Burkina Faso : Les Étalons au galop

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Un seul match perdu lors des phases de groupes et qualifié pour les quarts de finale après leur victoire face au Gabon : tel est le résumé de ce début de Coupe d’Afrique des Nations pour le Burkina Faso.

C’est dans un contexte difficile que les joueurs burkinabés ont réussi à éliminer le Gabon, aux tirs aux buts, le dimanche 23 janvier. Mais ce n’est pas un exploit. C’est en effet la douzième participation des Étalons à la phase finale de la Coupe d’Afrique, dont une finale disputée en 2013. Pourtant, ils sont de retour avec de grandes ambitions après cinq ans d’absence.

Un contexte politique très compliqué

Depuis 2015, le Burkina Faso est confronté tous les jours à des violences djiadistes et des attaques terroristes. Mais lundi 24 janvier, des soldats qui faisaient depuis plusieurs jours des actes de mutinerie, annoncent un coup d’Etat. Dès le matin, des centaines de manifestants se sont réunis dans la rue pour soutenir les putschistes. Partout, on pouvait entendre « Vive l’armée ! », « Le peuple a gagné ! ».

« On a des messages de nos familles qui nous disent de rester concentrés, qu’il faut essayer de procurer de l’émotion et de la joie aux gens mais c’est compliqué. On a ressenti après le match que quelque chose de grave se passe dans le pays. »

Le défenseur Steeve Yago reconnaît qu’il est difficile de rester concentré sur la CAN quand sa famille reste au pays.

Dans ce contexte difficile, la CAN est l’échappatoire. Elle est un moyen d’oublier ce qui se passe au quotidien des Burkinabés depuis ces années. Le gardien Hervé Koffi a sa famille au pays. Pourtant, il ne se laisse pas déstabiliser, bien au contraire : « Si on remporte cette CAN, on apporte de la joie dans le cœur de nos supporters. Et ils se diront peut-être qu’il faut déposer les armes, oublier tout ça et vivre ensemble ».

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La star, Bertrand Traoré

Ancien joueur de l’Olympique Lyonnais, Bertrand Traoré est un attaquant reconnu et apprécié mais critiqué pour son irrégularité. D’abord testé positif au COVID-19, Traoré a manqué le match contre le Cap-Vert. Pour la cinquième CAN de sa carrière, il est de retour après s’être rétabli. Il a d’ailleurs très largement participé à la qualification du Burkina Faso contre le Gabon. Néanmoins, les performances de l’attaquant d’Aston Villa partagent.

L’ancien capitaine, Charles Kaboré, se retrouve sans club depuis son départ du Dynamo Moscou (Russie) en juin dernier. Le sélectionneur Kamou Malo ne l’a donc pas convoqué pour cette CAN. En son absence, c’est Traoré qui récupère le brassard. Son ancien entraîneur Rudi Garcia se réjouit : « C’est une responsabilité qui ne peut lui faire que du bien et qui peut l’aider à franchir un cap supplémentaire ».

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Aujourd’hui, Bertrand Traoré est devenu le leader de la sélection burkinabée. Au total, Traoré compte 58 sélections avec les Étalons, et a inscrit 11 buts en sélection nationale A. Il a également porté les maillots de très grands clubs européens tels que Chelsea, l’Ajax, ou l’Olympique Lyonnais. Pourtant, ses prestations laissent les supporters déçus.

« On l’a vu aussi traîner des pieds, manquer d’engagement, et cela peut devenir agaçant, car il a vraiment beaucoup de talent »

Un supporter des Étalons se dit déçu de Traoré, malgré ses capacités.
Bertrand Traoré arborant le brassard de capitaine de la sélection burkinabée (Crédit photo : Icon Sport).

Des joueurs talentueux malgré certaines absences

Annoncé comme le joueur à suivre de la sélection du Burkina Faso, Lassina Traoré s’est gravement blessé au genou avec le Shakhtar. Le sélectionneur Kamou Malo a donc dû revoir ses plans. A sa place, le jeune Djibril Ouattara. L’avant-centre de l’Olympique Safi (Maroc) avait notamment été titulaire lors du match contre l’Algérie (2-2) pour les qualifications de la Coupe du Monde. L’entraîneur n’a pas fait appel à Alain Traoré, le frère de Bertrand. Il a aussi dû prendre en compte la retraite de Jonathan Pitroipa, un joueur historique de la sélection.

La cohésion d’équipe visible sur les photos des Etalons.

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Kamou Malo pourra aussi s’appuyer sur la pépite de 20 ans Abdoul Tapsoba, joueur du Standard de Liège. C’est d’ailleurs lui qui avait qualifié le Burkina Faso pour les huitièmes de finale. Malgré ses performances, il a lui aussi échoué lors du huitième tir au but contre le Gabon. Durant cette CAN, Malo compte également sur Issa Kaboré, joueur de Ligue 1 (ESTAC Troyes, en prêt de Manchester City).

Une école de football pour l’avenir de la sélection

A Ouagadougou, capitale du Burkina Faso, une école de football de la seconde chance a été créée. Une cinquantaine de jeunes, de quatorze à dix-huit ans, qui ont tous le même rêve. Pendant trois ans, ces élèves défavorisés sont formés pour avoir l’opportunité de devenir footballeur professionnel dans un club reconnu.

« On nous amène des adolescents qui sont dans des situations très difficiles. Ils sont orphelins, enfants des rues déscolarisés. On leur fait passer des tests de football et on les recrute »

Le directeur du Centre, Ousmane Kaboré, est un ancien footballeur et chef du protocole d’Etat.

Si l’école permet une grande pratique sportive, l’enseignement scolaire reste capital. Elle permet notamment d’obtenir un diplôme, le Certificat d’Ecole Primaire (CEP). Le centre de formation favorise aussi l’insertion professionnelle des jeunes. Durant ces trois années, les élèves alternent entre les cours et les matchs de football, avec deux entraînements par jour. Un moyen aussi pour l’équipe nationale de repérer des pépites, et peut-être, qui sait, la future star de la sélection.

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Même s’ils n’ont pas obtenu leur billet pour la Coupe du Monde au Qatar, les Étalons espèrent bien continuer sur leur lancée pour cette CAN. En tout cas, le défenseur Issoufou Dayo est confiant : « On va y aller pour ramener la Coupe à la maison. On a une équipe forte, talentueuse. Je pense qu’on a tous les moyens pour remporter la CAN« . De quoi rassurer les supporters.

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