« Football data » : la révolution chiffrée

Data football

Dans un monde de plus en plus numérisé, le ballon rond n’a d’autre choix que de suivre la tendance. Récemment, certains domaines et métiers de l’écosystème foot se sont vus remplacés par de simples ordinateurs. Leur rôle ? Récolter de la data… toujours plus de data.

Au fil des années, la data est devenue un outil indispensable dans le monde du football. Mais malgré ses nombreux avantages, cette technologie ne fait tout de même pas l’unanimité chez le grand public. Si certains y voient un tournant majeur pour le sport de haut niveau, d’autres n’acceptent pas la perte du côté humain qui en découle. Une division d’opinion en raison d’une invention quelque peu futuriste… On pourrait presque se croire dans un épisode de Black Mirror !

Qu’est-ce que la data ?

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Aujourd’hui, les analystes statistiques sont devenus des membres essentiels au bon fonctionnement d’un club (crédit image : University of Canterbury)

À l’ère des voitures autonomes, des allers-retours dans l’espace ou encore des NFT, la technologie est au cœur de notre quotidien. On la retrouve partout, que ce soit dans la rue, notre maison ou même derrière un simple match de foot ! En effet, bien qu’on ne la soupçonne pas toujours, la data est devenue un élément indispensable au monde du ballon rond. Fini de compter manuellement le nombre de tirs ou de corners tirés par une équipe, désormais place à l’automatisation.

Aujourd’hui, collecter des données sur des matchs de football est devenu un véritable métier. Le rôle de ces boites spécialisées en data sportive est de rassembler le maximum de statistiques sur une rencontre afin de les vendre par la suite aux médias, sites de paris sportifs, mais surtout… aux clubs. Sur 90 minutes, ces entreprises vont parvenir à récolter pas moins de 4 millions de données différentes. Un nombre impressionnant qu’on aurait difficilement pu s’imaginer il y a de ça quelques années.

Pour un club, recevoir des millions de data est bien intéressant mais reste encore à savoir les utiliser. En effet, l’important n’est pas le nombre mais bel et bien les conclusions que l’on va pouvoir tirer de toutes ces informations. Et pour cela, mieux vaut laisser faire les spécialistes. Aujourd’hui, il est normal de croiser des analystes de données, ingénieurs et sports scientists aux centres d’entraînement. Petit à petit, les équipes se sont modernisées et compte désormais plus d’informaticiens analystes que de scouts dans leur rang.

Pour que ces spécialistes puissent se montrer efficaces, les clubs font tout pour ramasser un maximum de données sur leurs joueurs. Ils sont suivis avant, pendant et après les matchs, afin de pouvoir améliorer leurs futures performances. Pour cela, ces joueurs sont analysés lors des séances d’entrainements et sont équipés d’appareils tels que des gilets trackers GPS durant les rencontres. Si la data permet à un entraîneur d’en savoir plus sur son groupe, cet outil est également devenu essentiel dans l’analyse de l’adversaire. Quelle est leur manière de jouer ? Quels sont leurs points faibles ? Comment pressent-ils dans cette situation bien précise ? Tout un tas de questions auxquels la data va essayer de répondre pour multiplier les chances de victoire de son utilisateur.

Le recrutement 2.0

Grâce à la data, Southampton avait réussi à mettre la main sur un petit joyau (crédit vidéo : YouTube Senegal Comps)

Si cette nouvelle technologie sert à débriefer, analyser ou encore améliorer, elle est également d’une grande importance dans le recrutement de nouvelles têtes. Avant de se déplacer pour voir jouer une potentielle recrue, les membres de la cellule de recrutement vont d’abord l’analyser sur un ordinateur. Mais attention, ici on ne parle pas simplement du nombre de goals ou d’assists que le joueur a effectué au cours de la saison dernière. C’est bien plus précis que ça. Une véritable autopsie va être effectuée pour déterminer si ce dernier vaut la peine d’être recruté ou non. Pour cela, un nouvel accessoire a même été créé par l’entreprise « 21st Club ». Le but ? Déterminer au terme d’une analyse complète si un joueur renforcerait, affaiblirait ou influencerait le niveau de performance globale de l’équipe intéressée.

On pourrait croire alors que seuls les cadors européens se servent de ce système. Qui a l’air tout aussi complexe que coûteux. Mais ce n’est absolument pas le cas. La data est utilisée par des clubs de tout niveau d’une manière propre aux besoins de ceux-ci. Par exemple, elle va permettre aux équipes pourvues d’un budget limité de se renseigner sur de jeunes joueurs inconnus. Mais avec un fort potentiel. Pendant que les grosses écuries se placeront sur le gamin de 16 ans surmédiatisé qu’on appelle déjà le nouveau Ronaldo.

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L’analyse de données permet également de réduire les risques d’un transfert raté. Comment ? En se renseignant au maximum sur le profil de l’élément désiré afin de ne pas avoir de mauvaises surprises. « En football, certaines décisions valent des millions. Voire des dizaines ou des centaines de millions d’euros dans les plus hautes sphères. Et quand vous devez poser des choix de ce niveau-là, vous vous devez de rationaliser les choses ». « C’est là que les data ont leur importance. Elles peuvent amener une part de rationalité » explique Gauthier Ganaye, CEO de l’AS Nancy Lorraine et du KV Ostende au média Paperjam. « On ne peut plus continuer à prendre des décisions d’investissements à 20 millions d’euros sur base de deux rapports de scouting… ».

