Pourquoi le football féminin n’attire pas ?

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« Le foot c’est pas pour les filles ». « Le foot féminin c’est pas joli à voir ». Voilà quelques phrases que l’on peut entendre ou lire quand on traîne sur les réseaux sociaux.

Le football est souvent considéré comme incompatible avec la féminité, notamment parce qu’il est très attaché à l’image de la virilité et de la violence. Il fait donc l’objet de nombreux préjugés. Mais la féminité, qu’est-ce-que c’est ? Bien souvent, elle est définie comme synonyme d’élégance et de grâce, incompatible avec l’idée qu’une majorité se fait du football. Le football est alors seulement un reflet de l’inégalité des sexes qui règne dans les sociétés modernes. Le football est le sport où persiste le plus d’inégalités. Là où les vainqueurs de la Coupe du monde masculine gagnaient 38 millions d’euros, les Américaines ont remporté seulement quatre millions de dollars, soit dix fois moins que les hommes. Comme il n’y a pas de ligue professionnelle chez les femmes, la rémunération des joueuses dépend donc de la fédération de leur pays.

Une histoire bien ancrée

Le lien qui unit le sport et la masculinité n’est pas nouveau. « Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. » Tels sont les termes prononcés par Pierre de Coubertin. L’héritage culturel et sportif sexiste qui reste n’est donc pas étonnant.

« Le sport est un univers dirigé par des hommes. Cette gouvernance fait que derrière, la prise en compte du sport féminin est amoindrie. »

Julian Jappert, directeur du Think tank Sport et Citoyenneté, explique la raison qui repousse le développement du football féminin.

Revenons au contexte. Le premier match international féminin a eu lieu le 7 mai 1881 et opposait l’Angleterre à l’Écosse. Si tout semble normal au premier abord, on a retrouvé certains articles de vieux journaux faisant part de quelques anomalies à propos de ce match. La rencontre a été arrêtée deux fois, jusqu’à la fin définitive. La raison ? Plus de 5000 personnes étaient venues assister au match dans le but de dénoncer le fait que les femmes « n’ont rien à faire sur un terrain » et doivent « retourner à la maison faire le ménage ».

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Des médias réticents

Selon une étude de Havas Sports, en 2013, 70% des Français considèrent que le sport féminin est aussi intéressant que le sport masculin. D’ailleurs, 64 % en regarderaient plus s’il était davantage diffusé à la télévision. La preuve en est, lors de la finale de Ligue des Champions féminine le 30 août 2020, 1,7 million de téléspectateurs étaient devant leurs écrans. Pourtant, si 48 % des pratiquants de sport sont des femmes, 85 % de la couverture médiatique va aux hommes.

Mais les médias ont peur. Suite au mondial de 2019 en France, diffusé intégralement sur TF1, tout le monde pensait qu’un nouveau vent soufflerait sur la médiatisation du football féminin. Mais le combat est loin d’être gagné… Aucune chaîne française n’a diffusé la ligue des Champions en 2021, arguant qu’aucun club français n’était qualifié. La rencontre opposait le FC Barcelone à Chelsea.

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Un manque de respect de la part des instances

Lors de la Coupe du Monde 2015 au Canada, les femmes ont du jouer sur des terrains gazons synthétiques et non des terrains d’herbe. Les organisateurs n’étaient pourtant pas sans savoir que le risque de blessures est plus important sur le synthétique. C’est ce que l’américaine Sydney Leroux ne s’est pas gênée de dénoncer avant le mondial. Sa coéquipière Abby Wambach, a quant à elle estimé que « les hommes feraient grève s’ils devaient jouer sur une surface synthétique ».

Sydney Leroux s’exprime sur Twitter « C’est la raison pour laquelle le football devrait être joué sur l’herbe ».

