Numazu Higashi High School : rôle et objectifs d’un club de lycée japonais

Match lors du festival d'hiver de Tokinosumika, au pied du mont Fuji
Match lors du festival d'hiver de Tokinosumika, au pied du mont Fuji

Le football dans les lycées japonais est un élément majeur du développement de ce sport sur l’archipel. Le lycée Numazu Higashi joue aussi un rôle à son échelle dans ce développement, de par ses objectifs et ambitions.

Le football dans les lycées japonais

Au Japon plus qu’ailleurs, le sport fait partie intégrante de la vie de nombreux lycéens. Il est prôné et mis en avant pour les valeurs qu’il véhicule. Et le football n’échappe pas à cette règle. Certains lycées sont même devenus des références en la matière, avec des équipes reconnues dans tout le pays. À tel point que l’éducation y paraît secondaire.

Parmi ceux les plus connus, on peut citer le Lycée Aomori Yamada. Basé à Aomori, au Nord de Honshu (l’ile principale du Japon) et assez loin de Tokyo, il est pourtant devenu incontournable ces dernières années. Chaque année, des élèves extrêmement prometteurs arrivent et repartent. Contrairement à la majeure partie des établissements similaires au Japon, il est évident que les capacités scolaires soient plus secondaires pour le rejoindre. Malgré tout, l’étudiant devra quand même maintenir un bon niveau scolaire. Les études sont plus importantes au Japon qu’en France.

Cette saison, un ancien d’Aomori Yamada se révèle aux yeux du grand public. Kuryu Matsuki est un milieu né en 2003 très talentueux et prometteur. Il a fait tout son parcours jeunes dans les différents établissements d’Aomori Yamada. Il n’est pas rare pour ce genre d’entités d’avoir un collège associé pour préparer les joueurs le plus tôt possible.

Compilation de quelques moments où Matsuki a brillé avec Aomori. Ce genre de compilation n’est pas très objectif car on ne montre que ce que l’on veut montrer du joueur, mais cela permet de se faire un début d’avis.

Après avoir passé des essais dans des clubs européens, et notamment Strasbourg en Ligue 1, il a finalement signé en J1 League au FC Tokyo. Il a joué les premiers 4 matchs en tant que titulaire. Lui qui n’avait jamais connu le monde pro et qui a débarqué dans un club jouant le top 6 du championnat. C’est dire le talent des joueurs d’Aomori !

Il existe d’autres lycées de ce genre. Ils s’affrontent tous les ans dans un tournoi très médiatisé et suivi par tous les clubs en quête de futurs talents. C’est d’ailleurs Aomori Yamada qui l’a gagné il y’a quelques semaines. Parmi les autres lycées prestigieux, on trouve la Shizuoka Gakuen High School. Elle se trouve à Shizuoka, capitale de la préfecture du même nom. C’est également à Shizuoka qu’on trouve le club lycéen plus modeste de Numazu Higashi.

La célébration des joueurs et du staff d’Aomori après la victoire en finale contre Kumamoto Ozu. C’est le troisième titre du club après un tournoi maîtrisé de bout en bout.

Mais plus modeste ne veut pas dire sans ambitions.

Le fonctionnement du club de la Numazu Higashi High School

Contrairement aux gros lycées cités plus haut, uniquement là pour former des joueurs, le Lycée Numazu Higashi fonctionne comme la plupart des lycées. Les études sont clairement la priorité et on ne recrute pas les joueurs sur des critères sportifs. Malgré tout, le fonctionnement du club reste intéressant et inculque de précieuses valeurs aux joueurs.

Mais tout d’abord, la présentation du club s’impose. La Numazu Higashi High School est donc un lycée basé à Numazu. La ville se situe dans la préfecture de Shizuoka, à deux pas du célèbre Mont Fuji, et au Sud du Kanagawa. Le lycée accueille plus de 800 élèves répartis comme en France sur trois niveaux d’études. D’abord la première année (seconde), puis la deuxième année (première) et enfin la troisième année (terminale). On y trouve comme partout au Japon divers clubs, culturels ou sportifs, qui rythment la scolarité presque autant que les cours.

Le club de football est un de ces clubs. Il compte une quarantaine de personnes et ressemble sur certains points à un vrai club de foot. Une association sportive comme on pourrait en trouver partout, au Japon comme à l’étranger. C’est également un des plus populaires du lycée, ce qui n’est pas toujours le cas. Au Japon, on pratique beaucoup le softball et le baseball. Ils volent souvent la vedette aux sports comme le football. Ces dernières années cependant, l’explosion du foot dans le pays tend à changer cela.

Joueurs et staff du club de football du lycée en février 2022, fin de la saison. Les élèves de troisième année vont peu après passer les examens d’entrées au universités ou rejoindre le monde du travail. (crédit : Twitter de Numazu Higashi HS)

Les matchs et entraînements se déroulent sur un terrain mis à disposition par le lycée. Durant l’année, Numazu Higashi participe à différents championnats et tournois au sein de sa préfecture, Shizuoka.

