Gilloise c’est donc ceci : des joueurs partis de rien qui sont en train d’exploser, des supporters attachants, un coach aux allures de père de famille, mais surtout un club historique conduit par ses valeurs se dirigeant tout droit vers la gloire.

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