Le Bayern de 1932 ou le début de la gloire

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Avec actuellement six points d’avance sur son poursuivant et une série ininterrompue de neuf titres consécutifs depuis 2013, le Bayern Munich a habitué les amateurs de football à une domination quasiment sans partage sur le football allemand. Une hégémonie nationale qui tire principalement sa source des années 60 et 70. Années où le club bavarois souleva quatre titres de champion. Notamment grâce la génération dorée des Beckenbauer, Maier ou bien Müller.

Pourtant, ces années de fastes de ce qu’on appelait le « FC Hollywood » ne sont pas les seules racines de sa position dominante. De son statut de référence du football allemand. En effet, souvent occulté. Bénéficiant d’une visibilité de plus en plus accrue ces dernières années. Le premier titre de champion de l’histoire du Bayern, obtenu en 1932, a permis au président Landauer et à l’entraîneur Kohn de poser les bases d’un club qui souffrira de l’ère nazie et qui attendra près de quarante ans avant de se relever définitivement.

Une origine bourgeoise et libérale (1900-1918)

Pourtant, aborder l’histoire du premier titre du Bayern en occultant à la fois l’origine même du club et le contexte socio-politique de l’époque donnée serait faire fi d’une part importante de l’identité même du club. Des acteurs qui ont permis ce premier titre. Ainsi la genèse du club commence le 27 février 1900 dans le quartier bohémien de Schwabing. Ses fondateurs sont majoritairement des étudiants et baignés dans la culture libérale de la Bavière de l’époque. Une culture séduisant des jeunes venant des quatre coins de l’Allemagne (Saxe, Nord, ou Prusse, NDLR). Souhaitant se défaire des carcans idéologiques d’une société allemande prônant un patriotisme forcené, brutal et militaire. Une logique se matérialisant dans le sport avec la mise en avant d’une discipline comme la gymnastique. Celle-ci devant apporter ordre et discipline et former les soldats de demain.

La première équipe du Bayern, en 1900, année de la fondation du club. (Crédit photo: anotandofutbol.blogspot.com)

Dans cet élan, et dans un contexte de rivalité avec l’Angleterre, les sports anglais ne sont pas acceptés ou vus d’un mauvais œil par les hautes autorités allemandes. Le football ne faisant pas exception. Ainsi la fondation du club par ces jeunes s’inscrit dans une volonté d’émancipation d’une jeunesse libérale. Mais aussi pour un certain nombre d’entre eux, d’origine juive, de trouver une alternative sportive à la gymnastique. Monde aux relents antisémites alors forts à l’époque.

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Le club acquiert alors ses premières lettres de noblesse dans des compétitions locales. Il est alors réputé comme un club bourgeois, universitaire, élitiste. Pendant un temps n’est accepté comme membre que celui justifiant d’un certain niveau d’études. Une forme d’adhésion censitaire en somme dans une Allemagne marquée par une forte industrialisation. Une image élitiste qui transpire à nouveau dans le Bayern que l’on connaît aujourd’hui. Pourtant le club stagne malgré l’apport du néerlandais Willem Hesselink à la tête du club. Il voit même son président Angelo Knorr (1906-1913) englué dans une affaire d’homosexualité (fortement condamnée à l’époque, NDLR). Un homme va alors prendre la succession du président accusé. Cet homme, c’est Kurt Landauer.

Un nom qui, à l’image du titre de 1932, point à nouveau dans les pages actuelles de l’histoire du Bayern. Recouvrant, après des dizaines d’années d’oubli, une nouvelle légitimité. Il faut dire que celle-ci n’est pas volée, loin s’en faut. Devenant le président du club bavarois en 1913, Landauer fait alors partie de cette jeunesse libérale bavaroise éprise d’horizons nouveaux. Fils d’un riche commerçant de textile, Landauer découvre le football par le fait de sa judéité. Celui-ci est en effet un des rares sports que les Juifs peuvent pratiquer sans railleries trop fréquentes. Il joue un temps au poste de gardien de but dans la seconde équipe du club. S’impliquant ensuite dans l’administratif du club, sa nomination en tant que président en 1913 n’est pas contestée et tombe sous le sens. L’homme étant respecté à la fois pour son sens de la gestion sportive et économique.

