La CAN féminine, entre espoirs et désillusions

nigéria

La prochaine Coupe d’Afrique des nations féminine de football se déroulera au Maroc, du 2 au 23 juillet 2022. Annulée en 2020 en raison de la pandémie du Covid-19, la CAN féminine revient après quatre ans d’absence.  

La seule sélection assurée de participer à ce jour est le Maroc, en tant que pays organisateur. Et pour ce retour, quelques modifications seront apportées. Pour la première fois, la compétition se jouera à douze équipes pour la phase finale au lieu de huit lors des précédentes éditions. Quarante-quatre équipes étaient dans la course pour disputer la CAN, et à l’issue de ce premier tour, vingt-deux sélections disputeront un second tour. Les onze vainqueurs de ce deuxième tour seront qualifiés pour la phase finale du tournoi qui se déroulera donc au Maroc. Ce second tour aura lieu en février 2022.

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Une histoire dominée par les nigérianes

Depuis sa création en 1991, la CAN féminine est survolée par le Nigéria. 52 matchs gagnés et onze éditions remportées sur les treize, voilà le palmarès des Super Falcons. Pour espérer défendre son titre, le Nigéria devra affronter et éliminer la Côte d’Ivoire au mois de février.  

Et pour se faire, le sélectionneur nigérian Randy Waldrum pourra compter sur des joueuses évoluant dans des championnats majeurs. C’est par exemple le cas de Chiamaka Nnadozie, gardienne du Paris FC. La représentation du championnat espagnol sera massive, notamment avec Sisat Oshoala (FC Barcelone) ou encore Rasheedat Ajibade (Atletico Madrid), ainsi que Toni Payne (FC Séville). Ces trois joueuses sont notamment décisives dans les victoires respectives de leurs clubs. Et récemment, c’est Ashleigh Plumptre qui a obtenu le feu vert de la FIFA pour évoluer avec la sélection nigériane. La joueuse de Leicester a notamment été élue joueuse de la saison 2020-2021 de la FA Women’s Championship (D2 anglaise).  

Les Nigérianes sacrées championnes d’Afrique en 2018 pour la onzième fois (Crédit vidéo : Youtube – TV5 Monde)

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De terribles désillusions

En République Démocratique du Congo, le football féminin est au plus mal. Les Léopardes étaient attendues à Malabo pour affronter la Guinée Equatoriale. À l’occasion du premier tour aller des éliminatoires de la CAN féminine. Elle resteront à Kinshasa. L’avion, annoncé par la fédération, n’est finalement jamais venu les chercher. Les joueuses congolaises doivent, après ce forfait, renoncer à jouer la CAN.

« Le football féminin n’a pas d’avenir en RDC. Nous sommes très déçues. Nous étions concentrées pour jouer ce match. Je n’ai rien gagné avec le foot. Je peux tout abandonner. En 14 années, je n’ai rien gagné avec le foot, même pas un peu d’argent pour acheter une parcelle à mes parents. Il vaut mieux que je me marie. »

La vice-capitaine congolaise Dany Hgoy se confie avec tristesse au micro de RFI

Suite à cet incident, des vidéos montrant les Congolaises rentrer à pied, sans aucun moyen de déplacement, circulent sur les réseaux sociaux. Malgré les nombreux efforts fournis par le continent africain pour promouvoir le football féminin, cet événement montre l’ignorance de certains pays pour son développement.

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Annuler pour mieux revenir ?

Suite à la pandémie de Covid-19, la première décision a été prise par la FIFA et la CAF : annuler la CAN féminine, initialement prévue en 2020. Pourtant, le président de la FIFA Gianni Infantino s’y oppose catégoriquement. Il rétorque ceci :

« Nous ne devons pas utiliser le coronavirus pour laisser de côté le football féminin. Il faut au contraire s’en servir pour l’aider, lui qui a un brillant avenir »

À l’occasion du World Football Summit, Gianni Infantino a confirmé que le football féminin était une priorité pour la FIFA

Et plus que des paroles, le président a rappelé lors de cette conférence la création d’un fonds d’un million de dollars pour soutenir un football féminin en peine suite à la pandémie. La FIFA a aussi révélé l’instauration d’une nouvelle compétition féminine : la Ligue des Champions. La vice-présidente du comité d’organisation du football féminin de la CAF, Isha Johansen, déclare à BBC Sport Africa qu’« un rêve est en train de se réaliser » avec cette première compétition made in Africa.

Les tenantes du titre de la Ligue des Champions féminine, les Mamelodi Sundowns Ladies Football Club (Crédit photo : Africa Foot United)

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Quel avenir pour le football féminin africain ?

Malgré les difficultés que connaît la CAN féminine ainsi que sa mise en place, le football féminin en Afrique reste promis à un bel avenir.

« Il ne faut pas non plus qu’un club puisse démarrer un championnat sans une équipe de jeunes et une autre féminine. Si on force les clubs, ils vont trouver des ressources, ils vont se battre »

L’entraîneur de l’équipe du Togo Claude Le Roy appelle les clubs à développer le football féminin

Mais si avenir il y a pour le football féminin africain, il est important de noter que les différences de niveau sont énormes. On peut citer l’exemple de l’Algérie qui a massacré le Soudan (14-0) avec un quadruplé de Naima Bouheni. Ou encore le Kenya, avec son large succès de 8-0 sur le Soudan du Sud ainsi que l’Afrique du Sud, qui n’a pas pris peur devant le Mozambique 7-0. Il faut donc que les clubs et les sélections mettent plus de moyens, matériels et financiers, pour développer le football féminin. Cela permettrait de réduire les inégalités entre les grosses et les petites nations.

Les différences de niveau illustrées sur Twitter.

Et pour cette CAN 2022, nombreuses sont les innovations. Par exemple, les qualifications, qui ont débuté en juin 2021, se déroulent par sous-régions. De plus, pour cette CAN, quarante-quatre équipes étaient engagées, soit vingt-quatre de plus que lors de l’édition 2018. Des chiffres qui ne mentent pas et montrent l’intérêt grandissant pour le football féminin en Afrique.

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Après tous les efforts faits pour enrichir la CAN féminine de 2022, la FIFA a lancé une dernière opportunité. Quatre équipes féminines africaines seront assurées de participer à la Coupe du monde féminine 2023. En effet, le vainqueur, le finaliste et les deux demi-finalistes de cette CAN 2022 seront directement qualifiés pour cette Coupe du monde féminine 2023, qui aura lieu en Australie et en Nouvelle-Zélande. Histoire de donner de l’intérêt. Pour un football en quête de visibilité.

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