La Guinée-Bissau, en route pour l’exploit ?

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Au bord de l’élimination après seulement deux matchs, la Guinée-Bissau est condamnée à l’exploit pour survivre dans cette CAN 2021. Face au leader incontesté du groupe D, le Nigeria, les Djurtus (ou Lycaons) devront sortir le match de leur vie. Focus sur cette sélection lusophone dont les meilleurs éléments proviennent de notre chère Ligue 1.

Présente en phases finales de la CAN depuis l’édition 2017, la Guinée-Bissau n’est jamais parvenue à franchir l’épreuve des groupes, terminant deux fois de suite à la quatrième place. Pour valider son billet pour cette édition, la sélection bissau-guinéenne a dû serrer les dents. Avec seulement trois points pris à deux journées de la fin, elle s’impose finalement contre l’Eswatini (3-1) puis contre le Congo (3-0) et coiffe sur le poteau les Congolais. Une remontée fantastique qui laisse entrevoir de belles choses à l’approche de la CAN 2021. C’est l’occasion de quitter le rôle de « petite nation » qui ne pèse pas dans les débats et de forger sa réputation. L’objectif est clair : terminer au moins parmi les meilleurs troisièmes et se qualifier pour les huitièmes de finale.

Une entrée délicate dans la compétition…

Le 17 août dernier, le tirage au sort plaçait les Bissau-Guinéens dans le groupe du Nigeria et de l’Égypte, deux mastodontes du foot africain, et du Soudan, plus abordable sur le papier. On se doutait alors que ce premier tour allait être très compliqué pour eux. La première échéance contre les Soudanais apparaît déjà comme crucial pour l’avenir de la sélection. Dans un match soporifique, les Lycaons sont tenus en échec (0-0) et réduisent déjà fortement leurs chances de survie. Il y aura des regrets au regard des occasions manquées : un poteau trouvé par Joseph Mendes (16e), mais surtout un penalty de Pelé, repoussé par le gardien sur Piqueti qui fracassait la barre (79e). Malgré une nette domination, la Guinée-Bissau ne parviendra jamais à trouver la faille.

Le résumé vidéo de ce Soudan – Guinée-Bissau (crédit vidéo : beIN SPORTS)

Déjà privé de six de ses joueurs positifs au Covid-19, le sélectionneur Baciro Candé doit absolument trouver la solution pour tenir tête à l’Égypte quatre jours plus tard. Face à Mohamed Salah et ses Pharaons, les Bissau-Guinéens font le dos rond pendant une bonne partie du match. Jonas Mendes était d’abord sauvé à deux reprises par son poteau mais doit s’incliner à la 69e minute sur une volée signée Salah (1-0). La réussite escortera de nouveau le capitaine de la sélection quelques minutes plus tard : son montant vient encore une fois repousser une tentative égyptienne. Mais le match bascule à la 82e minute. L’attaquant de l’ESTAC Mama Baldé élimine un premier adversaire, crochète Salah et enchaîne avec une frappe puissante : but. La Guinée-Bissau exulte, mais la VAR vient s’en mêler. Une faute au début de l’action contraint l’arbitre à annuler ce splendide but.

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Après deux journées disputées, c’est donc devenu mission quasi impossible pour les Lycaons. Ils n’ont plus le choix : une victoire face aux Super Eagles ou rien. Le Nigeria est déjà assuré d’être qualifié, et a fait le plein de confiance jusqu’ici : victoires 1-0 dans le choc avec l’Égypte puis 3-1 contre le Soudan. Ce choc, qui fait office de finale, semble terriblement déséquilibré. Mais la Guinée-Bissau l’a déjà prouvé, elle sait réagir quand elle est dos au mur. Alors, quels sont les atouts qui pourraient lui permettre de créer la sensation ?

Une forte identité portugaise

À l’inverse de certains pays comme l’Éthiopie, l’effectif bissau-guinéen ne comporte aucun joueur évoluant dans le championnat local. Mais les Djurtus ne sont pas pour autant éparpillés partout dans le monde. L’équipe comporte une véritable colonne vertébrale de joueurs provenant du Portugal. Onze joueurs sur les vingt-cinq sélectionnés jouent parmi les trois premières divisions portugaises. Neuf autres ont auparavant connu un club lusitanien. Une culture commune qui ne peut que renforcer le collectif de la sélection.

Le vétéran Jonas Mendes a connu sept clubs portugais au cours de sa carrière (crédit photo : GOAL)

Évidemment, ces liens multiples avec le Portugal n’arrivent pas de nulle part. Nation lusophone, la Guinée-Bissau porte aujourd’hui l’héritage de plus d’un siècle de colonisation. Entre 1841 et 1974, les Portugais avaient fait de ce territoire d’environ 36 000 km² une colonie puis une province d’outre-mer. Après avoir obtenu son indépendance, la Guinée-Bissau a continué d’entretenir des relations avec le Portugal. Depuis, des milliers de Bissau-Guinéens ont rejoint les terres portugaises. Cette émigration a des conséquences bénéfiques du point de vue footballistique.