Tout le monde y trouve son bonheur

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Grâce à la data, Brentford sera parvenu à se hisser sur le sommet du football anglais (crédit image : Golsmedia)

Souvent, les clubs les plus modernes et avancés d’un point de vue technologique ne sont pas ceux auquel on pense. C’est le cas de Southampton, club de milieu de tableau de Premier League, qui ont développé ce qu’ils appellent la « black-box ». Une live database qui collecte des données sur n’importe quel joueur évoluant dans un championnat majeur. Cette base de données leur a notamment permis de se procurer des joueurs sous-évalués qui deviendront plus tard des stars du football européen. Dejan Lovren, Morgan Schneiderlin ou encore un certain Sadio Mané. Comme pour beaucoup de leurs concurrents, la data est donc devenue primordiale pour les Saints. D’un point de vue sportif mais également financier.

En effet, certaines équipes « low-budget » se sont mis à établir des stratégies afin de générer un maximum de profits via cette révolution technologique. Le principe est simple. Un club se renseigne sur un joueur peu médiatisé, auquel il voit un grand potentiel. Il le recrute pour un petit montant dans le but de le faire évoluer et le revend beaucoup plus cher par la suite. Si le trading de joueur nous éloigne un peu des terrains et se rapproche de plus en plus de l’investissement boursier, cette technique a permis à pas mal de clubs de franchir un cap. C’est notamment ce qui est arrivé à Brentford. Le promu de Premier League est parvenu à monter de division durant deux années consécutives en vendant pour environ 100M€ de joueurs.

Ce principe de business footballistique peut sembler un peu moche et uniquement tourné sur le plan lucratif. Mais il est nécessaire à la survie des petits poucet confrontés aux ogres des grands championnats. « Si nous avions gardé des joueurs comme Gareth Bale, Theo Walcott,… nous serions tout simplement en dehors du business. » explique Mo Gimpel, directeur de la science des performances à Southampton. Pour ces clubs de moyenne zone, la data reste peut-être un des seuls moyens de tenir tête à leurs adversaires. Et de rester compétitif malgré un budget initial inférieur à ces derniers.

Évidemment, les équipes luttant pour le titre dans le big five ne vont donc pas utiliser la data de la même manière que celles qui se battent pour s’y maintenir. Un club comme Manchester City est un des pionniers de l’utilisation des données. Mais ne va pas s’en servir de la même manière que Burnley par exemple. Avec un coach aussi perfectionniste et ambitieux que Pep Guardiola, les Skyblues vont davantage chercher des réponses tactiques. Plutôt que des jeunes cracks évoluant en deuxième division malienne.

Un sujet qui divise

À l’image de nombreuses avancées technologiques, la data fait débat et deux camps se retrouvent opposés. D’un côté, les traditionalistes trouvant que le sport n’a pas à devenir aussi « robotisé ». De l’autre, les avant-gardistes persuadés que la data est le futur du football. Si ces opinions à sens unique sont probablement trop extrêmes pour être totalement vraies, force est de reconnaître qu’elles possèdent toutes deux une part de vérité en elles.

Bien que la data se voit être un outil très précieux, il ne faut pas oublier que les chiffres ne sont pas toujours représentatifs de la réalité. En effet, l’analyse de données n’est pas une solution miracle qui va permettre à son utilisateur de remporter n’importe quelle rencontre. Il est possible que ce qui se passe en match ne colle pas juste avec les analyses. Et heureusement ! En effet, le football n’est pas une science exacte et c’est aussi ce qui en fait sa beauté. Les remontées spectaculaires, les outsiders, les buts inimaginables. Tout un tas d’éléments imprévisibles qui font de ce sport le plus populaire au monde.

Maintenant, la data reste une formidable invention qui une fois bien utilisé peut s’avérer salvatrice. Sans oublier que nous ne sommes qu’au début de cette nouvelle ère dans le football. « On est encore au stade embryonnaire dans son utilisation à grande échelle », souligne Enzo Djebali, recruteur au stade de Reims. « On n’a pas encore exploré toutes les questions foot à laquelle la data serait susceptible de répondre. Les sports US comme le basketball ou le baseball ont des outils qui permettent d’évaluer le potentiel d’intégration d’un joueur dans un style de jeu. Via une note. Le football, lui, n’en est qu’au début des stats avancées. Avec un niveau d’utilisation de la data qui s’apparenterait à ce qu’a connu la NBA au milieu des années 2000 » conclut-il.

Finalement, il serait totalement bête de se priver d’une telle invention. Il ne faut pas non plus que celle-ci devienne l’élément principal du fonctionnement d’un club. Le tout est de trouver un juste milieu. Allier l’humain à la technologie, sans que cette dernière prenne l’avantage sur l’autre.

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