Le Bayern, au début des années 1910, est un Bayern encore en construction. (Crédit photo: anotandofutbol.blogspot.com)

Toutefois son mandat est écourté par le déclenchement de la Première Guerre mondiale. Il est lui-même mobilisé sur le front de l’Ouest. Il y obtiendra la Croix de Fer durant ses quatre années de service. Rentrant à Munich en janvier 1919, il reprend immédiatement ses fonctions de président du club. Il enclenche alors de sérieuses réformes au sein de l’association. L’Allemagne est alors en proie à l’inflation et aux discours de revanche. Le tout s’inscrivant aux rythmes des pas des corps francs.

Kurt Landauer ou la renaissance du Bayern (1918-1932)

Confronté à une crise économique sans précédent en Allemagne, Landauer tient bon à la tête du club. Il doit pourtant indubitablement passer par une augmentation de la cotisation qui passe de 200 à 600 Reichsmark. Un moyen de faire face à la crise économique touchant la République de Weimar. Financer les ambitions sportives d’un président aux faits des évolutions du football européen et précurseur sur plus d’un point.

Ainsi il crée une assurance santé pour ses joueurs (garantissant un salaire même en cas de blessure). Rameute le Tout-Munich commerçant et industriel pour trouver des partenaires financiers. Engage des entraîneurs étrangers censés apporter du professionnalisme à un football allemand encore jeune comparé au football britannique. Il embauche l’anglais William Townley en 1919. Fort de ses premières expériences allemandes réussies au Karlsruher FV et au SpVgg Greuther Fürth (alors principal rival du Bayern en Bavière), il doit permettre au club munichois de s’affirmer comme le club bavarois et allemand de l’après-guerre. Celui-ci étant encore dans l’ombre de son encombrant voisin du 1. FC Nuremberg, trustant alors les cimes du football national.

L’imposant et charismatique président Landauer pose les bases d’un Bayern structuré et ambitieux (Crédit photo: ouest-france.fr)

Des matchs face à des équipes étrangères sont par ailleurs organisés pour améliorer le niveau et la culture tactique de l’équipe. Dont un d’anthologie contre Boca Juniors à Budapest, alors capitale du football continental.

Ayant posé les bases d’un football plus professionnel grâce à Townley, Landauer se tourne à partir de 1921 vers les représentants de ce que l’on appelle « le football du Danube ». Football alors très populaire dans les gazettes européennes. Izidor « Dori » Kürschner , Leo Weisz, Kalman Konrad et Richard Kohn se succèdent ainsi sur le banc du Bayern. Chacun apportant une pierre à l’édifice d’un club grandissant et ambitieux dans ses intentions de jeu. Pourtant, c’est avec ce dernier que le club de Munich allait gravir la dernière marche vers le succès et la victoire.

À l’arrivée du technicien autrichien, le club que l’on appelle désormais officiellement « FC Bayern Munchen » depuis 1923, est en pleine ascension sportive. Participant à son premier Championnat d’Allemagne lors de la saison 1925-1926. Le club s’affirme pourtant d’abord de plus en plus au niveau régional. Dans un Championnat d’Allemagne du Sud relevé mais aussi au niveau de son territoire de base, la Bavière. Ainsi le club remporte le championnat d’Allemagne du Sud en 1926 s’impose dès lors comme un si ce n’est le meilleur club bavarois. Emmenés par un effectif bâti et composé en grande partie sur des joueurs bavarois. Lié d’une manière ou d’une autre au Bayern. Les Die Roten commencent alors à compter dans la myriade de clubs composant le football allemand d’après-guerre.

Néanmoins, le vœu de gloire et de domination du président Landauer n’est pas encore assouvi. Nourri par des échecs se succédant dans la course au titre national à la fin des années 20. Pourtant à la fin des années 20 l’on pourrait dire que la mission de reconstruction portée par le président Landauer a tout d’une réussite. Il permet en effet à un club ayant perdu soixante de ses membres lors du dernier conflit mondial de se restructurer rapidement. Sur le plan sportif, administratif et économique.