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Les nombreux joueurs binationaux peuvent ainsi profiter des structures de qualité des clubs portugais et s’aguerrir parmi les sélections jeunes. Certains découvriront même la Seleção, comme ce fut le cas pour Danilo Pereira ou Éder. Pour ceux qui ne parviennent pas à franchir l’étape entre les espoirs et l’équipe A, la Guinée-Bissau apparaît alors comme une alternative logique. Cela a permis aux Lycaons de « récupérer » de très bons éléments comme Pelé (pas le Brésilien, dommage), Piqueti ou encore Moreto Cassamá. Comme leurs homologues du Cap-Vert, la sélection repose donc sur une majorité de joueurs possédant la nationalité portugaise.

La France : fournisseur officiel de la Guinée-Bissau

En parallèle de ce collectif made in Portugal, les meilleurs éléments du groupe évoluent dans notre bonne vieille Ligue 1. Ils sont même six à jouer en France puisque l’on recense deux Bissau-Guinéens en Ligue 2 (Steve Ambri et Joseph Mendes) et un autre en National (Opa Sangante). Mais c’est bien sûr le trio Mama Baldé – Moreto Cassamá – Pelé qui attire l’œil. Le premier, incontournable à Dijon puis à Troyes, est l’un des dynamiteurs de l’équipe. Le second s’est petit à petit fait une place dans l’entrejeu rémois. A contrario, le troisième est aux oubliettes en Principauté et son manque de temps de jeu pourrait peser sur le jeu de la Guinée-Bissau.

Mama Baldé entame sa troisième saison en Ligue 1, la première sous le maillot troyen (crédit photo : Teczowidomek)

Revenons sur le cas Mama Baldé. L’attaquant troyen est l’arme fatale des Djurtus et sera scruté avec insistance par les Nigérians. Pour l’instant muette, l’attaque bissau-guinéenne pourrait bien se réveiller grâce à cet homme. Polyvalent, le natif de Bissau peut évoluer en pointe, comme ce fut le cas face à l’Égypte, mais préfère se placer sur une aile pour mieux exploiter ses qualités. Fin dribbleur, rapide, puissant et percutant, il a déjà trouvé le chemin des filets à dix-sept reprises depuis son arrivée en France. En revanche, son premier but en sélection se fait toujours attendre, celui contre l’Égypte ayant été annulé. Sera-t-il capable de débloquer son compteur personnel au meilleur des moments ?

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Au milieu, Moreto Cassamá est devenu le maître à jouer de cette équipe. Aujourd’hui indispensable, le Rémois aurait pu ne jamais jouer sous les couleurs de la Guinée-Bissau. Durant sa formation au Sporting puis à Porto, il n’a jamais manqué les sélections jeunes du Portugal, des U15 aux U19. Mais il fait partie de ces joueurs bénéficiant de leur binationalité pour poursuivre leur carrière internationale vers d’autres horizons. Cela fait le bonheur de la Guinée-Bissau, qui espérait l’associer lors de cette CAN au Monégasque Pelé. Malheureusement, le milieu défensif de trente ans n’a pas disputé la moindre minute depuis le début de saison et ne débarque pas dans les meilleures conditions. Les doutes à son sujet ont été confirmés par son penalty très mal tiré face au Soudan, qui a convaincu son sélectionneur de le laisser sur le banc contre l’Égypte.

Des chances de qualifications quasi nulles

Ce bilan semble donc plutôt contrasté. Certes, la Guinée-Bissau pourra compter sur quelques individualités pour faire la différence comme Mama Baldé et Moreto Cassamá. D’autres bons joueurs pourront aussi animer un secteur offensif bien fourni. Piqueti, qui évolue à Al Shoalah en Arabie Saoudite, le Sochalien Steve Ambri ou encore le Niortais Joseph Mendes sont candidats à une place de titulaire. Mais d’un autre côté, la défense manque cruellement d’expérience et le milieu ne peut pas compter sur un Pelé au top de sa forme. Face au Nigeria, la marche sera peut-être trop haute.

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Les chances de qualification sont donc très faibles pour la Guinée-Bissau, qui ne pourra pas se contenter d’un match nul. Pour figurer parmi les meilleurs troisièmes, deux points ne suffiraient pas au vu des performances des concurrents. Le Cap-Vert ou le Malawi seront par exemple repêchés au tour suivant avec leurs quatre points. Cela complique donc encore davantage la tâche pour les Lycaons, qui doivent absolument l’emporter face à l’adversaire le plus coriace de leur groupe. Le nul face au Soudan aura été problématique car avec deux points de plus, ce n’était plus la même affaire.

Faut-il pour autant déjà condamner la Guinée-Bissau ? Bien évidemment que non, car le football est loin d’être une science exacte. La preuve en est avec l’Algérie, grande favorite à sa propre succession et déjà au bord de l’élimination. Mama Baldé et les siens le savent, l’épreuve qui les attend est probablement la plus difficile qu’ils n’aient jamais eu à affronter. Mais elle est aussi la plus belle. Car une victoire serait à la fois un succès prestigieux et historique pour cette sélection en quête d’exploit. Guinée-Bissau – Nigeria, c’est à 20 heures. Et s’il y a un match à ne pas manquer, c’est bien celui-là.

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