Ibrahima Koné, le Lukaku malien

La CAN a souvent été le théâtre idoine permettant au football africain et international de découvrir les joueurs majeurs de l’Afrique de demain. Cette version 2021 ne déroge pas à la règle. Un joueur fait peu à peu parler de lui dans son pays et à la face du football africain : Ibrahima Koné

C’est un nom encore méconnu d’une grande majorité des amateurs de football mais assurément un patronyme qu’ils apprendront bientôt à connaître. En effet, l’attaquant des Aigles du Mali vit sur un petit nuage depuis bientôt un an. Que ce soit en club ou en sélection. Étape par étape, le natif de Bamako s’impose comme une référence à son poste en sélection. Il a prouvé au début de la CAN que cette prétention n’est pas usurpée. Zoom sur celui que l’on appelle le « Lukaku malien ».

Une révélation précoce au Mali

Une position d’incontournable du onze de Mohamed Magassouba acquise après un parcours aussi progressif qu’original. Point d’éclosion rapide et fantasque de la part d’un joueur qui, du haut de ses 22 ans, a toujours su attendre son heure. Progresser à son rythme. Pourtant, durant son adolescence, le jeune Malien a su détonner par son talent et sa précocité. Et ce, dans un Bamako fourmillant de talents aussi variés les uns que les autres. Si son physique le distingue rapidement des autres joueurs de son âge, son sens du but attire l’oeil. Il se dévoile aux yeux de tous très rapidement malgré une technique encore assez rudimentaire et brouillonne.

Le jeune Ibrahima Koné durant sa première saison avec les professionnels lors de la saison 2015-2016. (Crédit image : planetesportsmali.com)

Il commence sa jeune carrière de footballeur au COB (Club Olympique de Bamako) en 2013. Koné se place immédiatement à la pointe des équipes jeunes des Vert et Blanc. L’année suivante, toujours en fer de lance de l’attaque, il devient champion de la catégorie des minimes de la Ligue du District de Bamako. Il remporte de surcroît le titre de meilleur buteur. Il enchaîne la saison d’après en devenant champion des cadets tout en confirmant ses talents de buteur. Le voilà alors à 16 ans auréolé d’un statut de grand espoir du football malien. Il est désormais aux portes de l’équipe professionnelle, participant déjà à certains entraînements en fin de saison.

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Ainsi « Bouraba » comme l’appellent les supporters, commence la saison 2015-2016 dans l’équipe première pour ne plus jamais la quitter. L’entraîneur Sékou Seck «Baco» croit beaucoup dans les qualités du jeune homme pour apporter un souffle nouveau à son attaque. Notamment grâce à son physique permettant grâce à sa couverture de balle la remontée du bloc équipe du COB. Ne tremblant pas, Koné s’impose d’emblée dans un collectif fait pour lui. Il inscrit pas moins de neuf buts en championnat, terminant co-meilleur buteur avec Hamidou Sinayoko, le talentueux buteur du Djoliba AC. Dès lors commence la cohue des agents, proches et autres flatteurs voyant dans le jeune Koné une opportunité. Bientôt viennent alors bourdonner les airs langoureux de l’exil et les regards tournés vers une seule destination : l’Europe.

Le rêve européen de Koné

Il délaisse définitivement les projets de longues études espérés par ses parents. Koné embarque en Europe et plus particulièrement au Portugal où Braga l’accueille en essai. Là-bas, le jeune Malien va montrer de belles choses notamment en finition et en placement. Pourtant le club portugais ne donne pas suite et ne propose pas le contrat tant espéré par le clan Koné. Lui est reproché notamment un manque d’explosivité et d’intensité. De retour au Mali, il ronge son frein pendant quelques mois entre déception et désillusion. Cependant il voit bientôt arriver une offre aussi originale qu’inattendu venant de la Scandinavie et plus particulièrement de la Norvège.

Contacté par des intermédiaires du joueur malien, le FK Haugesund lui propose de rejoindre le groupe durant l’avant-saison pour évaluer ses qualités. Une chance peut-être ultime pour l’enfant de Bamako de rejoindre l’Europe. Koné n’a pas froid aux yeux dans les pays où les fjords sont rois. Il impressionne l’entraîneur du club Eirik Horneland qui pousse auprès de Thomas Bernsten, directeur sportif du club, pour signer ce jeune espoir malien aux allures de bonne affaire. À 19 ans, Koné signait alors au FKH avec l’envie de prouver loin des terrains maliens.

Une première expérience européenne mitigée pour Ibrahima Koné. (Crédit image : footballdatabase.eu)

Recruté pour son placement et sa finition au-dessus de la moyenne, le buteur doit alors passer par une phase d’adaptation assez longue et difficile. De surcroît pour un jeune Malien éloigné de tous les repères environnementaux et culturels qu’il a connus jusqu’alors. Sa première saison est globalement décevante. Il ne marque que deux buts en 27 matchs. Éprouvant des difficultés à s’adapter au caractère rugueux et rapide du football norvégien. L’année suivante est plus convaincante au niveau comptable avec sept réalisations en 21 rencontres. Le public norvégien commence à voir poindre les qualités du jeune Koné.

