La Superligue africaine, après la bénédiction du père

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Loin des projecteurs et dans une douceur absolue, la Confédération africaine de football (CAF) a approuvé le projet d’une Superligue africaine. Une compétition, qui comme celle tentée par les grands clubs européens, réunirait les 20 meilleures équipes du continent. Derrière ce projet loin d’être inédit, la CAF veut donner un nouveau souffle au football africain.

Le format ne satisfait pas tout le monde. C’est le moins que l’on puisse dire quand on a vu ce qui est arrivé aux ogres du continent européen. Une ligue fermée dans laquelle seule la crème du football africain évoluera. Un projet tant désiré par Florentino Pérez et cie, mais battu en brèche par le monde du football.

Notamment par les plus hauts placés de ce sport qui se veut populaire. L’une des voix du chœur qui a écrasé la Superligue européenne avant même qu’elle ne décolle, est celle qui a initié la version africaine. Dans quel but ? Pour quel changement ?

Le projet du papa

La rumeur a commencé à se répandre après l’échec en Europe. Mais la Superligue africaine n’est pas née d’un coup de tête. En 2019, lors d’une visite en République Démocratique du Congo, le président de la FIFA Gianni Infantino a été le premier à évoquer le projet.

Selon lui, une telle entreprise rapporterait plus de « 200 millions de dollars de revenus ». En plus de cela, elle ouvrirait « un nouveau chapitre du football africain ». Depuis lors, et même en s’opposant à la version européenne, le boss de la FIFA a continué à vanter son idée pour le football africain.

Très présent dans les discussions et les affaires du football de ce continent, il a réitéré son dessein en février 2020. « Nous avons de sérieux problème en Afrique et cela doit changer », a-t-il déclaré devant l’AIPS. « Je pense qu’il est juste de dire que les compétitions en Afrique ont 30 à 40 fois moins de succès qu’en Europe. Ceci (la Superligue africaine, NDLR) est notre proposition. Toutefois, nous devons voir si le football africain l’accepte ».

L’ambition d’Infatino est connue mais est-ce que les dirigeants de l’époque étaient sur la même ligne. Pas certains. La chute de Ahmad Ahmad en novembre 2020 a remis le projet de la Superligue sur de bons rails. D’ailleurs, en mettant la CAF sous tutelle, le torchon brûlait déjà entre la FIFA et les dirigeants du football africain.

Patrice Motsepe, le président de la CAF, a succédé à Issa Hayatou (Crédit image : )

Pour Gianni Infantino, afin de mettre en marche son projet, il lui fallait un président de la CAF « copain ». Ainsi, l’élection de Patrice Motsepe a accéléré le processus. Considéré comme le choix d’Infantino, le magnat sud-africain n’a évidemment pas empêché à la FIFA d’exercer son influence dans son projet de transformation du football africain.

L’Afrique est différente

Les raisons du contraste entre les points de vue d’Infantino sur l’Europe et l’Afrique semblent découler d’une conviction. Les défis particuliers du continent exigent des solutions particulières.

Le secrétaire général de la CAF, Veron Mosengo-Omba, estime que la Superligue africaine sera différente de ce qui a été proposé dans la version européenne, malheureuse et éphémère. « Le problème en Europe était un problème de distribution », a-t-il argumenté. « Cette Superligue aura des avantages sociaux. Nous serons en mesure de retenir nos talents et ils auront des salaires décents ».

L’élection de Motsepe a ramené Veron Mosengo-Omba dans les affaires courantes de la CAF. Sa précédente fonction était de gérer les relations avec les confédérations continentales en tant que responsable des associations membres de la FIFA (Crédit photo : Fifa)

Dans une interview accordée au journal sportif espagnol Marca, le président de la commission des compétitions interclubs de la CAF, Ahmed Yahya, explique pourquoi une Superligue africaine pourrait être lancée avec succès. « En Europe » dit-il, « le projet a été annoncé en dehors de la structure du football et en conflit ouvert avec l’UEFA ».

« La Superligue africaine sera créée au sein des structures du football, en respectant la pyramide du football, et cherche à aider les clubs de football africains à se développer ou, dans certains cas, à survivre, en leur fournissant la stabilité financière nécessaire pour poursuivre leur précieux travail de développement de jeunes talents et les amener à un stade supérieur » a-t-il ajouté.

Malgré l’enthousiasme qui règne dans les couloirs de la CAF, il y a encore peu de clarté ou de transparence quant à la forme précise que prendrait la compétition. Interrogé à ce sujet, Yahya est resté vague, disant simplement : « Les détails de ces exigences prendront également forme dans les mois à venir ». Même son de cloche auprès du président de la CAF, qui a refusé de donner une once d’indice après l’approbation.