Concernant la structure, il y’a tout d’abord un coach. M. Masuyama est aussi professeur d’EPS. Fort d’une expérience au Paraguay dans sa jeunesse, il est là pour encadrer les étudiants et leur transmettre la passion du football ainsi que la volonté de le pratiquer encore après leur cursus au lycée. Il est en charge des entraînements et de la tactique lors des matchs. Mais un préparateur physique et d’un entraîneur des gardiens l’aident.

Parmi les étudiants, on trouve aussi des joueurs bien évidemment. Mais aussi un staff médical, chargé d’appliquer les premiers soins pendant les matchs et entraînements. Il y a d’ailleurs, dans ce staff, un docteur. C’est un parent bénévole d’un des joueurs mais sa présence est nécessaire. Et enfin, on trouve des élèves chargés d’encourager des joueurs. On peut minimiser leur impact d’un point du vue extérieur mais ils sont très importants.

Les 11 titulaires lors du match contre le Lycée Fujieda Nishi en janvier 2022. La partie se déroulait dans le cadre du premier tour de la coupe préfectorale. (crédit : Twitter de Numazu Higashi HS)

Contrairement au football universitaire, il est rare de trouver un staff chargé de l’analyse de data. Il n’y a donc pas ce genre d’infrastructures à Numazu Higashi. Elles sont tout d’abord trop onéreuses. Et il est important de rappeler que les joueurs qui continueront le football après le lycée n’iront pas dans des clubs ou universités extrêmement reconnus.

C’est dû à une inégalité majeure qui vient freiner les objectifs de Numazu Higashi.

Entre ambitions et difficultés : l’avenir des étudiants

Comme chaque entité sportive, le club de football de la Numazu Higashi High School a des ambitions, des objectifs. Ils sont affichés sur leur site et portés par les membres du club. Le football est un sport qui peut être assez mal vu de par certains évènements. Il est donc important de rassurer et motiver les futurs inscrits et les parents de ces derniers.

La philosophie principale du club est la volonté de laisser beaucoup d’autonomie aux joueurs. Ils ne sont pas tout le temps encadrés. Le football ou leur rôle dans le staff doit leur servir plus tard, à l’université ou dans le monde du travail. Le football permet de véhiculer des leçons importantes pour l’avenir, et dans ce cas notamment, savoir travailler en autonomie.

Le club porte aussi pour valeur de toujours se donner à fond. Pour soi même d’abord, être fier de son travail. Mais aussi pour remercier les spectateurs et tous les gens liés au club d’être là. Et également pour le reste de l’équipe. L’esprit d’équipe est aussi un point important pour l’avenir des étudiants. Toute cette philosophie et ces axes de travail sont donc mis au service d’une volonté d’obtenir des résultats. À commencer par être dans le top 8 des meilleurs clubs de lycée de la préfecture de Shizuoka.

Séance d’entraînement en février 2022. Même si le terrain n’est pas en très bon état, les joueurs sont motivés à progresser. (crédit : Twitter de Numazu Higashi HS)

Mais le but est aussi de donner la volonté aux élèves de continuer le football. C’est d’ailleurs là qu’intervient la plus grande difficulté. La plupart des grandes universités de football sont des universités privées. C’est le cas de Tsukuba, Waseda, Toin Yokohama… La majorité des élèves qui y entrent ont donc des bourses. Et ces dernières sont quasiment toutes distribuées aux élèves provenant de lycées reconnus tels Aomori Yamada et Shizuoka Gakuen. Il est donc très difficile d’accéder à ces universités pour un joueur d’un club plus modeste comme celui de Numazu Higashi. Même si ce joueur a pourtant un excellent niveau.

De plus, les élèves boursiers qui arrivent de ces lycées côtés sont très souvent exemptés des examens d’entrée. Ils sont là pour le football avant les études. La plupart des jeunes voulant continuer le football à l’Université doivent rejoindre les universités publiques, avec des clubs beaucoup plus faibles qui assurent moins leur progression. Et qui ne leur ouvriront pas le monde du football professionnel.

Ces inégalités sont vraiment assez terribles pour Daisuke Masuyama qui reste malgré tout positif et espère voir chaque année un maximum d’élèves continuer dans le voie du sport le plus populaire du monde.

Le club de football de Numazu Higashi est donc une entité sportive extrêmement intéressante pour étudier le fonctionnement des lycées japonais. Il représente une majorité de clubs avec des joueurs talentueux, mais qui manquent de reconnaissance. Malgré tout, il contribue à la progression du football japonais et éduque les générations futures.

La pratique de sports comme le football est un des plus grands manques du système scolaire français. Il apporte des valeurs pour l’avenir des lycéens et permet bien sûr d’assurer une activité physique bénéfique pour la santé. Mais malheureusement, à l’approche des élections présidentielles, aucun candidat ne l’évoque. Force est de constater qu’un système similaire n’est pas près de voir le jour.

Merci à Daisuke Masuyama ainsi qu’à Yoh, Yu et Haruto pour leur participation. Et merci à la coopération de l’établissement de Numazu Higashi High School pour aider à la faisabilité de l’article.

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