De plus, lorsque des subventions sont attribuées, elles sont généralement distribuées en totalité aux hommes. Il n’y a aucun suivi la réelle utilisation des infrastructures dédiées aux femmes. Ce n’est pas tout, les créneaux horaires dédiés aux femmes ne sont pas respectés, les terrains sur lesquels les femmes doivent jouer sont souvent utilisés par les hommes alors même que les femmes les avaient réservés.

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Les écarts de niveaux conséquents

Entre championnats africains ou asiatiques et championnats européens ou américains, les écarts de niveaux sont majeurs. C’est notamment lors des phases de qualifications pour la Coupe du Monde que ces différences s’observent. Il n’est pas rare de noter des scores tels que 5-0, 10-0, notamment de la part des États-Unis, du Canada, de la France ou de l’Allemagne.

Les Américaines en pleine démonstration lors des phases de qualification face à la Thaïlande (13-0) (Crédit vidéo : ABC News).

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Ces différences de niveaux sont notamment dues aux contextes politiques. Dans beaucoup de pays d’Afrique ou d’Asie, le football n’est pas un sport majeur, donc seuls les hommes sont autorisés à le pratiquer pour une minorité de femmes. Si certaines joueuses sont professionnelles, encore trop sont amatrices.

« Il y a plein de sélections qui ne sont pas encore prêtes. Le fossé se creuse car certaines nations se développent à grands pas, et d’autres plus lentement. Ça fait des groupes de niveau très dispersés »

Farid Benstiti, entraîneur passé par l’OL et le PSG, déplore les écarts de niveaux dans le football féminin.

Bien sûr, une des causes majeures des écarts de niveaux est la question financière. Comme dans n’importe quel sport, le salaire des joueuses et des joueurs dépend des sponsors et des droits TV. Plus un sport est médiatisé, plus il va attirer des sponsors, et donc plus les revenus sont importants pour les joueuses.

« Je préfère qu’on mène le combat de convaincre les partenaires de s’engager et faire le pari de l’économie du foot féminin. De faire en sorte que le sport féminin rapporte de l’argent pour enclencher ce cercle vertueux. Après, il n’y aura plus le souci d’égalité salariale ».

La vice-présidente de la fédération française Brigitte Henriques souligne l’importance des partenaires pour le développement du football féminin.

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Les supporters comme piliers

Pour rendre le football féminin plus attractif, l’enjeu est d’attirer le public dans les stades. Il est évident que si les supporters se ruent pour aller voir des matchs de football féminin, les sponsors et les médias suivront et hésiteront moins à investir.

Si les affluences augmentent dans les stades de D1 Arkema, la progression est lente. Lors de la saison 2018-2019 pour les douze premières journées, la moyenne était de 911 spectateurs. Cette saison, elle était de 1100. Bien sûr, le choc OL-PSG attire énormément et tire les statistiques vers le haut. En novembre 2019, le duel a réuni 30 661 spectateurs.

Comme son homologue masculin, le football féminin reconnaît des groupes de supporters « ultra ». L’ambiance dans les stades de D1 Arkema ou de Ligue des Champions féminine est beaucoup plus familiale. On rencontre par exemple le groupe OL Ang’Elles. Ils sont nombreux à se déplacer aux quatre coins de l’Europe pour soutenir leur club favori.

« Avant les matchs, on se balade toujours dans la ville, on rencontre les parents des joueuses, les supporters d’en face. »

Dominique Mallen, membre des OL Ang’Elles depuis 3 saisons, raconte son expérience.
Les supporters de l’Olympique Lyonnais présents lors de la tournée au Canada (Crédit photo : ol.fr).

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Considéré comme « moins spectaculaire », notamment parce qu’il y a moins de contacts et moins de fautes, le football féminin connaît aussi de beaux matchs. Si les hommes sont « plus rapides » et « plus endurants », les compétences technicotactiques restent identiques : sur des études menées par L’Équipe, les hommes et les femmes touchent le même nombre de ballons, disputent le même nombre de duels et ont le même temps de possession. De quoi améliorer l’attraction pour le football féminin.

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