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Pourtant les dirigeants du FKH s’impatientent et perdent peu à peu confiance dans la capacité de Koné de s’adapter au rythme de l’Eliteserien. De ce fait, ils le prêtent en fin de saison en Turquie, au Adana Demirspor, évoluant alors en Seconde Division. Un exil vécut comme une injustice mais qui a le mérite de sceller l’avenir proche de Koné au FKH. Traversant son expérience turque telle une ombre où il ne jouera que cinq matchs et l’équivalent de 44 minutes, Koné revient pour la deuxième partie de saison avec les Araberne. Il marque trois buts dont un en qualification d’Europa League. Pourtant là encore la sortie lui est indiquée, faisant revenir les nuages pesants de l’incertitude pour un joueur encore jeune et désireux encore de prouver.

Koné montrant les défenses qu’il veut martyriser sous les couleurs de Sarpsborg. (Crédit image : eurosport.no)

Un club saisit alors l’opportunité et va alors lui faire confiance, le Sarpsborg 08. Croyant encore dans le potentiel de Koné, le club norvégien se distingue alors pour faire confiance aux jeunes et notamment de jeunes Africains. Un cadre semble-t-il idéal pour permettre à Koné de se relancer. Le jeune homme en est alors pleinement conscient et travaille physiquement prenant entre cinq et dix kilos de muscles. Un travail qui paye assez rapidement s’installant rapidement comme titulaire à la pointe de l’attaque des Bleu et Blanc. Une acclimatation que l’intéressé décrira bien en conférence de presse : « Il m’a fallu du temps pour appréhender le football norvégien, mais j’ai finalement su l’assimiler. Les courses, l’intensité physique, c’est ce que j’ai eu du mal à apprendre. Aujourd’hui, physiquement, je suis devenu un autre joueur. »

Ibrahima Koné, fer de lance du Mali

Une analyse confirmée par les faits. Koné marque onze buts en trente matchs pour sa première saison à Sarpsborg dont un quadruplé contre Sandefjord. Épanoui dans un collectif tournant autour de ses qualités de jeu, son efficacité dans la surface est redoutable. Ainsi dix de ses onze buts ont été marqués dans la surface de réparation. S’imposant peu à peu comme une référence à son poste en Eliteserien, son grand gabarit et son style de jeu lui valent bientôt le surnom de « Malisk Lukaku » : le Lukaku malien. Une réputation naissante qui parvient rapidement aux oreilles du sélectionneur national, Mohamed Magassouba…

Dans une attaque malienne orpheline de Moussa Marega, l’apport de Koné à la pointe de l’attaque des Aigles sonne comme un vent de renouveau. Toujours surveillé par le sélectionneur depuis son départ du Mali, Koné bénéficie de la confiance de son coach. Celui-ci veut compter sur ses qualités physiques et de finition pour relancer une attaque malienne appauvrie et moribonde. Et ses débuts en sélection sont tonitruants, avec pas moins de dix buts en huit matchs. Dont un triplé retentissant contre le Kenya en troisième journée des éliminatoires du Mondial 2022, le 7 octobre dernier, lors de sa troisième sélection et pour, en plus, ses trois premiers buts en sélection. Il devient alors le premier footballeur malien à réussir un tel exploit en éliminatoires de la Coupe du Monde.

Ibrahima Koné, le nouvel homme fort de l’attaque malienne. (Crédit image : sportnewsafrica.com)

Il s’impose alors peu à peu comme l’un des hommes forts de la sélection. Le tout, avant une CAN que le peuple attend de pied ferme. Une destinée qui n’étonne guère son ancien entraîneur au CO Bamako, Joesph Senghor : « Il a toutes les qualités pour devenir un grand attaquant. Au COB, tout le monde l’appelait par le sobriquet Bouraba. S’il continue sur la même lancée, il ne tardera pas à aller dans l’un des cinq grands championnats européens». Une vision vite concrétisée ?

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En effet, on ne pourra pas accuser l’ancien entraîneur de l’AS Douanes d’avoir un destin de Cassandre. Confirmant ses bonnes prestations avec trois buts lors d’une CAN camerounaise stoppée nette en huitièmes de finale pour le Mali, Koné voit poindre l’intérêt de plus en plus en insistant de clubs d’Europe de l’Ouest et plus particulièrement en France et en Belgique, où son profil est fort apprécié.

Ainsi le Club de Bruges, Anderlecht ou encore Ostende ont coché son nom sur leurs listes mais aussi le FC Nantes et le FC Lorient. Pourtant celui qui termina à la seconde place du classement du joueur malien 2021 derrière Amadou Haïdara n’est pas encore parti. Son club Sarpsborg 08 ne souhaitant pas encore laisser partir un talent encore à polir et capable d’apporter encore au club dans la course à l’Europe. Néanmoins, un prix de minimum 5M d’euros pourrait faire réfléchir les dirigeants norvégiens. Le prix de la liberté pour un Koné reconnaissant envers son club et ne souhaitant malgré tout pas griller les étapes.

Devenant référence en Norvège, Ibrahima Koné est grandement sollicité. Bientôt en Belgique ou en France ? (Crédit image: Compte YouTube Football Talent)

S’imposant en club et en sélection, gagnant en régularité, Ibrahima Koné confirme les espoirs placés en lui. Et si l’enfant de Bamako a encore beaucoup à apprendre il est certain que sa destinée ira au-delà des rivages blancs norvégiens pour atteindre un nouveau statut. Celui de référence dans un championnat du Top 5. En tout cas, « avec lui, l’espoir est permis » comme dirait son sélectionneur Mohamed Magassouba.

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