Saïd Benrahma : quand la défaite se transforme en succès

Brentford v Wigan Athletic Sky Bet Championship Said Benrahma of Brentford celebrates scoring his sides first goal against Wigan Athletic during the Sky Bet Championship match at Griffin Park, London PUBLICATIONxNOTxINxUKxCHN Copyright: xMarkxChapmanx FIL-14387-0003
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Si son nom ne résonne pas encore comme celui d’une star du ballon rond, son talent, lui, ne laisse personne indifférent. Que ce soit en Premier League ou encore plus modestement en National, tous sont tombés sous le charme de Saïd Benrahma. Enfin, tous sauf peut-être l’OGC Nice.

En novembre 2016, la réserve de Nice affronte l’US Colomiers à l’occasion de la 10ème journée de CFA (National 2, NDLR). Si ce match semble banal voire anecdotique pour n’importe qui sur cette planète, une personne le voit d’une toute autre manière. Saïd Benrahma, contraint de jouer pour l’équipe B des Aiglons sous l’obligation de Lucien Favre, est déterminé à montrer que le technicien suisse se trompe sur son compte. Face à son club formateur, l’attaquant algérien vient alors inscrire son petit but traditionnel. Par la suite, il invitera le staff de son ancienne équipe à venir boire le thé chez sa maman. Une situation qui résume parfaitement le personnage. Entre échecs, talent, détermination et famille, bienvenue chez monsieur Saïd !

Des échecs à répétitions

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Saïd Benrahma sous la tunique de l’OGC Nice, un combo loin d’être gagnant (crédit image : Foot01)

Au-delà des dribbles et de ses buts, ce qui rend Saïd Benrahma si attachant reste certainement son parcours atypique. Depuis petit, Saïd a vécu les déménagements, la séparation de sa famille, mais surtout… les échecs. En effet, malgré son surnom de « Messi Algérien », l’attaquant de West Ham n’a pas toujours connu les éloges et la reconnaissance dans sa carrière. Pourtant, tout avait très bien commencé. Recruté par l’OGC Nice dès ses 18 ans, le natif d’Aïn Témouchent s’est vu dérouler le tapis rouge pour un début de carrière professionnelle.

Mais, si porter les survêtements rouge et noir lors des séances d’entraînements est bien beau, faire partie du onze titulaire les jours de matchs est une autre paire de manches. En effet, malgré un potentiel visible de tous, le jeune ailier gauche ne parviendra jamais à gagner la confiance de Claude Puel. Même avec toute la bonne volonté du monde et quelques apparitions intéressantes en Ligue 1. L’arrivée d’un certain Hatem Ben Arfa sur la Côte d’Azur vient réduire à néant tout espoir de temps de jeu pour Saïd.

Frappé par le désintérêt des dirigeants niçois à son égard, le futur international algérien va partir découvrir la France à travers de multiples prêts. Angers, Colomiers ou encore Châteauroux, Benrahma impressionne et marque ceux qu’il croise sur son chemin. Sur le terrain ou en dehors, tous tombent sous le charme d’un garçon « un peu bout en train, adepte du chambrage mais toujours prêt à servir » comme le décrit Fabrice Dubois, ancien responsable de la formation à Colomiers.

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Suite à de longs mois remplis de doutes et de remises en question, la roue va finalement tourner pour Saïd Benrahma. À 22 ans, il est envoyé en Ligue 2 à la Berrichonne de Châteauroux. Un épisode qu’il juge déjà comme être son ultime chance dans le monde professionnel. « Quand je suis envoyé à Châteauroux en 2017, je me dis que si ça ne marche pas là-bas alors c’est fini pour moi » explique l’attaquant au média anglophone Gaffer. Heureusement, c’est avec cette épée de Damoclès au-dessus de la tête que l’attaquant algérien signera sa meilleure saison. Auteur de douze buts ainsi que de cinq passes décisives en l’espace de trente-quatre matchs. La carrière de l’éternel espoir semble enfin lancée.