Le Bayern de 1926 s’impose comme une référence au niveau régional (Crédit photo : anotandofutbol.blogspot.com)

Une réussite passant notamment par la constitution d’une base de fidèles de plus en plus grande. Séduite par le caractère d’un club se voulant ambitieux et se basant sur des joueurs locaux. Joueurs sur lesquels le public peut s’identifier. Cette augmentation aura notamment pour conséquence le déménagement du club pour ses matchs au Grünwalder Stadion du TSV 1860, le rival local, en 1926. Comme un symbole.

L’affirmation d’un grand d’Allemagne: le Bayern au sommet du football national

Symbole d’autant plus fort dans une Allemagne alors de plus en plus divisée dans une République de Weimar fortement contestée. Celle-ci ne répondant pas à la détresse économique touchant durement l’Allemagne des années 20. Propice au développement de partis comme le Parti communiste allemand ou bien le Parti nazi, basé à Munich au sein de la Maison brune. Parti prenant à la fin des années 20 et au début des années 30, dans l’élan du krach de 1929, une position d’alternative politique réelle auprès des Allemands. Pourtant c’est dans ce contexte politique et économique au fur et à mesure violent que le Bayern va s’affirmer. Nous sommes alors au début de la saison 1931-1932.

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Déterminé à aller chercher le premier titre de champion d’Allemagne de son histoire. Le club allait lier les mots aux actes. Il effectue alors un recrutement à faire pâlir ses voisins locaux et concurrents nationaux. « Conny » Heidkamp (Düsseldorf99) en défense, Josef Bergmaier (Wacker Munich) au milieu de terrain et Oskar Rohr (VfR Mannheim) comme buteur, viennent renforcer des lignes munichoises déjà bien pourvues en qualité. Ainsi c’est un recrutement quasiment cinq étoiles que s’offre le club bavarois à l’orée d’une saison charnière de son histoire. Ludwig Goldbrunner, sortant des équipes jeunes du Bayern, vient également renforcer le onze titulaire tout en incarnant le travail de fond fait par le club au niveau local.

Une qualité d’effectif qui se confirme en décembre 1931 avec le titre de champion de Bavière du Sud (le cinquième consécutif). Le titre s’obtenant suite une victoire 5-2 sur le DSV dans le froid rugueux des longs hivers bavarois. Un succès le plaçant comme l’un des favoris du Championnat d’Allemagne du Sud se déroulant en suivant. Mais aussi comme un nom considéré comme de plus en plus sérieux pour le titre national.

Il prend la tête du championnat dès le 27 mars 1932 après une victoire contre le VFB Stuttgart (3-2). Le Bayern assure alors sa participation à la phase finale dès le 17 avril en gagnant facilement contre le SpVgg Fürth. Le tout devant une foule de 20 000 spectateurs. Foule s’accroissant à mesure des victoires du club munichois au cours de la saison. Une semaine plus tard, Welker, sur un but chanceux, permet au club bavarois de remporter le championnat du groupe sud-est.

Le Bayern accède alors à la phase finale du Championnat d’Allemagne du Sud. Une performance d’autant plus notable que le club munichois termine avec vingt et seize points d’avance sur ses poursuivants que sont le FC Nuremberg et le Karlsruher FV. De quoi aborder la phase finale avec confiance. Tout en espérant un troisième titre d’Allemagne du Sud après ceux de 1926 et 1928. Et accéder à la phase finale du championnat national.

Le Bayern de 1931-1932 est une machine bien huilée et déterminée à atteindre un seul objectif: devenir Champion d’Allemagne (Crédit photo: tribuna.com)

Atteignant la finale sans encombre. Validant de ce fait sa place pour le championnat national. Le Bayern se voit confronter à l’Eintracht Francfort à Stuttgart le 1er mai 1932 mais perd la finale sur un coup du sort. Des supporters munichois envahissent la pelouse à la 80ème minute pour contester des décisions arbitrales supposément en défaveur des Bavarois. Le match est arrêté par l’arbitre, Monsieur Glöckner. Le club bavarois refuse ensuite de rejouer le match, faisant ainsi de l’Eintracht le champion de l’Allemagne du Sud. Une fin sans conséquence et vite oubliée par un effectif munichois déjà tourné vers les phases finales du championnat national. Ce dernier commençant à peine une semaine plus tard.