En Tanzanie, le projet de la Superligue africaine séduit la directrice générale du Simba SC

Barbara Gonzalez, directrice générale du Simba SC (Tanzanie), a exprimé son enthousiasme pour le concept lors de l’investiture de Motsepe en mars dernier. Elle a tweeté une photo avec Infantino et annoncé que « le déploiement de la Superligue africaine avec 20 clubs membres permanents est en cours ». Cependant, lorsqu’on lui a demandé d’en dire plus, elle a décliné toute demande de discussion détaillée.

Une somme royale

L’identité des 20 membres permanents est une question intrigante. La genèse du projet prévoit que les clubs participants devront verser 20 millions de dollars par an pendant cinq ans. Un prix d’admission aussi élevé exclut immédiatement presque tous les clubs d’Afrique de l’Ouest par exemple. Mais même les équipes les plus prospères d’Afrique auraient du mal à effectuer ces paiements de manière régulière. Étant donné qu’elles doivent faire face à des dépenses courantes et au bien-être des joueurs.

Sur un continent où les clubs de football en difficulté réduisent leurs coûts, joindre les deux bouts est un défi chaque année. Une situation que la pandémie du Covid-19 a également aggravée. Il est peu probable que de nombreux clubs puissent se permettre de faire partie de la ligue.

Si, par un improbable concours de circonstances, l’argent n’était pas un problème pour la majorité des clubs africains, selon quels critères les membres seraient-ils sélectionnés ? Sur la base de la réussite dans les compétitions continentales ? La puissance financière ? Chaque possibilité présente un ensemble différent de préoccupations.

On peut se demander si, au départ, ces facteurs ont été pris en considération. En effet, il semble que l’on soit déterminé à faire passer cette idée en force. Quels que soient les obstacles du monde réel. En juillet 2021, le comité exécutif de la CAF a mandaté la commission des compétitions de clubs pour accélérer la réalisation d’une étude de faisabilité pour la Superligue africaine, mais seulement après avoir approuvé la nouvelle compétition. Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’ordre des événements était inhabituel.

Au cours de cette même procédure, Patrice Motsepe a décrit la proposition comme étant « excitante » et a affirmé qu’elle « susciterait l’intérêt de plusieurs diffuseurs ». Toutefois, cet optimisme est quelque peu tempéré par un fait. Depuis la décision de mettre unilatéralement fin à un contrat de diffusion de 12 ans et d’un milliard de dollars avec le groupe Lagardère, la CAF est empêtrée dans une bataille juridique avec le radiodiffuseur français et n’est pas en mesure de commercialiser les droits de télévision.

Encore des questions à élucider

Le fait d’exiger des clubs qu’ils achètent à un prix exorbitant n’a rien à voir avec les maigres prix qu’ils reçoivent pour leur performance en Ligue des Champions et en Coupe de la Confédération de la CAF. Les plus grands clubs africains dépensent régulièrement beaucoup plus que les montants proposés pour participer à ces compétitions.

Par exemple, le Simba SC a dépensé 1,1 million de dollars pour les matchs de la phase de groupe de la Coupe de la Confédération en 2020/2021. Mais n’a gagné que 500 mille dollars au total selon les données du média sportif tanzanien Mwanaspoti. En outre, la capacité des clubs à attirer des sponsors est altérée par l’absence de retransmissions télévisées.

Par ailleurs, après l’approbation du projet, une autre question se pose. Comment la CAF peut-elle garantir qu’une Superligue sera à la fois largement soutenue et bénéfique ? L’une des principales préoccupations, qui a fait l’objet de protestations virulentes en Europe, est le manque d’ouverture sportive dans le concept d’une ligue fermée de 20 clubs.

« Il est toujours dangereux de faire une compétition exclusive pour certains clubs qui sont choisis pour être là en fonction de leur niveau à ce moment-là et non par la qualification ». Tom Saintfiet, sélectionneur de la Gambie montre son soutien à ESPN. « Seules deux ou trois équipes d’un même pays en bénéficieraient, et non l’ensemble du pays » a-t-il ajouté.

Aucun des objectifs déclarés de la Superligue africaine n’est hors de portée d’une Ligue des Champions rénovée et redynamisée. Avec les mêmes impératifs de développement des infrastructures, de responsabilité fiscale et d’académie qui accompagneraient la nouvelle ligue.

L’insistance sur l’idée d’une nouvelle compétition comme solution miracle pour relancer le football africain semble trop optimiste. Tout comme toutes les projections qui ont été faites jusqu’à présent sans aucun fondement réel. En fin de compte, plutôt que de réparer son gâchis, on a l’impression que la CAF prend la voie la plus commode : choisir de tout balayer sous le tapis et de repartir à zéro.

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