Si ce retour soudain au succès peut être vu comme un simple coup de chance, c’est en réalité bien plus que cela. Malgré de nombreux échecs, Saïd Benrahma n’a jamais abandonné son rêve. Et s’est toujours relevé quand la situation l’exigeait. « Rater, ça peut arriver. Mais personnellement, j’essaie toujours de continuer. Encore une fois, c’est ce qui fait le joueur que je suis. Est-ce que j’ai dû me blinder mentalement ? Pas forcément, en fait. Je suis comme ça. J’ai toujours cherché à être heureux sur le terrain, tout simplement. » Une réponse simple et humble. À l’image du personnage qui continuera, lui, à gravir petit à petit les échelons.

Le petit prince de Londres

Après des buts empilés et une confiance retrouvée, la carrière de Saïd Benrahma est enfin relancée. À la suite de son bon passage en région Val-de-Loire, un choix s’offre au jeune attaquant. Retourner à Nice pour essayer d’enfin s’y imposer ? Ou alors traverser la manche pour rejoindre l’ambitieux club de Brentford en deuxième division anglaise ? Pour Saïd, la réponse est déjà toute trouvée. Il est hors de question de renouer les erreurs du passé. Cap sur l’Angleterre !

Pour la modique somme de deux millions d’euros, les Bees s’offrent donc un joueur talentueux. Mais avant tout un garçon déterminé à mouiller le maillot pour réussir. Soucieux de faire bonne impression dès le début de son aventure sous ses nouvelles couleurs, Saïd ne fera pas dans la demi-mesure. Dix buts et quatorze passes décisives lors de la saison 2018/2019, l’Algérien fait lever les foules de Championship. Il est vu par de nombreux observateurs comme la prochaine pépite du football anglais.

Intelligence, technicité, efficacité, trois mots qui résument parfaitement le passage de Benrahma à Brentford (crédit vidéo : YouTube Brentford FC)

Avec ce nouveau statut engrangé, la pression monte sur le dos du numéro 10. Désormais tout le monde l’attend au tournant. Mais progressivement, Saïd Benrahma fera taire les derniers sceptiques à son égard. Et réalisera la saison la plus aboutie de sa carrière en 2019/2020. Plus les jours passent sur la capitale londonienne, plus le talent de l’ancien niçois commence à faire parler de lui. C’est à partir de ce moment-là que de nombreuses équipes commencent à s’intéresser à son profil. Parmi les plus grands noms des cinq grands championnats, un club vient tout particulièrement piquer l’attention du principal intéressé : West Ham.

Un club honnête et historique où Saïd vit un rêve éveillé depuis maintenant un peu moins de deux ans. En effet, au fil du temps, le jeune fennec a prouvé qu’il était capable de réussir au plus haut-niveau. Et aujourd’hui, celui que tout le monde rejetait il y a quelques années, a su se faire un nom. Dans le plus grand championnat au monde. Une véritable fierté pour lui, mais surtout un beau motif d’espoir pour tous ceux que la vie n’a pas gâtée. « Je suis heureux. Je suis en Premier League et je vais essayer de rester ici le plus longtemps possible. Vous devez croire en vos rêves. Car si vous ne croyez pas en vous-même, qui le fera ? » déclarait-il au Gaffer.

La famille d’abord

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Saïd Benrahma arborant un t-shirt en l’hommage de son père décédé (crédit image : Daily Mail)

Cette mentalité de vainqueur et cette envie de toujours donner le meilleur de lui-même, Saïd la tient de ses proches. Une famille qui l’a toujours accompagné dans son projet et dont il est fort reconnaissant. « Mes parents, ma mère et mon père, ce sont ceux qui m’ont transmis la culture. Que ce soit dans le football ou d’un aspect plus général. Ils sont si importants pour moi. Ils se sont tous les deux sacrifiés pour moi et on suivit mes progrès depuis que je suis tout petit. Ce sont eux qui m’amenaient aux matchs, ils m’ont toujours encouragé et m’ont donné leur force. Ce sont mes héros. » confie t-il au Gaffer.