Le Bayern élimine alors successivement le Minerva Berlin (4-2), le Polizei SV Chemnitz (3-2). Le tout entrecoupé d’un match amical de prestige contre les durs joueurs de Chelsea, censé préparer les joueurs à une intensité croissante en demi-finale et sûrement en finale. Se retrouvant en demi-finale aux côtés de Schalke 04, de l’Eintracht Francfort et son prochain adversaire à Mannheim (29 mai), 1. FC Nuremberg, le Bayern de Landauer dispose facilement de son rival bavarois devant 30 000 spectateurs. La victoire munichoise sonnant telle une passation de pouvoir sous fond de piège thucydidien. Entre le club bavarois multititré et son ambitieux voisin du sud de la Bavière. Et c’est à la fois dans un air d’excitation et de revanche que la bande de Richard Kohn aborde sa finale nationale face à un adversaire bien connu, l’Eintracht Francfort.

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Une finale attendue depuis longtemps par le peuple munichois et qui provoque une vague d’enthousiasme mêlée à une désinvolture démonstrative. Ainsi le déplacement des supporters du Bayern a des allures de pèlerinage. Des milliers de Bavarois convergent dès lors vers Nuremberg et le Franken-Stadion, où aura lieu la finale. Un contexte si festif et rassembleur que le club offre 500 billets à des supporters au chômage. Ces derniers ne pouvant se payer les places, et ce, avec hébergement et nourriture. Pourtant, comble de l’ironie, ces derniers effectueront le voyage aller-retour, soit 400 km, à bicyclette, au rythme des chants à la gloire du club bavarois.

Les deux capitaines, « Conny » Heidkamp (Bayern, à gauche) et Franz Schütz (Eintracht, à droite) calmés par l’arbitre Alfred Birlem avant le début du match (Crédit photo: tribuna.com)

Des encouragements et des soutiens qui ne seront pas de trop face au grand enjeu attendant les hommes de Kohn. Ce dernier, est soucieux de protéger et de préparer au mieux ses joueurs. Il fait du « Württemberger Hof« , le lieu où sont hébergés les Munichois, une forteresse imperméable à toute distraction ou envie. Ce plan de Kohn sera si bien gardé jusqu’au dernier instant que même le président Landauer n’en avait pas connaissance.

Des conditions de préparation à la mesure de l’événement. Essentielles pour une formation certes talentueuse mais inexpérimentée de la chose. Une formation abordant la finale nationale avec autant de candeur que d’insouciance. Le 12 juin 1932 sera un jour un de gloire ou ne sera pas. Et c’est dans une ambiance étouffante (il fait 30 degrés à l’ombre, NDLR) et plus de 60 000 spectateurs que les Die Roten rentrent sur la pelouse du stade municipal de Nuremberg, déterminés à écrire une page inédite de leur club.

Pourtant les Munichois auront bien du mal à se mettre dans leur match. Les vingt premières minutes sont à l’avantage de l’Eintracht, plus habitué aux grandes foules et aux enjeux de cette ampleur. Pourtant l’équipe reprend confiance au fil de la rencontre. Les deux lourdes frappes sur la barre d’Haringer avant la mi-temps galvanisent une équipe retrouvant son football et un public munichois venu en masse dans la ville bordée par la Pegnitz. Reconverti défenseur après une belle carrière d’attaquant, ce n’est pourtant pas l’international allemand qui allait ouvrir le score. Il laisse ce travail à l’artificier chef du Bayern cette saison, le jeune Oskar Rohr.

Rohr ne tremble pas et ouvre la voie du titre pour le Bayern (Crédit photo: fcbayern.com)

Recruté en début de saison pour remplacer Pöttinger. Ce dernier ayant vu sa fin de carrière se terminer de manière prématurée du fait d’une vilaine blessure en 1931. Rohr s’impose très rapidement comme le fer de lance indispensable à l’animation offensive du club bavarois. Il est alors un des plus beaux espoirs du football allemand. Ainsi il marque cinq buts en quatre matchs de phase finale du championnat national. Dont un à l’importance capitale, ce 12 juin 1932. Prenant ses responsabilités après que l’habituel tireur, le capitaine Konrad Heidkamp se désavoue, le jeune buteur allemand applique la sentence avec un sang-froid étonnant. La frappe est sèche et violente. Celle-ci faisant se dissiper, dans le ciel dégagé de Nuremberg, la fumée de craie blanche du point de penalty.