Après de telles déclarations, on ne peut imaginer la souffrance qu’a du encourir Saïd lors de la disparition de son père en janvier 2020. « Il était parfait. C’était un réel exemple pour moi. Chaque jour, je pense à lui et c’est dur. C’est compliqué car il m’a tellement donné. Il savait comment me parler et personne n’est meilleur que lui mis à part ma mère. » Pour lui rendre hommage, l’attaquant algérien n’a d’ailleurs pas hésité à troquer son numéro 30 pour le 22. Un nombre qui tenait tout particulièrement à son paternel. « C’est le numéro de mon père. Il a toujours voulu que je joue avec ce numéro sur le dos. Je voulais lui rendre hommage. Et maintenant je peux le faire à chaque match puisque je porterai ce numéro. »

https://www.youtube.com/watch?v=v50qiDqj2I0
Saïd Benrahma vient donner son maillot à sa mère en tribune (crédit vidéo : YouTube Bein Sport Dz)

Heureusement, pour surmonter cette épreuve, le petit Saïd a pu compter sur le soutien de sa mère. Elle, qui a toujours été là pour lui et qui l’accompagne dans toutes les étapes de sa vie. Pour les habitués du London Stadium, il n’est d’ailleurs pas rare de croiser madame Benrahma sillonnant les tribunes tel une vraie fan des Hammers ou plutôt… comme une réelle supportrice de leur numéro 22.

Viva l’Algérie

Saïd Benrahma affrontant la RDC avec l’équipe nationale algérienne (crédit image : Fennec football)

Au-delà de sa famille, Saïd Benrahma est un véritable amoureux du football. Un sport qu’il a d’abord connu pieds nus, sur les terrains vagues d’Ain Temouchent, dans son Algérie natale. Friand de dribbles, d’accélérations et de gestes techniques en tout genre, il s’identifie dès son plus jeune âge à ce qu’on pourrait appeler « la philosophie algérienne ». « Dans ce pays, on aime la créativité. Nous adorons les joueurs techniques. Tu peux courir quinze kilomètres, avoir une mentalité exemplaire, si tu ne sais pas contrôler une passe ou mettre un petit-pont, tu peux oublier le football. » explique t-il en interview.

Malgré son déménagement vers la France à l’âge de 11 ans, Benrahma a toujours gardé cette identité de jeu en lui. Une élégance et une efficacité sur le terrain qui lui ouvrira les portes de la sélection nationale en octobre 2015. À 19 ans seulement, l’ailier est convoqué par Christian Gourcuff ou il grappillera quelques minutes de temps de jeu face au prestigieux Sénégal de Sadio Mané. La victoire dans la poche et un rêve réalisé, Saïd rentre à Nice des étoiles pleins les yeux. « J’ai eu de belles choses dans ma carrière mais jouer pour mon pays… Tu ne peux pas t’imaginer » raconte-il dans un entretien vidéo sur le site de West Ham.

Aujourd’hui, les rêves sont devenus souvenirs du passé et la réalité est, elle, bien moins belle. En effet, malgré toute sa bonne volonté, le numéro 22 éprouve actuellement quelques difficultés à s’imposer chez les Fennecs. Avec quinze sélections au compteur et un petit but inscrit contre Djibouti depuis 2015, le bilan est loin d’être satisfaisant pour Saïd Benrahma. Pourtant, les supporters continuent de croire en lui et ne doutent en aucun cas de son talent. Avec l’armada offensive que possède Djamel Belmadi en sa possession, il va falloir que la pépite de West Ham redouble d’efforts s’il veut davantage devenir un élément indispensable du onze algérien. « Saïd a les qualités pour s’imposer en sélection nationale, seulement, il y a des étapes à franchir. (…) En équipe nationale, c’est un process, il faut du temps. Je n’ai aucune inquiétude pour lui. » expliquait récemment le sélectionneur des Fennecs en conférence de presse.

Avec le soutien de son entraîneur, des supporters et de sa famille, il n’y a aucune raison que Saïd ne réussisse pas. Et puis, ce n’est pas comme si c’était la première difficulté qu’il rencontrait sur son chemin… Un chemin rempli d’embûches où Saïd Benrahma finit toujours par ressortir victorieux.

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