Le Bayern ouvre le score et n’entend pas laisser cet avantage. Ne lâchant pas son emprise sur un Eintracht dominé, il double la mise sur un but de Krumm, le score ne bougera plus. Le Bayern est Champion d’Allemagne.

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Après quatre tentatives en phase finale du championnat national (1926, 1928 et 1929), le Bayern pouvait aller à l’allégresse et aux démonstrations de joie. Enfin l’objectif du président Landauer était réalisé. Un chemin long de près de 20 ans et fruit d’une politique sportive et économique menée de mains de maître. Tout autre résultat en l’année 1932 aurait été perçu comme anormal tant la bande des Rohr, Krumm, Heidkamp,Breindl, Lehner ou autre Condeen s’était affirmée au fur et à mesure de la saison comme la meilleure équipe d’Allemagne que ce soit dans les résultats mais aussi dans l’expression de son collectif.

De la gloire aux oubliettes, le Bayern face à la politique nazie

Un collectif qui prendra au pied de la lettre la devise de son président disant « Qui travaille bien, fait aussi bien la fête« . Commençant à fêter le titre dans les vestiaires, les Bavarois finirent à la « St.Sebaldusklause » à Nuremberg, dans la Schulgässchen, l’un des plus anciens restaurants de la ville avant de rentrer à Munich le lendemain où ils défilent devant le Tout-Munich les attendant sur la route allant de la gare centrale à la Marienplatz avant d’être reçu dans la « Löwenbräukeller ». Là, devant un parterre de hauts dignitaires munichois venus fêter le titre du Bayern, l’humoriste Michl Ehbauer, référence de l’humour bavarois d’alors, parla au nom de tous dans une certaine sobriété sans dénuer toutefois un bonheur vrai. Après un long discours il résuma d’une phrase l’ampleur de l’exploit réalisé par les joueurs munichois : « Vous avez rendu Munich célèbre dans l’histoire du football ».

Une descente en calèche pour des nouveaux rois. Quoi de plus normal ? (Crédit photo: fcbayern.com)

Avec la « Viktoria » (nom du trophée de champion) au centre de la table, la fête dura jusqu’au bout de la nuit entre chants et toasts, entre danses et choppes remplies. Une période inoubliable pour un effectif lié à jamais par ce premier titre et qui pour chacun est gravée dans un album souvenirs offert à chaque membre de l’effectif et du staff. Le club bavarois incarnait alors l’exemple du club à la fois ambitieux et surtout familial. Une position qui malheureusement ne durera pas.

L’euphorie de la victoire et l’espérance d’années de gloire se heurtent en effet à la réalité politique du pays qui s’inscrit dans la prise de pouvoir des nazis dans l’élan de nomination d’Adolf Hitler en tant que Chancelier, le 30 janvier 1933. Viennent alors les lois antisémites et notamment les lois d’aryanisation de la société allemande. Des lois qui ont de lourdes conséquences pour le Bayern alors considéré comme un Judenklub (club juif). Le président Landauer, juif, est obligé de démissionner le 22 mars 1933, suivi par l’entraîneur Richard Kohn et Otto Beer, responsable des jeunes. Plus de 10% des membres du club (soit une centaine de personnes, NDLR) se voient ainsi spolier de leurs droits et mis au ban de la société.

Le club signe en suivant la « Déclaration de Stuttgart » actant le refus d’accepter des Juifs dans les clubs sportifs exception faite des vétérans de guerre et crée le poste de « Dietwart« , censé veiller sur la bonne mise en place des idées nationales-socialistes dans le club. Une politique et une réputation de club juif faisant chuter drastiquement le niveau du Bayern passant de la 1ère à la 81ème place du classement du Reich. La ville de Munich, un des épicentres de l’administration et de la geste nazie, condamnait ainsi un de ses plus beaux représentants, le TSV 1860 Munich étant désormais privilégié par les autorités.

Chutant après avoir atteint son zénith, le Bayern dû attendre 25 ans avant de remporter un nouveau trophée national avec la Coupe d’Allemagne en 1957. Celle-ci incarnant une nouvelle base ouvrant la voie à une véritable génération dorée dans les années 60, marchant à coup sûr dans les pas des glorieux aînés de 1932.

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